Les Canadiens plus endettés que jamais

Les affaires de Scott Hannah roulent à un train d'enfer. En tant que patron... (Photo Reuters)

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Craig Wong
La Presse Canadienne
Ottawa

Les affaires de Scott Hannah roulent à un train d'enfer. En tant que patron d'une société conseil en matière de crédit, à Vancouver, il a vu cette année le nombre de personnes qui lui demander de l'aide grimper de 7%, et rien ne lui permet de croire que cela va s'essouffler.

En fait, cette croissance fait suite à un bond de près de 30% de sa clientèle en 2011. «Non seulement cela a grimpé, mais nous observons que l'endettement moyen des consommateurs continue de progresser», note M. Hannah au sujet de ses clients.

L'endettement personnel des Canadiens a en fait atteint un record en 2012.

Tant le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, que le ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, ont passé une grande partie de l'année à avertir les Canadiens des dangers d'un fort endettement.

Attirés, d'une part, par les faibles taux d'intérêt et pris d'autre part dans un boom immobilier qui a vu les prix des maisons grimper dans les plus grandes villes du pays, les Canadiens ont emprunté comme jamais auparavant.

D'après les plus récentes données de Statistique Canada, le ratio d'endettement des ménages par rapport à leur revenu disponible a atteint un record de 164,6%, se rapprochant ainsi des taux observés aux États-Unis avant l'effondrement du marché immobilier de 2007-2008.

Les Canadiens plus vulnérables

Il existe des différences importantes entre le Canada et les États-Unis - notamment un plus faible pourcentage de prêts à risque - qui permettent de croire que le Canada ne s'écroulera pas comme son voisin du Sud. Il reste que l'argent emprunté devra éventuellement être remboursé.

Selon l'économiste principal de la Banque TD Craig Alexander, le fort endettement des Canadiens les rend vulnérables à un choc économique.

«Si on devait faire face à une forte hausse des taux d'intérêt ou à une progression marquée du taux de chômage, les ménages canadiens seraient plus vulnérables aujourd'hui que par le passé, et il est vraisemblable de croire que les dépenses des consommateurs, qui représentent environ 60% de l'économie, seraient plus vulnérables à une correction que par le passé», observe-t-il.

Cependant, M. Alexander croit que les Canadiens seraient capables de s'ajuster à une modeste hausse des taux d'intérêt. «Les ménages canadiens pourraient ralentir le taux de croissance de leur dette dans un environnement où les taux à court terme grimperaient d'un point de pourcentage, mais un point de pourcentage ne va pas entraîner de désendettement significatif, note-t-il. Le plus gros risque serait un choc lié au chômage.»

La crise financière en Europe, le «précipice fiscal» aux États-Unis ou un ralentissement de l'économie chinoise sont tous considérés comme des risques plus importants qu'une hausse potentielle des taux d'intérêt.

«N'importe quel de ces chocs externes de grande envergure pourrait vraiment mettre l'économie canadienne à rude épreuve. Si cela se produisait, le chômage grimperait et, le risque de voir les ménages canadiens réduire leurs dépenses s'accroîtrait, explique M. Alexander. Mais jusqu'à maintenant, nous avons navigué à travers les risques depuis la mi-2009 et je crois que nous allons continuer à le faire.»

La croissance devra venir d'ailleurs

Malgré tout, M. Alexander estime que les Canadiens devraient modérer leurs ardeurs quant à leur dette. Et cela pourrait signifier que l'économie canadienne devra regarder ailleurs pour trouver une source de croissance en 2013, après avoir profité des secteurs de la consommation, de l'immobilier et des gouvernements pour assurer sa progression depuis la récession.

«Ces trois secteurs ne pourront plus stimuler la croissance économique - les consommateurs sont déjà endettés, l'immobilier devrait être stable ou plus faible, et les gouvernements doivent régler leurs déficits», fait-il remarquer. «Pour stimuler la croissance, il faudra compter sur les investissements des entreprises et les exportations, parce que ce sont les deux seuls autres secteurs de l'économie.»

D'après le Bureau du surintendant des faillites Canada, le nombre de dossiers d'insolvabilité de consommateurs pour les 12 mois terminés le 30 septembre a reculé de 5,2% par rapport à la période de 12 mois précédente.

Mais ce chiffre à lui seul ne dit pas tout. En effet, si les faillites de consommateurs ont reculé de 10,7%, les offres de règlement des consommateurs aux créanciers ont pour leur part augmenté de 4,7%.

M. Hannah constate que les emprunteurs demandent de l'aide plus rapidement que par le passé, mais il note aussi certains signes lui permettant de croire qu'ils ne peuvent plus avoir accès à d'autres solutions, comme la consolidation de dettes à l'aide d'un nouveau prêt.

Le resserrement des règles canadiennes sur les prêts hypothécaires, qui a imposé de nouvelles restrictions sur les marges de crédit sur valeur domiciliaire, pourrait aussi expliquer cette situation, ajoute-t-il.

«Elles ont été resserrées. Alors, cela a aussi un impact sur les consommateurs: ils ne peuvent plus utiliser leur maison comme un guichet automatique», explique M. Hannah.

Mais MM. Alexander et Hannah estiment tous deux que les Canadiens ont l'occasion, dès maintenant, de réduire leur dette. La Banque du Canada devrait laisser son taux d'intérêt directeur inchangé pour l'instant, ce qui laisse le temps aux Canadiens de renverser la tendance et de commencer à réduire leurs dettes avant que les coûts d'emprunt ne recommencent à grimper.

«Ultimement, les taux d'intérêt vont subir une pression à la hausse, et chaque augmentation d'un quart de point des taux d'intérêt va avoir un plus grand impact que par le passé, parce que les Canadiens ont maintenant de plus importantes dettes», explique M. Alexander.

«Pour les Canadiens, c'est l'occasion de ralentir la croissance de leur dette et de permettre à leurs finances de se rééquilibrer pendant que leur salaire augmente, pour éviter de devoir passer par un ajustement douloureux.»

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