Ottawa prévoit 100 milliards en déficits d'ici 2023

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Le ministre des Finances Bill Morneau a dévoilé en fin d'après-midi les grandes lignes de sa stratégie budgétaire.

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(Ottawa) Plus d'aide fiscale pour les jeunes familles et les PME, mais aucun équilibre en vue dans les finances de l'État. Ainsi se décline la mise à jour économique dévoilée mardi à Ottawa, qui prévoit des déficits cumulés de presque 100 milliards de dollars d'ici 2023.

Bill Morneau a dévoilé en fin d'après-midi les grandes lignes de sa stratégie budgétaire, dont plusieurs détails avaient filtré depuis le début de la semaine. Le ministre des Finances confirme entre autres que son gouvernement ira de l'avant avec une bonification de l'Allocation canadienne pour enfants (ACE).

Ottawa devancera de deux ans l'indexation des prestations de l'ACE, qui permettra à des millions de familles de toucher davantage à partir de juillet prochain. 

Pour un ménage dont le revenu net s'établit à 35 000 $, les allocations seront bonifiées de 560 $ par année à partir de 2018-2019. Elles atteindront ainsi 11 685 $ par année, plutôt que 11 125 $ auparavant.

Cette indexation de l'ACE coûtera 5,6 milliards de dollars au trésor public d'ici 2022-2023, prévoit Ottawa. Quelque 3,3 millions de familles se sont partagées 23 milliards en prestation l'an dernier.

Travailleurs à faible revenu

Ottawa entend aussi rehausser la Prestation fiscale pour le revenu de travail (PFRT), un crédit d'impôt destiné à soutenir les travailleurs à faibles revenus. Cette mesure vise à permettre aux petits salariés de conserver une plus grande part de leur salaire dans leurs poches. 

La PFRT sera bonifiée de 500 millions par année à partir de 2019, indique Ottawa. Le gouvernement a par ailleurs confirmé la baisse du taux d'imposition des PME, qui passera de 11% à 9% d'ici 2019.

Pas d'équilibre à l'horizon

En conférence de presse après la publication des documents budgétaires, Bill Morneau a insisté sur la forte croissance économique récente observée au Canada. Le produit intérieur brut réel progressé de 3,7% entre le deuxième trimestre de 2016 et le deuxième trimestre de 2017, comparativement à 2,2% aux États-Unis, 2,1% en Allemagne et 1,5% au Royaume-Uni.

Le ministre des Finances attribue cette forte progression aux mesures mises en place par son gouvernement pour soutenir la classe moyenne, notamment l'ACE. Il affirme du même coup faire preuve de «responsabilité fiscale», même si son gouvernement n'a aucune idée du moment où ses finances cesseront d'être écrites à l'encre rouge.

«Si on avait écouté en 2015 les gens qui nous disaient qu'on doit revenir à l'équilibre à tout prix, on n'aurait jamais observé les résultats qu'on voit aujourd'hui, a martelé Bill Morneau. Le Canada affiche la plus forte croissance du G7, et de loin.»

Bill Morneau ne se soucie pas tant des déficits que du poids de la dette par rapport au PIB canadien, a-t-il répété en conférence de presse. Or, ce ratio devrait descendre de 31,2% aujourd'hui à 28,5% en 2022-2023, «ce qui nous ramène à un niveau jamais vu depuis 1977», a fait valoir le ministre. 

Déficits en baisse

Le ministre des Finances a fourni de nouvelles prévisions des déficits budgétaires. Ceux-ci devrait être moindres que prévu ces prochaines années, passant par exemple de 28,5 à 19,9 milliards cette année, et de 27,4 à 18,6 milliards pendant la prochaine année financière.

Les déficits prévus à l'heure actuelle restent toutefois gargantuesques et totalisent 99 milliards d'ici 2022-2023.

Gestion «minable»

L'opposition conservatrice et néo-démocrate fustige depuis deux ans le gouvernement de Justin Trudeau quant à sa gestion des finances publiques. Mardi matin, avant-même l'énoncé économique, les députés conservateurs Gérard Deltell (porte-parole en matière de finances) et Pierre Poilievre (Conseil du trésor) ont fait une sortie en règle contre la gestion «minable» des finances publiques du gouvernement de Justin Trudeau, selon eux.

Ottawa a terminé la dernière année financière avec un déficit de 18 milliards (moindre que prévu), et aucun échéancier ne semble en place pour un retour à l'équilibre budgétaire, rappellent-ils.

«On demande au gouvernement de limiter à 10 milliards les déficits et de tenir sa promesse électorale de revenir à l'équilibre budgétaire d'ici 2019», a lancé Pierre Poilievre pendant un point de presse tenu au Parlement.

«Ni le ministre des Finances, ni le premier ministre n'ont d'idée quand on reviendra à l'équilibre budgétaire, ce qui est inédit dans une période où le Canada n'est ni en récession, ni en guerre», a pour sa part avancé Gérard Deltell.

Élan freiné

Sébastien Lavoie, économiste en chef chez Valeurs Mobilières Banque Laurentienne, a pour sa part averti dans une note que l'élan de croissance actuel du Canada est en train de «s'estomper», ce qui soulève certaines «inquiétudes».

M. Lavoie rappelle que les ventes au détail ont enregistré deux déclins consécutifs en juillet et en août, une situation «rare» au Canada. Qui plus est, la hausse récente des taux d'intérêt risque d'accentuer le recul des dépenses des ménages, alors que le fardeau de la dette atteint des niveaux très élevés au pays, ajoute M. Lavoie.

Éthique

Les Conservateurs ont par ailleurs continué à taper sur le clou de l'éthique, dénonçant à plusieurs reprises les conflits d'intérêts apparents dans lesquels navigue Bill Morneau depuis plusieurs jours. 

Attaqué de toutes parts à la Chambre des communes lundi, Bill Morneau a tenté de détourner les questions sur la gestion de ses actifs. Il a préféré parler de l'embellie économique du Canada et des centaines de milliers de nouveaux emplois créés pendant la dernière année au Canada.




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