Ventes de vêtements: «c'est dur pour tout le monde»

Joshua Perets exploitait une trentaine de points de... (Photo David Boily, La Presse)

Agrandir

Joshua Perets exploitait une trentaine de points de vente de vêtements pour jeunes filles dans les meilleurs centres commerciaux du Québec et de l'Ontario, du Centre Eaton au Carrefour Laval en passant par Laurier.

Photo David Boily, La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Six détaillants québécois de vêtements, qui exploitent au total près de 300 magasins, sont menacés de faillite. Joshua Perets, Limité, Le Jean Bleu, Les Entreprises Vagabond (enseignes Hangar, Studio et Revue) L'Ensemblier et Signal ont tous entrepris une restructuration en vertu de la Loi sur la faillite et l'insolvabilité (LFI). Quelque 1700 emplois sont en jeu. Et la situation risque de s'aggraver.

Détaillants en péril... - image 1.0

Agrandir

Détaillants en péril

Leurs déboires s'ajoutent à ceux de Jacob, Femmes de Carrière et Bedo, qui ont fait les manchettes ces derniers mois. Et d'autres détaillants de vêtements seraient en difficultés à cause des hausses de coûts, surtout le loyer, selon Noubar Boyadjian, du syndic Litwin Boyadjian.

«Il y a deux ou trois autres grandes chaînes de magasins qui sont en train de parler avec les centres commerciaux pour voir ce qu'elles peuvent faire. Selon ce qui ressort des discussions, elles n'auront probablement pas le choix de commencer à se restructurer d'ici Noël. Et il y en a d'autres qui ne paient plus leur loyer», a-t-il confié La Presse Affaires, sans vouloir révéler de noms.

Traditionnellement, les détaillants attendent après la période des Fêtes pour se placer sous la protection de la LFI. Mais cette année, certains n'ont pas pu se rendre jusque-là. «Pour les commerçants, c'est une période difficile [l'automne] car ils achètent beaucoup de stocks, mais les ventes ne sont pas encore très fortes. Ça met de la pression sur les liquidités», explique Marie-Claude Frigon, associée et experte en vente au détail chez Richter.

Un autre expert du commerce de détail qui préfère ne pas être identifié affirme pour sa part qu'environ 10% des détaillants (des pieds carrés qu'ils occupent) sont menacés.

«On est vraiment dans une période de changements structurels, avec les achats sur internet et la concurrence accrue. Certains vont s'adapter, mais d'autres ne survivront pas», analyse Marie-Claude Frigon.

Fermetures nombreuses

La popularité du petit chien sur les vêtements Joshua Perets auprès des jeunes filles n'aura pas suffi à épargner la marque. L'entreprise exploitait une trentaine de points de vente dans les meilleurs centres commerciaux du Québec et de l'Ontario, du Centre Eaton au Carrefour Laval en passant par Laurier Québec. Il n'en reste déjà plus qu'une quinzaine. Le propriétaire, Joshua Perets, ne nous a pas rappelés.

Le nombre de magasins Limité a lui aussi fondu. Sur les 44 baux que l'entreprise comptait à la fin de l'été, 32 ont été résiliés en quelques semaines. De toute évidence, le site web n'a pas été mis à jour depuis des mois. On y annonce en effet une vente d'entrepôt... en avril.

La chaîne Limité avait été fondée en 1987 par Jiggy Singh, mort en 2008. Sacha Singh a pris la relève. Selon sa page LinkedIn, il est encore président. Au printemps, les actionnaires principaux étaient Sasha et Aysha Singh, ainsi que Anit Soni. Or, au cours de l'été, l'ontarienne Fairweather a pris le contrôle de l'entreprise après lui avoir prêté 4 millions, explique Noubar Boyadjian. Ainsi, Isaac Benitah, propriétaire de Fairweather, des Ailes de la Mode et d'International Clothiers, est devenu président de Limité et c'est alors qu'il a découvert que «seulement le tiers des magasins était rentable».

Quant au Jean Bleu (plus de 30 magasins), de l'arrondissement de Lachine, son histoire remonte à 1966. Fondée par Henri Berlach, l'entreprise est dirigée par son fils Allan depuis 1994.

La capitale du jeans échaudée

Les coups durs se multiplient aussi du côté de Rimouski, surnommée la capitale québécoise du jeans.

Peu connues dans la région de Montréal, Les Entreprises Vagabond comptent néanmoins 128 magasins répartis sous trois enseignes (Hangar, Studio et Revue) dans deux provinces (Québec et Nouveau-Brunswick). Le propriétaire, André Racine, n'a pas rappelé La Presse Affaires.

L'Ensemblier et Signal, aussi de Rimouski, tentent d'éviter la faillite. Elles appartiennent à Serge Lebel. Son père avait fondé l'entreprise il y a 41 ans. «C'est dur pour tout le monde [...]. On est dans une période difficile. Il faut être créatif et se réinventer», dit celui qui devra réduire ses effectifs (300 personnes) du tiers.

Ces restructurations s'ajoutent à celle de Pentagone, en 2012, dont les dettes frôlaient les 16 millions de dollars. Le détaillant a été racheté par Nero Bianco, de la région de Québec, qui a fermé les bureaux de Rimouski.

Serge Lebel constate qu'un moins grand nombre de travailleurs de sa région ont profité du Plan Nord ces derniers mois, ce qui a provoqué une baisse des dépenses et d'achalandage dans les centres commerciaux. La météo de la dernière année a aussi nui à tout le secteur, rappelle-t-il. Après un mois de décembre 2013 particulièrement pénible, à cause des tempêtes de neige juste avant Noël, le printemps a tardé à se pointer le nez, ce qui a mis les finances des détaillants à rude épreuve.

L'homme d'affaires se demande aujourd'hui si le gouvernement fera quelque chose pour aider le secteur de la vente au détail, qui n'emploie pas «juste des gens au salaire minimum».

-----------------

PERSPECTIVES MOROSES

Le temps des Fêtes qui s'en vient risque de ne pas remplir les coffres des détaillants autant qu'ils le souhaiteraient. Les ménages québécois comptent, en moyenne, acheter des cadeaux d'une valeur de 371$, révèle un récent sondage Groupe Altus pour le Conseil québécois du commerce de détail (CQCD). C'est seulement 15$ de moins que l'an dernier, mais c'est le montant le plus faible depuis que ce sondage est effectué, en 2004.

Intentions d'achat pour la période des Fêtes

2004: 383$

2005: 396$

2006: 448$

2007: 395$

2008: 380$

2009: 372$

2010: 417$

2011: 404$

2012: 406$

2013: 386$

2014: 371$

----------------

DERNIÈRE ANNÉE DIFFICILE

L'International Council of Shopping Centers (ICSC), qui compile les chiffres de ventes dans les centres commerciaux du Canada, confirme que la dernière année a été pénible pour le secteur de la mode. Les revenus au pied carré dans les boutiques de vêtements n'ont augmenté qu'à deux reprises au cours des huit derniers trimestres. Et il s'agissait de hausses minimes, tandis que les baisses étaient plus fortes.

Ventes au pied carré (variation sur un an)

Janvier: - 13,0%

Février: - 2,9%

Mars: - 6,3%

Avril: - 2,5%

Mai: stable

Juin: + 0,8%

Juillet: - 1,6%

Août: + 1,1%

* Les données de septembre ne sont pas encore connues

Partager

publicité

publicité

publicité

publicité

image title
Fermer