L'automobile américaine sur une route cahoteuse

Les ventes de véhicules, encore vigoureuses en début... (photo Patrick T. Fallon, archives Bloomberg)

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Les ventes de véhicules, encore vigoureuses en début d'année, sont passées à la renverse cet été.

photo Patrick T. Fallon, archives Bloomberg

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Richard Dupaul

Après sept années de croissance, le marché américain de l'automobile - un important moteur de la reprise économique après la crise de 2008 - semble en panne.

Les ventes, encore vigoureuses en début d'année, sont passées à la renverse cet été. Et l'avenir n'est guère encourageant. 

De plus, les experts qui se penchent sur la mécanique de cette industrie de 900 000 travailleurs aux États-Unis s'inquiètent d'un problème encore plus dérangeant : l'endettement excessif des propriétaires de véhicules, dont une part croissante ne rembourse pas leur prêt.

Le retour des «subprime» ?

Des prêts généreux offerts à des acheteurs financièrement fragiles... qui sont incapables de payer leur dû à la fin du mois.

Ce scénario rappelle étrangement les scènes du boom immobilier du début des années 2000. Or, tout le monde connaît la conclusion de ce film d'horreur, qui a pris fin brusquement avec l'effondrement des prêts « subprime » et la crise financière de 2008-2009.

Certes, le phénomène des prêts à tout vent n'est pas nouveau aux États-Unis et personne ne suggère qu'une autre crise financière est imminente. Mais les mauvaises habitudes du monde de l'automobile commencent à inquiéter les autorités financières et les analystes.

Depuis 2010, les prêts autos ont connu une croissance annualisée de 7,5 % qui est largement supérieure à celle de la dette (+ 1,1 %) et du revenu disponible des ménages (+ 3,8 %).

La Réserve fédérale de New York précise dans une récente étude que les prêts en retard d'au moins 30 jours sont au plus haut depuis 2008. La cause de ce dérapage ? Les prêts distribués de façon trop laxiste aussi bien pour les véhicules neufs que pour les véhicules d'occasion.

Les incitatifs financiers offerts par les prêteurs, les accessoires coûteux habilement proposés par les vendeurs et l'emballement persistant pour les gros VUS sont autant de facteurs qui obligent les acheteurs à contracter des prêts de plus en plus gros, explique la firme d'analyse Edmunds.

Ainsi, l'acheteur américain typique a emprunté près de 31 000 $US en moyenne en juin, avec des paiements mensuels de 517 $US. Un sommet cette année.

Et selon Edmunds, la durée moyenne des prêts autos s'allonge, atteignant 69,3 mois en juin - soit presque 6 ans. Cette firme d'analyse n'a vu rien de tel depuis qu'elle a commencé à compiler ces données en 2002.

Six millions d'Américains à risque

Mais tout le monde ne peut remorquer une telle charge financière sans risquer la surchauffe.

Ainsi, quelque 6 millions d'Américains - un record - sont en retard d'au moins trois mois dans leurs remboursements, évalue Wells Fargo.

Cette banque de Wall Street évalue que les prêteurs ont octroyé l'an dernier quelque 26 milliards US en prêts autos risqués, ou de type « subprime ». C'est 10 fois plus que la somme (2,5 milliards US) de 2009.

Des ventes en berne

La détérioration financière des automobilistes tombe bien mal, car le marché américain est en perte de vitesse.

En juillet, les ventes de véhicules ont dégringolé de 7 % aux États-Unis, après une baisse de 2,9 % au mois de juin.

Cela fait du mois dernier l'un des pires depuis août 2010. Et les perspectives ne sont pas bonnes : le rythme annualisé des ventes a chuté à 16,7 millions d'unités, en juillet, alors que les ventes avaient atteint 17,5 millions en 2016.

« Les ventes de véhicules passagers continuent à baisser et celles des véhicules utilitaires, à progresser. Mais certains consommateurs choisissent simplement de ne rien acheter », commente dans une note financière la firme IHS Markit.

Moins grave que l'immobilier

Sur le marché de l'automobile, les établissements financiers aux États-Unis semblent appliquer la même recette qu'il y a 10 ans dans l'immobilier : accorder des prêts à risque en appliquant de forts taux d'intérêt (jusqu'à 20 %), puis les regrouper, les dissimuler dans des produits financiers obscurs et les revendre à des investisseurs.

Cependant, les experts ne croient pas que l'endettement élevé des automobilistes américains va provoquer, du moins à court terme, une réaction en chaîne comme celle de 2008. Pour la bonne raison que les sommes en jeu ne sont pas les mêmes.

Le marché du crédit dans l'automobile (1100 milliards US) est six à sept fois plus petit que celui de l'immobilier, selon les années.

De plus, les créances dites « toxiques » du premier ne représenteraient qu'un peu plus de 50 milliards US, contre 450 milliards US pour le second juste avant la crise de 2008, avancent diverses sources américaines.

Une crise n'est donc pas imminente, mais le problème s'aggrave de mois en mois.




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