C'en est fait pour Bovet

La disparition dimanche de l'enseigne Bovet nous rappelle... (PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE)

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La disparition dimanche de l'enseigne Bovet nous rappelle que rien n'est acquis dans le monde des affaires.

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Ça n'arrive pas souvent qu'une entreprise centenaire du Québec ferme ses portes. Et pour cause, elles sont très peu nombreuses. La disparition dimanche de l'enseigne Bovet nous rappelle que rien n'est acquis dans le monde des affaires.

En 1907, moins de 500 000 personnes habitent à Montréal. Le pont de Québec s'effondre. Et le futur inventeur du Ski-Doo, Joseph-Armand Bombardier, naît.

De son côté, Victor Bovet ouvrait, sur la rue Ontario Est, un petit magasin de vêtements de travail. Un commerce qui allait changer d'orientation au fil des ans, pour devenir une entreprise éventuellement dirigée par son fils Marc (à compter de 1930) et son petit-fils Pierre (1982).

C'est à compter des années 50 que Bovet devient une destination « pour hommes de toutes tailles ». Le détaillant commence alors à vendre des habits à ses clients corpulents et particulièrement élancés. Au fil des ans, cette niche deviendra sa spécialité, sa distinction. Le succès obtenu et la multiplication des centres commerciaux permettent l'ouverture de plusieurs magasins au Québec.

En 1984, la PME commence à faire des acquisitions. Elle met la main sur les boutiques Sauvé, spécialisées - encore aujourd'hui - dans les uniformes scolaires. Une décennie plus tard, Pierre Bovet exploite pas moins de 38 points de vente sous les enseignes Bovet, Sauvé, Club Garçon, Marc Andrew et J.J. Farmer, indiquent des articles publiés à l'époque.

Mais dans les années 2000, le nombre d'adresses recule progressivement. Au point que, en décembre dernier, il ne restait plus que sept magasins quand la fin des activités a été annoncée.

Pierre Bovet avait alors précisé dans un communiqué qu'il n'accorderait pas d'entrevue. Il ne souhaite toujours pas faire de bilan publiquement.

FORCÉ D'INVESTIR

Les entreprises familiales centenaires étant rarissimes, la professeure de management à l'Université Laval Maripier Tremblay se désole de ce destin, tout en étant sensible aux immenses défis de la vente au détail. « C'est triste. C'était une entreprise de chez nous, c'est une famille de chez nous, bien enracinée dans son milieu. Qui va récupérer ses parts de marché ? »

La situation de Bovet était de plus en plus difficile, analyse l'expert en commercialisation de la mode à l'UQAM, Serge Carrier. « Ils vendaient des vêtements classiques, mais de plus en plus, la mode, c'est d'aller travailler relax, en vêtements de sport. Alors, avoir de grandes surfaces dans les centres commerciaux qui coûtent cher, pour un créneau somme toute limité... »

À son avis, pour revenir en force dans le marché, Bovet aurait été forcé d'investir passablement pour rajeunir la marque et revoir son repositionnement. Un exercice au résultat incertain.

AVANTAGE OU DÉSAVANTAGE ?

L'âge de la chaîne Bovet l'empêchait-il de renouveler sa clientèle ? Pas forcément, répond M. Carrier. Simons (1840) et La Baie (1670), encore beaucoup plus vieux, savent plaire aux plus jeunes. Même ceux de la génération Y.

Quoi qu'il en soit, en 2007, Pierre Bovet avait choisi de passer sous silence le 100e anniversaire de son enseigne. « J'estimais que ça ne donnait pas de valeur ajoutée à l'entreprise de célébrer ça. D'ailleurs, on ne s'est jamais servi de notre âge dans nos publicités. Je ne sais pas si ça peut nuire de révéler son âge, mais je ne crois pas que ça aide », avait-il raconté au journal Les Affaires.

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