Rona: des actionnaires tentent un pustsch

En bourse

t.ron
La chaîne comptera 26 magasins dans les provinces... (Photo: Ivanoh Demers, La Presse)

Agrandir

Photo: Ivanoh Demers, La Presse

La chaîne comptera 26 magasins dans les provinces atlantiques.

(Montréal) Deux des principaux actionnaires de Rona (T.RON) sont prêts à déclencher une bataille pour le contrôle du détaillant de Boucherville.

Ces actionnaires ont l'intention de demander le remplacement de l'ensemble du conseil d'administration, ce qui pourrait ultimement pousser Rona dans les bras de l'américaine Lowe's.

Le gestionnaire de fonds Invesco Canada (10,2% des actions) a lancé le bal en matinée mercredi en publiant un communiqué succinct annonçant son intention de convoquer une assemblée annuelle extraordinaire pour destituer le conseil d'administration.

Plus tard en journée, les patrons d'ABC Funds (I.A. Michael Investment Counsel), quatrième actionnaire avec une participation de 3%, ont confirmé leur appui à Invesco.

Le titre de Rona (RON) a grimpé de presque 5% dans la foulée, clôturant à 11,52$ à Toronto. La société devrait réagir ce matin.

Invesco n'a pas officiellement détaillé ses motivations hier, mais elle avait soutenu en juillet la proposition du groupe américain Lowe's, qui comptait offrir 14,50$ au comptant pour chaque action de Rona.

ABC Funds déçu

Hier, ABC Funds a clairement exprimé sa déception d'avoir vu le conseil d'administration rejeter cette proposition. Le gestionnaire de fonds reproche au conseil de pas avoir «négocié de bonne foi sur la base de cette proposition», a indiqué Dana Merber, associé chez ABC Funds, dans une entrevue avec La Presse Affaires.

Pour ABC, il est difficile pour les actionnaires d'accepter que le conseil agisse ainsi, puis annonce des résultats extrêmement décevants au troisième trimestre (recul des profits de 30%).

«Rona perd des parts de marché tandis que Home Depot en gagne, précise le président d'ABC Funds, Irwin Michael. En tant qu'investisseur, on cherche un catalyseur pour que le titre augmente.»

«Il faut un changement. Après le départ du PDG Robert Dutton la semaine dernière, la prochaine étape logique, c'est le conseil d'administration», dit M. Merber. Selon lui, Lowe's pourrait revenir à la charge avec une nouvelle offre s'il y a un nouveau conseil.

Pour gagner leur cause, il faudra qu'Invesco et ABC obtiennent l'appui d'actionnaires qui rassemblent une majorité simple d'actions. La Caisse de dépôt et placement du Québec, principal actionnaire de Rona avec 15% des actions, n'a pas commenté la situation mercredi.

Le Fonds de solidarité FTQ (3,5% des actions) avait quant à lui soutenu le conseil au moment du rejet de la proposition de Lowe's.

Un putsch difficile

Selon Derek Dley, analyste chez Canaccord Genuity, il sera exigeant pour les actionnaires mécontents de mener leur putsch à terme. Selon lui, la Caisse de dépôt appuiera le conseil actuel, tout comme les marchands affiliés de Rona, qui contrôlent beaucoup de droits de vote.

Le président-directeur du conseil de l'Institut sur la gouvernance d'organisations privées et publiques, Yvan Allaire, insiste quant à lui sur «l'expertise et l'expérience» du conseil actuel. Il note qu'à la dernière assemblée annuelle, en mai, les actionnaires aujourd'hui déçus n'ont pas voté contre le conseil. Tous les membres avaient été élus avec plus de 99% d'appuis.

Le conseil d'administration de Rona est presque entièrement québécois. Robert Paré, avocat chez Fasken Martineau en est le président. Geoff Molson en fait également partie.

Invesco n'a pas encore annoncé l'identité de ses candidats au conseil. «Je pense que ce sera une gamme de gens qui seront prêts à recevoir des offres et à mettre l'entreprise sur le bloc», soutient Yvan Allaire.

Stabilité du conseil

Chargée de cours à l'UQAM et spécialisée en gouvernance, Louise Champoux-Paillé se questionne aussi sur la pertinence d'actions comme celle lancée par Invesco mercredi.

«La durabilité des organisations, c'est un élément fort important», dit-elle. «Est-ce qu'on va toujours changer les membres du conseil [pour des préoccupations court terme], alors qu'on veut qu'ils aient une vision à long terme?», demande-t-elle.

Selon la loi québécoise, un actionnaire qui détient plus de 10% des droits de vote d'une société peut obtenir la tenue d'une assemblée extraordinaire.

La société a 21 jours après la demande officielle pour convoquer l'assemblée, qui doit se tenir dans une période de 21 à 60 jours suivant la convocation. Il faut une majorité simple pour destituer un membre du conseil. Chaque membre du conseil a l'occasion de s'exprimer pour défendre sa place.

Invesco Canada se définit comme l'une des plus importantes firmes de gestion de placement au Canada, où elle gère trois marques de produits, entre autres des fonds communs : Trimark, Invesco et PowerShares. Elle est une filiale de la société Invesco Ltd., établie à Atlanta et cotée à la Bourse à New York sous le titre IVZ.

Selon Yvan Allaire, Invesco a acheté la plus grande partie de ses actions de Rona en mai 2007, «à un prix variant probablement entre 17,10 et 17,75$».

Les cinq principaux actionnaires

Caisse de dépôt et placement 15% (au 06-09-12)

Invesco Canada 10,2% (14-11-12)

Fonds de la FTQ 3,5 % (n.d.)

IA Michael Investments 3% (30-06-12)

Dimensional Fund Advisors 2,9% (31-07-12)

Sources: Bloomberg et Invesco

 

Partager

La Presse Affaires vous suggère

publicité

publicité

publicité

publicité

publicité

image title
Fermer