Dov Charney veut concurrencer Gildan

Dans un local de 100 000 pieds carrés laissé... (Photo Anne Gauthier, Archives La Presse)

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Dans un local de 100 000 pieds carrés laissé vacant il y a deux mois par American Apparel, Dov Charney est en train d'installer sa nouvelle entreprise de t-shirts.

Photo Anne Gauthier, Archives La Presse

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La Presse a joint le fondateur d'American Apparel, Dov Charney, à Los Angeles, afin de recueillir ses réactions, hier après-midi. Avec quelques-un de ses ex-employés, il était en train d'installer sa nouvelle entreprise de t-shirts dans un local de 100 000 pieds carrés laissé vacant il y a deux mois... par American Apparel.

Enthousiaste et débordant d'ambition, il nous a fait visiter les lieux au moyen de FaceTime. Nous lui avions aussi parlé en novembre, le jour même où American Apparel s'était placée pour la seconde fois à l'abri de ses créanciers. Voici ce que le Montréalais d'origine nous a confié au cours de ces deux entretiens.

SUR L'OFFRE DE GILDAN

« Je les respecte. Ils ont le droit d'acheter American Apparel et ils ont des responsabilités envers leurs actionnaires. Ce ne sont pas eux qui ont détruit l'entreprise, c'est Standard General et les détenteurs d'obligations. C'était un immense succès qui aurait pu durer 100 ans... »

En novembre, lors du dépôt de la première offre de Gildan, Dov Charney avait réagi ainsi : « Que ce soit une entreprise de Montréal ou pas, ça ne peut pas être une belle histoire... », avant d'ajouter que l'entreprise lui a été volée avant d'être détruite et que tout le monde avait perdu sa mise.

SUR SON EXPULSION D'AMERICAN APPAREL

« C'est du vol ! Ils m'ont volé mon entreprise illégalement et ils l'ont cassée. J'avais la plus grosse usine de vêtements de l'Amérique du Nord. Standard General et dans une certaine mesure les détenteurs d'obligations ont volé ma compagnie, car ils l'aimaient, parce qu'elle faisait beaucoup d'argent. Ils ne m'ont pas congédié à cause des accusations d'agressions sexuelles, mais parce qu'ils voulaient vendre la compagnie dans mon dos. Ils ont utilisé de fausses allégations pour créer une diversion. [...] Et tout le monde a perdu son argent. Je vais le prouver en cour, même si ça prend des années. »

SUR L'ARGENT PERDU

« J'ai commencé à 16 ans dans le sous-sol de mon père à Westmount et j'ai mis 30 ans de travail à construire ma compagnie. Et je n'ai pas eu une cenne ! Je n'ai rien eu. Rien, rien, rien. Je n'ai même pas pu récupérer mes affaires personnelles dans mon appartement aux Cours Mont-Royal. Je n'ai pas eu un dollar pour les vacances. »

« La compagnie valait plus de 500 millions. J'ai déjà offert de racheter la compagnie pour 550 millions de dollars et ils ont refusé mon offre, car ils rêvaient de faire plus d'argent sans moi. La vérité, c'est qu'ils ont tout perdu. La réalité, c'est qu'ils n'ont rien gagné. C'est un cauchemar à Wall Street. Ils ont voulu assassiner un garçon de Montréal. »

SUR LE SIÈGE SOCIAL MONTRÉALAIS

« Tous les magasins et les 10 000 emplois ont été détruits. Tous mes amis ont été mis à la porte et mon père aussi (deux jours après moi, en décembre 2014). Il était directeur de la compagnie canadienne. Il s'occupait des magasins, des baux. Le siège social de Montréal a été détruit. J'avais plus d'employés à Montréal que Gildan. On était une centaine. Tous les appels en provenance d'Europe étaient traités à Montréal. On s'occupait des sites internet aussi. »

SUR SA NOUVELLE ENTREPRISE

« Je vais créer une nouvelle entreprise qui va donner de bons salaires aux travailleurs, c'est important pour moi. Ça s'appelle Thats L.A.. Je vais fournir des t-shirts à toutes les entreprises de sérigraphie de l'Amérique du Nord. » 

« Je veux embaucher des milliers de personnes encore une fois. Je suis dans notre future usine de South Central Los Angeles avec mes travailleurs présentement. [La fabrication s'effectue actuellement dans une usine temporaire du même quartier.] C'était un quartier très pauvre ces 50 dernières années avec beaucoup d'immigrants. Je suis certain que la population de Montréal va être fière de ce que je fais. Je travaille sept jours sur sept. De 12 à 15 heures par jour. J'ai déjà réussi une fois, je peux le faire encore. »

Note : certains propos ont été résumés pour en faciliter la compréhension.

LA SAGA AMERICAN APPAREL EN 13 DATES

Lors de l'encan tenu à New York, lundi, les actifs d'American Apparel intéressaient Amazon, Forever 21, Authentic Brands Group et YS Garment, selon Reuters. Or, c'est finalement Gildan qui a remporté la mise pour 88 millions US.AVEC CETTE TRANSACTION, L'ENTREPRISE MONTRÉALAISE ACQUIERT AINSI : 

• les droits de propriété intellectuelle sur le nom American Apparel ;

• les équipements de deux usines ;

• certains équipements du centre de distribution et d'une troisième usine ;

• les stocks destinés au réseau de vêtements imprimés (dans une entente à part).

Gildan n'aurait pas décidé si la production continuera de se faire sur le sol américain. « Nous sommes en train de déterminer quelle est la meilleure stratégie d'intégration à adopter », a affirmé le vice-président aux communications de Gildan, Garry Bell, à La Presse canadienne.

VOICI LES FAITS SAILLANTS DE LA TUMULTUEUSE HISTOIRE D'AMERICAN APPAREL :

1989

Dov Charney crée American Apparel dans le sous-sol de la maison familiale à Westmount. Il a 16 ans. Il vend ses t-shirts en face du Forum.

2006

Entrée en Bourse (NASDAQ) avec le concours d'Endeavor Acquisition, une société d'acquisition à vocation spécifique (SAVS) - blank check company, en anglais. Cette façon de faire est controversée, mais plus rapide et moins astreignante.

17 $

En décembre 2007, l'action de l'entreprise atteint un sommet de 17 $ US.

1 $

American Apparel réalise des profits pour la dernière fois en 2010. L'action vaut à peine plus de 1 $.

18 juin 2014

Dov Charney est suspendu de son poste de président et chef de la direction par le conseil d'administration en raison de diverses accusations d'agressions sexuelles et d'une prétendue mauvaise utilisation de fonds d'entreprise.

19 juin 2014

Charney obtient un prêt de Standard General (SG) pour accroître sa participation dans l'entreprise et dans l'espoir d'y ravoir un rôle clé. L'accord stipule qu'en échange, Charney cède le droit de vote de ses actions au prêteur.

Charney congédié

En décembre 2014 : Dov Charney est congédié. « Je me suis joint à SG pour contrecarrer le conseil d'administration, mais finalement, ils se sont rangés du bord du conseil d'administration ! Je vais prouver qu'ils ont les mains sales, qu'ils ont fait des choses illégales », a raconté avec amertume Dov Charney lors d'un entretien avec La Presse, hier. Celui-ci affirme avoir offert, avec Irving Place Capital (IPC), 550 millions US pour racheter American Apparel. Mais selon Fortune, l'offre n'était pas faite « en partenariat » avec Charney.

Mai 2015

Dov Charney poursuit American Apparel pour rupture de contrat, et ensuite pour diffamation. Il poursuit aussi Standard General pour diffamation.

NASDAQ suspend le titre

En octobre 2015 : L'entreprise se place sous la protection de la loi sur les faillites. Le lendemain, la Bourse de New York (NASDAQ) suspend le titre. Il ne sera plus jamais négocié.

Trois investisseurs...

Le 11 janvier 2016, trois investisseurs (Hagan Capital, Silver Creek Capital Partners et un troisième groupe anonyme) déposent une offre d'achat de 300 millions US et affirment vouloir réintégrer Dov Charney dans ses fonctions.

... et un rejet

Le 25 janvier 2016, la Cour des faillites américaine rejette l'offre d'achat du trio et accepte plutôt le plan de réorganisation.

Dettes de 177 millions

En novembre 2016, American Apparel se place de nouveau à l'abri de ses créanciers avec des dettes de 177 millions US. Ses actifs sont mis aux enchères. Gildan annonce avoir déposé une offre d'achat de 66 millions US pour certains actifs.

88 millions

Le 9 janvier 2017, Gildan acquiert les actifs pour 88 millions US. La transaction sera assujettie à l'approbation du tribunal des faillites le 12 janvier 2017 et Gildan prévoit que la clôture de la transaction aura lieu au début de février.

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