Bois d'oeuvre: «Le temps ou jamais» pour le libre-échange

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André Tremblay, président du Conseil de l'industrie forestière du Québec.

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(OTTAWA) « C'est le temps ou jamais », dit André Tremblay. Le président du Conseil de l'industrie forestière du Québec veut qu'Ottawa force Washington à reconnaître que le Québec ne subventionne plus son bois d'oeuvre. Bref, le Québec veut un régime de libre-échange, 22 ans après que le bois d'oeuvre eut été exclu de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA).

En vertu de l'accord en vigueur de 2006... (PHOTO David Ryder, Archives BLoomberg) - image 1.0

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En vertu de l'accord en vigueur de 2006 à 2015, les parts de marché de la consommation américaine pour le bois d’œuvre canadien étaient de 30 à 34 %. 

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Mais André Tremblay ne se fait d'illusions : les négociations avec Washington s'annoncent ardues. « Les États-Unis n'ont pas de position formelle, mais ce qu'on entend dire et ce que les négociateurs fédéraux se sont fait dire, c'est que les Américains veulent des quotas purement et simplement, sans égard à nos régimes », dit le président du Conseil de l'industrie forestière du Québec, qui représente environ 82 % des ventes de bois d'oeuvre de la province.

« Les Américains cherchent une autre façon de réduire les entrées du bois canadien sur le marché américain », dit Marc-André Côté, directeur général de la Fédération des producteurs forestiers du Québec, qui représente les 130 000 propriétaires forestiers privés du Québec.

Ottawa comprend la position du Québec, qui veut remplacer son régime mixte de quotas/taxes dans la dernière entente échue depuis octobre par un régime de libre-échange. Mais la ministre fédérale du Commerce international, Chrystia Freeland, ne se prononce pas publiquement en faveur des demandes de libre-échange du Québec à Washington, où elle sera cette semaine dans le cadre de la visite d'État du premier ministre Justin Trudeau à la Maison-Blanche.

« Je parle beaucoup avec l'industrie du Québec, nous comprenons très bien la position de l'industrie au Québec, en Ontario et en Colombie-Britannique, dit la ministre Freeland en entrevue avec La Presse. Comme vous le savez, ce n'est pas ma décision. La résolution sera le résultat de la renégociation. Notre devoir, c'est de chercher une résolution qui sera bonne pour tout le Canada. Je comprends que c'est un enjeu très complexe et nous travaillons aussi fort que possible. »

La ministre Freeland reconnaît d'emblée qu'un nouvel accord sur le bois d'oeuvre ne sera pas finalisé cette semaine.

«C'est trop complexe pour la semaine prochaine.»

La ministre fédérale du Commerce international, Chrystia Freeland
La ministre fédérale du Commerce international, Chrystia Freeland... (PHOTO David Rowland, Archives Associated Press) - image 3.0

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La ministre fédérale du Commerce international, Chrystia Freeland

PHOTO David Rowland, Archives Associated Press

Le dernier accord de 10 ans a pris fin en octobre et prévoyait ensuite une période d'un an de libre-échange. En octobre 2016, le dossier pourrait se retrouver devant les tribunaux commerciaux, comme ce fut le cas en 2003-2006.

DES « VÉRITÉS QUI DOIVENT ÊTRE DITES »

Bien des choses ont changé depuis la signature du dernier accord sur le bois d'oeuvre, en 2006. Environ 75 % du bois d'oeuvre québécois provient toujours des terres publiques, mais le Québec a changé son régime forestier en 2013 pour le rendre plus concurrentiel. Au moins 25 % du bois d'oeuvre québécois doit être vendu par enchères publiques, et les résultats de ces enchères fixent les redevances pour le reste du bois.

« L'un des grands objectifs était de s'en aller sur des bases de libre marché pour satisfaire les Américains, qui prétendent que le bois d'oeuvre canadien est subventionné, dit André Tremblay, président du Conseil de l'industrie forestière du Québec. On aurait dû aller voir les Américains avant d'adopter le nouveau régime. À notre avis, il est au moins aussi concurrentiel que celui des Maritimes, qui était exempté en vertu de l'ancien accord. »

L'industrie québécoise a fait pression sans succès sur Ottawa pour faire reconnaître le caractère concurrentiel du régime québécois sous l'ancien accord (il y avait une clause pour faire étudier ces questions par un comité mixte). Le Conseil de l'industrie forestière du Québec pense maintenant qu'Ottawa n'a plus le choix. « C'est le temps ou jamais de faire valoir la situation du Québec, dit son président André Tremblay. Si on ne profite pas de cette opportunité pour que la situation du Québec soit évaluée à son mérite, on ne le fera jamais. »

Le Conseil de l'industrie forestière du Québec convient qu'Ottawa n'est pas dans une position facile à la table des négociations. L'ancien accord prévoyait d'ailleurs deux régimes : une combinaison quotas/taxes (entre 2,5 et 5 %) utilisée par le Québec et l'Ontario, et un régime uniquement de taxes (plus élevées) utilisé par la Colombie-Britannique. Sauf qu'Ottawa doit défendre l'industrie québécoise, selon André Tremblay. « Des fois, il y a des vérités qui ne sont pas faciles à dire, mais qui doivent être dites quand même, dit-il. C'est une question de vie ou de mort. Il faut être en mesure de vendre nos produits. On ne peut pas avoir un régime qui coûte plus cher [le prix du bois d'oeuvre sur les terres publiques] et continuer les taxes. On ne sera plus compétitifs. »

Ce qu'en pense l'opposition à Ottawa

« J'ai eu l'occasion de rencontrer des membres de l'industrie forestière, et il est clair que le report de ce dossier est inexcusable. Pour un gouvernement qui consacre un comité du cabinet entier aux relations entre le Canada et les États-Unis, il semble que les libéraux s'intéressent plus aux dîners d'État qu'à la défense des travailleurs de l'industrie forestière. » 

- Todd Doherty, député conservateur de la Colombie-Britannique et porte-parole de l'opposition officielle sur la Porte d'entrée de l'Asie-Pacifique

« J'espère que le dossier du bois d'oeuvre sera en tête de liste des sujets qui seront abordés [lors de la visite d'État du premier ministre Trudeau à Washington cette semaine]. Il faut relancer le dossier, particulièrement dans la dernière année d'une présidence quand il y a une stabilité. C'est un dossier important pour le Canada et on sait que le lobby protectionniste est assez fort aux États-Unis. » 

- Guy Caron, député du NPD

- Avec la collaboration de Joël-Denis Bellavance, La Presse

Quelques chiffres

4,86 %

Parts de marché maximales de la consommation américaine pour le bois d'oeuvre québécois en vertu du dernier accord (2006-2015)

30 à 34 %

Parts de marché de la consommation américaine pour le bois d'oeuvre canadien en vertu du dernier accord (2006-2015)

176 millions

Taxes payées aux États-Unis par les producteurs de bois d'oeuvre du Québec en neuf ans (durant le dernier accord 2006-2015)

Le dernier accord 2006-2015 en résumé

Prix du bois d'oeuvre (par 1000 pieds mesure de planche)

De 336 à 355 $US

quotas de 4,86 % + taxe de 2,5 %

De 316 à 335 $ US

quotas de 4,57 % + taxe de 3,0 %

Moins de 315 $US

quotas de 4,29 % + taxe de 5 %

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