Commerce: Ottawa tend la main au reste du monde

Le ministre du Commerce extérieur, Ed Fast, est... (Photo: Richard A. Brooks, AFP)

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Le ministre du Commerce extérieur, Ed Fast, est un champion du libre-échange. «Nous croyons que l'abolition des barrières commerciales, plutôt que l'érection de nouvelles, est la voie de l'avenir. Nous avons aussi aboli le monopole de la Commission canadienne du blé. Le libre-échange est la meilleure façon de stimuler l'économie.»

(OTTAWA) Le gouvernement Harper multiplie les pactes commerciaux et mène des négociations visant à libéraliser les échanges partout sur la planète à un rythme sans précédent.

Après seulement six ans de pouvoir, Stephen Harper est assuré d'une place dans les pages d'histoire économique du pays: il est d'ores et déjà le premier ministre le plus libre-échangiste à avoir dirigé le Canada depuis 1867. Et les gens d'affaires saluent cette volonté d'Ottawa de faire tomber les barrières commerciales là où c'est possible et avantageux.

Si l'ancien premier ministre progressiste-conservateur Brian Mulroney a tracé la voie de la croissance économique en signant un traité de libre-échange avec les États-Unis en 1988 et un deuxième pacte commercial pour inclure le Mexique en 1993, Stephen Harper ratisse encore plus large aujourd'hui.

Depuis 2006, le gouvernement Harper a signé des accords de libre-échange avec neuf pays (Colombie, Jordanie, Panama, Pérou, Honduras et les quatre pays de l'Association européenne de libre-échange, soit Islande, le Liechtenstein, la Norvège et la Suisse).

Le Canada a aussi entrepris des négociations afin de signer un traité de libre-échange avec l'Union européenne, l'Inde, le Japon, la Thaïlande, le Marché commun des Caraïbes (CARICOM), le Maroc, la République dominicaine, la Turquie et l'Ukraine.

La semaine dernière, Stephen Harper a également annoncé que le Canada a rejoint la table de négociations du Partenariat trans-Pacifique (PTP), un projet visant à créer une vaste zone de libre-échange regroupant 11 pays, dont les États-Unis, le Chili, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, la Malaisie et le Pérou.

Et après avoir négligé la Chine au début de son règne, le gouvernement Harper fait maintenant des pieds et des mains pour courtiser ce géant de l'Asie, devenu en 2010 la deuxième économie du monde après les États-Unis. En février, le Canada et la Chine ont conclu un accord sur la promotion et la protection des investissements étrangers, première étape, selon Ottawa, vers la négociation de liens commerciaux plus étroits entre les deux pays, y compris un accord de libre-échange en bonne et due forme.

Le ministre du Commerce international, Ed Fast, lorgne aussi l'Amérique du Sud, notamment les pays qui forment le Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay et Uruguay).

À titre de comparaison, l'ancien gouvernement libéral de Jean Chrétien a conclu des accords de libre-échange avec trois pays, le Chili, Israël et le Costa Rica. Il a aussi participé aux premières discussions en vue de créer une zone de libre-échange des Amériques en 1998, mais les pourparlers sont au point mort depuis quelques années.

Pour le ministre Ed Fast, la libéralisation des échanges constitue la meilleure recette pour stimuler l'économie canadienne alors que l'incertitude plane encore sur les marchés. C'est pourquoi il s'est rendu dans une trentaine de pays au cours des 12 derniers mois seulement afin de prêcher les vertus et les avantages du libre-échange.

Pays émergents

C'est aussi pourquoi le gouvernement a décidé d'ouvrir des bureaux commerciaux dans les pays émergents que sont la Chine, le Brésil et l'Inde dans l'espoir de trouver de nouveaux débouchés pour les entreprises canadiennes.

«Nous sommes fiers d'être le gouvernement qui a le plan le plus ambitieux en matière de libre-échange de l'histoire du pays. Contrairement au NPD, nous croyons que le commerce et le libre-échange sont un ingrédient essentiel pour notre prospérité, pour la création d'emplois et la croissance économique. C'est pourquoi nous sommes si déterminés à forger des liens commerciaux avec de nouveaux partenaires et à renforcer ceux que nous avons déjà», a affirmé M. Fast dans une entrevue accordée à La Presse Affaires.

Le ministre a soutenu que les preuves sont irréfutables, car la libéralisation des échanges a grandement profité au pays. À titre d'exemple, il a souligné que l'Accord de libre-échange nord-américain a permis au Canada de tripler ses échanges commerciaux avec les États-Unis et de multiplier par six les échanges avec le Mexique.

«Ce sont des chiffres impressionnants. Cela a permis de créer une plateforme de production à l'échelle de l'Amérique du Nord à partir de laquelle nos trois pays peuvent vendre leurs produits au reste du monde. En plus d'abolir les barrières au commerce, cela a aidé nos entreprises à devenir plus concurrentielles. C'est véritablement un success-story que nous voulons reproduire ailleurs dans le monde», a-t-il dit.

Europe

Le Canada espère donc signer une entente finale de libre-échange avec l'Union européenne d'ici la fin de l'année et de conclure les pourparlers avec l'Inde en 2013.

«Une entente avec l'Union européenne augmentera le produit intérieur brut du Canada de 12 milliards de dollars par année. Cela représente essentiellement 80 000 nouveaux emplois au pays seulement. C'est un accord ambitieux qui va contribuer à notre prospérité. En moyenne, cela équivaut à 1000$ de plus par ménage canadien par année.»

Le ministre Fast a soutenu que le Canada se comporte de manière exemplaire en multipliant les accords de libre-échange alors que certains pays sont tentés par des mesures protectionnistes. «Le protectionniste est toxique pour la reprise économique mondiale. Nous croyons que l'abolition des barrières commerciales, plutôt que l'érection de nouvelles, est la voie de l'avenir. Nous avons éliminé, de manière unilatérale, 1800 tarifs de toutes sortes équivalant à 435 millions de dollars par année. Nous avons aussi aboli le monopole de la Commission canadienne du blé. Le libre-échange est la meilleure façon de stimuler l'économie.»

Selon lui, les politiques de libre-échange prônées par le gouvernement Harper expliquent en bonne partie pourquoi le Canada se tire mieux d'affaire que n'importe quel autre pays industrialisé.

La Chambre de commerce du Canada salue les efforts que déploie le gouvernement conservateur en faveur du libre-échange depuis son arrivée au pouvoir. Mais elle craint qu'Ottawa n'éparpille trop ses billes en lançant des négociations avec autant de pays.

«Nous avons hâte de voir certains des accords en cours de négociation se concrétiser. Ce sont des pas dans la bonne direction. Il faut ouvrir de nouveaux marchés pour les entreprises canadiennes. Mais tout ce qui a été annoncé depuis plusieurs mois, c'est le début de pourparlers. Notre question au gouvernement est la suivante: est-ce qu'il a y des accords qui sont plus prioritaires que d'autres? Si oui, il faut établir des calendriers précis», a commenté Émilie Potvin, directrice des affaires publiques à la CCC.

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ACCORDS DE LIBRE-ÉCHANGE EN VIGUEUR

ALENA (Canada, États-Unis, Mexique) entré en vigueur le 1er janvier 1994

Canada-Israël (1er janvier 1997)

Canada-Chili (5 juillet 1997)

Canada-Costa Rica (1er novembre 2002)

Canada-Colombie (21 novembre 2008)

Canada- L'Association européenne de libre-échange

(4 pays; 1er juillet 2009)

Canada-Pérou (1er août 2009)

Accords négociés (la loi de mise en oeuvre pas encore adoptée)

Canada-Jordanie (signé le 28 juin 2009)

Canada-Panama (signé le 14 mai 2010)

Canada-Honduras (négociations terminées le 12 août 2011)

Négociations en cours

Union européenne (accord prévu en 2012)

Inde (accord prévu en 2013)

Japon

Maroc

Thaïlande

Marché commun des Caraïbes (CARICOM)

République dominicaine

Turquie

Ukraine

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