La force du huard plombe le compte courant

Rudy Le Cours
La Presse

(Montréal) Le déficit du compte courant s'est enfoncé de 500 millions pour atteindre le gouffre de 18,9 milliards au troisième trimestre, soit l'équivalent d'un peu plus de 4% de la taille de l'économie canadienne. C'est historiquement le deuxième déficit en importance, juste après celui de 19,4 milliards enregistré durant l'été 2010.

L'aggravation du déficit est essentiellement le fait de la détérioration de la balance commerciale durant le trimestre, a indiqué jeudi Statistique Canada. Cela met à nouveau en relief la surévaluation du dollar canadien.

De juillet à septembre, la valeur des exportations de biens a diminué de 3,7 milliards, poussant la valeur du déficit des échanges de marchandises à 4,8 milliards.

Le déficit du commerce de services a atteint quant à lui un record de 6,3 milliards, éclipsant le solde abyssal du deuxième trimestre. C'est avant tout le résultat de dépenses accrues et de recettes diminuées au chapitre du transport aérien et maritime.

Le déficit touristique s'est quant à lui légèrement amoindri par rapport au record enregistré au deuxième trimestre. En un an, il atteint tout de même 17,5 milliards.

«Les exportateurs canadiens continuent d'être aux prises avec une monnaie forte dans un environnement de croissance mondiale molle, explique Leslie Preston, économiste à la TD. L'horizon commercial pourrait s'éclaircir en seconde moitié de l'an prochain, à mesure que l'économie américaine s'améliorera.»

Rien n'est moins sûr.

Depuis son sommet de 2000, l'effectif en usine a diminué de plus du quart tandis que le huard s'est apprécié de plus de 60% face au billet vert.

Le Canada perd des parts du marché américain et ce n'est pas juste à cause de la Chine. «La part canadienne du matériel de transport américain a diminué de 10 points de pourcentage en une décennie en parallèle avec la poussée du huard», font remarquer Douglas Porter et Benjamin Reitzes, économistes chez BMO Marchés des capitaux.

Normalement, de tels résultats devraient affaiblir notre monnaie, mais nous ne traversons pas des temps normaux.

Le Canada est devenu un refuge pour les investisseurs qui apprécient la qualité de sa dette. Les étrangers ont acquis 28,2 milliards en titres d'emprunt canadiens au troisième trimestre. Ils détiennent désormais 25% de la dette fédérale en circulation, le double d'il y a cinq ans.

Leur engouement pour les titres canadiens est tel qu'il suffit cette année à financer le déficit fédéral et celui de toutes les provinces, calculent MM. Porter et Reitzes.

Les titres canadiens sont prisés parce que notre pays est un des rares à jouir encore de la note de crédit la meilleure auprès de toutes les agences de notation.

En outre, les banques centrales ont amorcé un programme de diversification de leurs réserves de change, parce qu'elles ont fait le plein de billets verts et d'euros. Le huard profite de cette diversification.

Le Fonds monétaire international a d'ailleurs annoncé qu'il publiera désormais le montant de ses réserves en dollars canadiens. Jusqu'ici, seuls le dollar américain, l'euro, le yen, la livre sterling et le franc suisse avaient droit à pareil égard, les autres monnaies figurant dans un panier dit «autres monnaies».

«C'est la reconnaissance officielle du fait que les banques centrales du monde achètent la monnaie canadienne», juge Bodhi Ganguli, économiste chez Moody's Analytics.

Et aussi que notre monnaie va rester surévaluée encore quelque temps.

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