Alexandre Taillefer veut créer un Amazon québécois

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Alexandre Taillefer a expliqué que les commerçants devaient se regrouper et « mutualiser leurs infrastructures » et leur logistique afin d'être aussi efficaces qu'Amazon, capable de tout livrer en 24 heures à faible coût.

Hugo-Sébastien Aubert

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Alexandre Taillefer invite les détaillants québécois à se joindre à lui pour créer une contre-offre à Amazon. L'homme d'affaires se dit prêt à investir « pas 5 $, mais des dizaines de millions » dans le projet, afin de sauver le secteur du commerce de détail et d'assurer « l'autonomie culturelle et économique » de la province.

« Il faut créer une marque de commerce qui deviendra une référence dans la tête des consommateurs », a dit Alexandre Taillefer devant des centaines de détaillants réunis au sommet annuel du Conseil québécois du commerce de détail (CQCD), hier. Quand il a demandé s'il y avait des intéressés dans la salle, une cinquantaine de mains se sont levées. Ses réflexions ont suscité plusieurs vagues d'applaudissements.

Alexandre Taillefer a expliqué que les commerçants devaient se regrouper et « mutualiser leurs infrastructures » et leur logistique afin d'être aussi efficaces qu'Amazon, capable de tout livrer en 24 heures à faible coût. Il croit qu'un ou deux entrepôts suffiraient à desservir le Québec. « Ça coûtera de 25 à 50 millions de dollars, ce n'est pas tant. »

« IL EST MINUIT MOINS UNE »

Admettant ne pas être « rendu bien loin » dans l'exécution de son idée, il a invité les détaillants à s'activer.

« Il est minuit moins une. Commençons à travailler là-dessus dès maintenant ! Si on ne fait rien, on est condamnés. »  - Alexandre Taillefer

À son avis, si les Québécois ont été capables de faire des barrages hydroélectriques, ils peuvent aussi trouver le moyen de concurrencer Amazon.

Selon Taillefer, l'industrie du détail vit les mêmes problèmes que l'industrie des médias, qu'il connaît pour avoir acquis les magazines Voir et L'actualité.

Dans les deux cas, elles font face à des géants américains (Google et Facebook dans le cas des médias) avantagés sur le plan fiscal. Son projet viendrait également en aide aux médias. D'ailleurs, il dit « croire de plus en plus qu'il faut réfléchir pour créer un Facebook et un YouTube québécois ».

QUÉBEC ET OTTAWA PRESSÉS D'AGIR

Alexandre Taillefer n'est pas le seul à s'inquiéter de l'avenir des commerçants du Québec. Le CQCD presse Québec et Ottawa d'aider le secteur avant qu'il ne soit trop tard. « Il est minuit moins cinq », affirme pour sa part le PDG du CQCD, Léopold Turgeon.

Qualifiant l'environnement d'affaires de « relativement fragile », il réclame l'abolition de la taxe sur la masse salariale, l'allègement du fardeau fiscal, davantage d'appui à l'innovation, ainsi que des mesures pour « combattre l'érosion fiscale due au commerce transfrontalier ». Il a rappelé qu'en moyenne, la marge de profit net du secteur est de « seulement 2 % ».

Dans les corridors du Palais des congrès, l'iniquité fiscale avec les concurrents étrangers qui ne réclament pas les taxes de vente sur les transactions en ligne (et pas de douane, souvent) était sur toutes les lèvres. On se demande pourquoi Ottawa ne fait rien alors que certains États américains (40, depuis le 1er mars) ont pu forcer Amazon à facturer les taxes.

Selon Léopold Turgeon, Québec et Ottawa doivent « faire très attention devant les pièges du commerce en ligne transfrontalier ». Il a promis de maintenir la pression sur les élus à ce sujet.

LE RISQUE DE L'EXODE DES CAPITAUX

Le CQCD s'inquiète aussi de l'« exode de nos capitaux » vers l'extérieur du pays, qui finira, croit-on, par avoir des conséquences sur les détaillants, l'emploi, les loyers et les impôts.

« Il ne faut pas attendre qu'il soit trop tard comme ç'a été le cas pour plusieurs secteurs comme le textile, les médias ou encore le manufacturier, qui a perdu 24 % de ses emplois au cours des 10 dernières années. »

Au même événement l'an dernier, Peter Simons, propriétaire des magasins du même nom, avait fait une sortie remarquée en dénonçant les entreprises qui ne paient pas leur juste part d'impôts au Canada en se demandant qui allait payer pour les écoles et les routes à l'avenir.




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