Syndicalisation chez Couche-Tard: Alain Bouchard brise le silence

Le PDG de Couche-Tard, Alain Bouchard.... (Photo: Ivanoh Demers, La Presse)

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Photo: Ivanoh Demers, La Presse

Le PDG de Couche-Tard, Alain Bouchard.

Même si Alimentation Couche-Tard vient de faire une offre pour acquérir les actifs du groupe norvégien Statoil Fuel&Retail - dont la majorité des 2 305 dépanneurs sont opérés par des employés syndiqués - son président Alain Bouchard est toujours fermement opposé à la syndicalisation de ses dépanneurs québécois. «La CSN ne comprend manifestement pas notre modèle d'affaires», déplore le PDG.

Dans cette première entrevue où il accepte de discuter ouvertement de la campagne de syndicalisation que mène depuis deux ans la CSN à l'endroit de certains dépanneurs Couche-Tard, Alain Bouchard affirme ne pas comprendre l'acharnement de la centrale syndicale à vouloir alourdir le mode de fonctionnement d'une entreprise qui a des marges extrêmement serrées et occupe un marché très concurrentiel.

«On n'est pas en croisade contre les syndicats. L'acquisition que l'on est train de réaliser en Scandinavie, ça fait trois ans qu'on la prépare. Ils ont des règles de marché qui sont totalement différentes des nôtres en Amérique du Nord», souligne Alain Bouchard.

«En Scandinavie, 67% des travailleurs sont syndiqués. C'est comme ça dans toute l'Europe. Nos concurrents ont les mêmes contraintes. On joue tous sur le même terrain de jeu.

«Dès qu'une entreprise a plus de 50 employés, ces derniers ont un représentant au comité de direction de l'entreprise. Si la société est publique, le syndicat a deux représentants au conseil d'administration. Ce qui est le cas chez Statoil Fuel&Retail», relève-t-il.

Dans le cadre de l'offre publique d'achat (OPA) que Couche-Tard vient de réaliser, Alain Bouchard a rencontré ces deux représentants syndicaux membres du conseil d'administration, tout comme il a rencontré depuis le dépôt de son offre le comité de huit membres de la direction du syndicat.

«On a eu une discussion très cordiale. Le syndicat est conscient des enjeux et il a dû accepter dans le passé certaines décisions économiques comme le transfert d'activités dans le secteur des lubrifiants de la Norvège vers Riga [en Lettonie]», explique Alain Bouchard.

Réalité québécoise

Si la présence syndicale fait partie de la réalité du marché scandinave et plus largement du marché européen, ce n'est pas le cas en Amérique du Nord, où le contexte hautement concurrentiel et la nature même des activités des dépanneurs n'ont jamais été compatibles avec la syndicalisation des commerces.

«On exploite des commerces qui ont des gros taux de roulement. On donne du travail à beaucoup d'étudiants et on fait les horaires des magasins en tenant compte de leur disponibilité, jamais l'inverse. On essaie d'évoluer avec nos employés», explique Alain Bouchard.

S'il refuse depuis deux ans d'expliquer plus à fond sa pensée sur la campagne de la CSN, c'est qu'il estime notamment que la couverture des médias a été biaisée.

«On met les projecteurs sur 20-25 employés qui sont plus militants, mais jamais on a été dans les autres magasins pour avoir l'opinion de l'immense majorité de nos gens», déplore Alain Bouchard.

«C'est la CSN qui pousse. Ils pensent qu'ils ont une bonne occasion d'augmenter leurs effectifs et leurs revenus, mais des dirigeants de la FTQ m'ont déjà dit qu'ils avaient songé à syndiquer nos magasins, mais qu'ils avaient vite laissé tomber. Ce n'était vraiment pas payant pour eux», relate-t-il.

Depuis cinq ans, Couche-Tard fait des efforts pour mieux répondre aux besoins de ses employés, poursuit Alain Bouchard, mais la CSN met l'accent sur des enjeux qu'elle comprend mal.

Il prend pour exemple la demande répétée de la CSN d'installer des boutons de panique dans chacun des dépanneurs.

«On a une politique simple et claire dans tous nos dépanneurs. En cas de vol, l'employé ne doit donner aucun signe de résistance. Actionner un bouton de panique, c'est afficher un signe de résistance qui peut provoquer des excès de violence. C'est ce qu'on cherche à éviter à tout prix», expose Alain Bouchard.

Mis à part un bref épisode en Colombie-Britannique où trois dépanneurs ont été syndiqués durant quelques semaines avant de laisser tomber leur accréditation, ce n'est qu'au Québec où la chaîne de magasins a fait l'objet d'une campagne comme celle de la CSN.

«La CSN n'a pas suivi notre modèle d'affaires. Leur campagne, c'est un épisode dans la vie de notre entreprise qui a causé beaucoup de frustration», estime-t-il.

Rencontre en Norvège

En fin de journée hier, le PDG de Couche-Tard a repris l'avion pour se rendre à Oslo, en Norvège, pour assister à une rencontre de deux jours de la haute direction de Statoil Fuel&Retail.

«C'est une rencontre au sommet des 100 hauts dirigeants de l'entreprise qui avait été prévue avant que l'on réalise notre OPA. Ils viennent de terminer une revue stratégique de leurs activités pour réduire de 500 millions de couronnes norvégiennes (88 millions US) les coûts d'exploitation et améliorer de 500 millions de couronnes le fonds de roulement de la société», explique Alain Bouchard.

À la suite de cette réunion au sommet, la direction de Statoil Fuel&Retail va présenter et expliquer ce plan de redressement aux représentants syndicaux qui vont l'entériner.

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