Le renversement du pipeline d'Enbridge en 5 questions

Hélène Baril

(Montréal) La levée de boucliers contre le projet de renversement du pipeline qui relie Sarnia à Montréal est difficile à justifier, tant sur le plan économique qu'environnemental, estime le professeur François Leroux, de HEC Montréal.

«Le Canada est un producteur de pétrole et on importe du pétrole de l'Algérie à un prix plus élevé», souligne-t-il. C'est un non-sens, selon lui, tant pour le Canada, pour le Québec que pour Montréal, qui risque de perdre la seule raffinerie qui lui reste si le projet d'Enbridge ne se réalise pas.

Les groupes d'environnementalistes comme Greenpeace et Équiterre dénoncent le projet d'Enbridge parce qu'il encourage l'exploitation polluante des sables bitumineux et parce qu'ils estiment que le pétrole de l'Ouest est plus corrosif, donc plus dommageable pour le pipeline.

Ceux qui s'opposent au pétrole «sale» qui vient des sables bitumineux ne savent pas dans quelles conditions est extrait le pétrole importé d'Algérie ou du Moyen-Orient, estime François Leroux. Il n'est pas question de faire venir du bitume, mais du pétrole déjà traité pour pouvoir circuler dans le pipeline et qui peut être traité par les raffineries du Québec, précise-t-il.

Enfin, malgré les risques réels de fuites et de déversements, le pipeline reste le moyen le plus sûr de transporter du pétrole, note le professeur. «On fait peur au monde avec quelque chose qui est exagéré», dit-il.

Le Québec importe pour 15 milliards par année de pétrole brut et d'autres produits associés.

1- Qu'est-ce que la Ligne 9?

C'est le nom du segment du pipeline d'Enbridge qui relie Sarnia et Montréal depuis les années 70 et qui peut transporter 240 000 barils de pétrole par jour. Pendant plus de 20 ans, les raffineries de Montréal ont été alimentées en pétrole de l'Ouest canadien. À la fin des années 90, le flot de la ligne 9 a été inversé parce que le pétrole importé était plus abondant et son transport par bateau moins coûteux que celui venant de l'Ouest. L'inverse se produit aujourd'hui et Enbridge a déjà obtenu le feu vert de l'Office national de l'énergie pour renverser le flot d'une portion de la ligne 9, entre Sarnia et Westover, en Ontario. L'entreprise demande maintenant l'autorisation de renverser le flot de l'autre partie de la ligne 9, entre Westover et Montréal, longue de 639 kilomètres.

2- D'où vient le pétrole raffiné dans les deux raffineries du Québec?

Actuellement, le pétrole traité par la raffinerie de Suncor à Montréal et celle d'Ultramar à Lévis arrive par bateau de l'Algérie, de la mer du Nord et du Moyen-Orient. Ensemble, ces deux raffineries peuvent traiter 400 000 barils de brut par jour. Le pétrole importé coûte plus cher que celui de l'Ouest, d'où l'intérêt des deux seules raffineries restantes au Québec pour le pétrole canadien, dont le prix aligné sur l'étalon américain WTI est inférieur de 20$ le baril à celui qu'on consomme actuellement, dont le prix est aligné sur l'étalon européen, le Brent.

3- D'où viendrait le pétrole de l'Ouest?

Enbridge propose d'inverser le flot de la Ligne 9 entre Sarnia et Montréal et d'augmenter sa capacité de 240 000 à 300 000 barils par jour pour alimenter les deux raffineries québécoises. Dès 2014, le pétrole arriverait à Montréal en provenance de l'Alberta, mais aussi de la Saskatchewan, du Dakota-du-Nord et du Montana, où de nouveaux gisements sont en production. Il ne s'agit pas de brut lourd, que les raffineries québécoises ne pourraient pas traiter de toute façon, mais de pétrole léger ou moyen, qu'on appelle aussi pétrole synthétique. Selon Ultramar, ce pétrole serait même de meilleure qualité que celui qui importé actuellement. Les acheteurs de ce pétrole, comme la raffinerie de Suncor à Montréal, pourraient un jour faire venir du pétrole lourd par le pipeline à condition d'investir des sommes considérables dans ses installations montréalaises pour qu'elles puissent le traiter.

4- Y aurait-il des avantages pour le Québec?

Il n'y aurait aucun changement dans les prix à la pompe. Le principal avantage, pour le Québec, est le maintien des activités des raffineries de Montréal et de Lévis, dont la survie est menacée à cause du coût plus élevé de leurs approvisionnements. Ensemble les deux raffineries emploient 1000 personnes. Un autre avantage est l'augmentation de la sécurité des approvisionnements, puisque les raffineries québécoises pourraient être alimentées à la fois par du pétrole canadien et par du pétrole importé.

5- Quels sont les dangers du projet?

Les risques de fuite ou de déversement sont les dangers associés à tous les pipelines. Par ailleurs, les pipelines restent le moyen de transport le moins dangereux pour le pétrole qui voyage aussi en train et en bateau.

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