Accès au Plateau: des commerçants maugréent

Une quincaillerie qui était en activité rue Saint-Denis depuis 60 ans est sur le point de fermer ses portes.

Une petite boutique indépendante de l'avenue du Mont-Royal spécialisée dans les vêtements «écologiques» fabriqués au Québec a fait faillite.

Les deux rejettent la responsabilité de leur malheur sur l'administration du Plateau Mont-Royal, avec ses mesures de détournement de la circulation et la multiplication des parcomètres.

Le maire de l'arrondissement, Luc Ferrandez, ne partage pas cette analyse, mais il annonce tout de même que son administration travaille à une solution qui permettrait de faciliter l'accès au coeur du Plateau Mont-Royal.

Le principal actionnaire de la Quincaillerie Bernier, Richard Provost, a indiqué à La Presse Affaires que l'incertitude qui plane sur l'avenir de Rona explique en partie sa décision.

«Nous pensons que Lowe's va revenir à la charge, a-t-il déclaré. Or, les magasins comme les nôtres (Rona Express) ne devraient pas faire partie de leur planification. Ils ne voudront garder que les grandes surfaces.»

Mais il a également dénoncé, avec passion, le fait que l'accès et le stationnement au Plateau Mont-Royal soient devenus si difficiles.

«Montréal, c'est une vieille ville, une ville d'accommodations, mais présentement, il n'y a aucune accommodation pour les gens qui ont une automobile», a-t-il soutenu.

C'est une question importante pour une quincaillerie: le client, qui peut facilement marcher pour aller se chercher quatre flacons de médicaments à la pharmacie, a besoin de son automobile pour aller acheter quatre gallons de peinture à la quincaillerie.

Les taxes élevées et les difficultés d'accès pour les camions de livraison ont également eu raison de la quincaillerie.

«Je n'ai pas le pouvoir de changer les règlements, il ne me reste qu'une chose à faire, m'en aller», a déploré M. Provost.

La propriétaire de la boutique Moov Design, Line Brunel, s'est montrée encore plus acerbe au sujet de l'administration actuelle. Elle a placardé sur les vitrines de son commerce, maintenant fermé, une lettre ouverte «remerciant» ceux qui ont «coupé l'accès au Plateau et détruit le caractère unique qui attirait les gens» sur l'avenue du Mont-Royal.

Elle a expliqué que sa boutique ne pouvait compter seulement sur les résidants du quartier pour survivre, elle avait besoin de clients de l'extérieur. Or, la prolifération des sens uniques et des parcomètres a effrayé plusieurs de ses clients.

«Notre chiffre d'affaires a baissé de 25%, a-t-elle déclaré à La Presse Affaires. Je ne fais pas partie d'une chaîne, je n'ai pas d'autres magasins pour compenser mes pertes.»

Le maire Ferrandez a déclaré qu'il ne voulait pas minimiser les difficultés que traversent certains commerces. La fermeture de la Quincaillerie Bernier, a-t-il dit, est «vraiment poche».

Il a toutefois affirmé qu'il y avait une croissance du nombre de commerces sur plusieurs artères commerciales du Plateau Mont-Royal, comme la rue Saint-Denis et le boulevard Saint-Laurent. Il a cependant reconnu que plusieurs déplorent la difficulté d'accès à l'avenue du Mont-Royal.

«Nous travaillons très fort pour trouver une solution, sans renier nos politiques d'apaisement de la circulation, a-t-il déclaré. Nous essayons de trouver une voie plus directe. Nous sommes sur le point d'y arriver.»

Il a affirmé que ce n'était pas le temps de recommencer «le festival de l'amertume».

C'est aussi l'opinion de Charles-Olivier Mercier, directeur du service aux membres de la Société de développement de l'avenue du Mont-Royal.

«C'est un dossier épique, ce sont des braises ardentes, a-t-il soupiré. Nous avons plutôt le goût de travailler, d'avancer.»

Il a reconnu que, en général, les commerces de destination éprouvent des difficultés à demeurer rentables mais que la possibilité d'ouvrir un axe d'accès important serait très bien accueillie par la communauté d'affaires.

Le taux d'inoccupation des locaux commerciaux sur l'avenue du Mont-Royal n'est que de 4,04%, alors qu'il était demeuré au-dessus de 5% de mars 2011 à avril 2012. Toutefois, le taux d'inoccupation a diminué, notamment parce que plusieurs locaux sont en rénovation et qu'ils ne peuvent être comptés comme inoccupés.

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