Ford pousse son PDG vers la sortie face au mécontentement des marchés

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Luc Olinga
Agence France-Presse
New York

Le constructeur automobile Ford, confronté à une baisse de ses ventes et du cours de son action, a remplacé lundi son PDG Mark Fields par Jim Hackett, un homme du sérail spécialiste des véhicules autonomes.

M. Fields, 56 ans, avait pris la tête du constructeur de Dearborn (Michigan, nord) il y a tout juste trois ans et l'a engagé dans une stratégie visant à privilégier le développement de ce type de véhicules, capables de se conduire seuls. Mais il a été victime du trou d'air que traverse actuellement le marché américain après plusieurs années de progression.

Son successeur, Jim Hackett, 62 ans, était jusqu'ici responsable de la division des véhicules autonomes ce qui indique que Ford va toutefois poursuivre dans la voie tracée par Mark Fields. M. Hackett, qui a dirigé le groupe de meubles de bureau Steelcase, avait rejoint Ford l'an dernier.

«Toute période de changement demande à mon avis un dirigeant capable de transformer», a affirmé Bill Ford, le président exécutif du groupe et descendant du fondateur du groupe Henry Ford lors d'une conférence de presse.

«Lui et moi pensons la même chose», a-t-il ajouté, qualifiant le nouveau PDG de «visionnaire» et affirmant qu'il allait «continuer à transformer la culture du groupe».

Jim Farley, un ancien de Toyota, actuellement à la tête de la région Europe, Moyen-Orient et Afrique, sera propulsé numéro 2 avec le titre de président. Il a notamment permis à Ford de renouer avec la rentabilité sur le marché européen, alors que le premier constructeur américain, General Motors, a choisi de s'en retirer en vendant sa filiale Opel/Vauxhall au français PSA.

L'action Ford a perdu plus de 38 % de sa valeur depuis l'arrivée de Mark Fields et progressait de 1,20 % à 11 dollars à Wall Street vers 11h après l'annonce du changement de PDG.

Contrairement à General Motors et Chrysler, le groupe n'avait pas fait faillite lors de la crise financière de 2008 et n'avait pas dû recourir à une aide des pouvoirs publics. Chrysler a, depuis, été racheté par le groupe italien Fiat.

Course contre la montre

Après avoir considérablement progressé depuis 2010 avec la reprise économique, le marché automobile américain connaît un passage à vide, ainsi que le marché chinois.

Ford, en raison d'une politique d'investissement tous azimuts dans la voiture autonome, a aussi vu ses bénéfices plonger de 38 % en 2016, une tendance qui s'est confirmée au premier trimestre.

Résultat: la marque à l'ovale bleu a récemment annoncé la suppression de 1400 emplois en Amérique du Nord et en Asie alors que les constructeurs automobiles américains s'étaient engagés auprès du président américain Donald Trump à rapatrier aux États-Unis des emplois délocalisés, notamment au Mexique.

Ford avait ainsi annoncé fin 2016 renoncer à construire une usine géante au Mexique qui devait fabriquer ses voitures de bas de gamme, préférant investir dans les voitures autonomes et électriques.

Une course contre la montre oppose actuellement les constructeurs automobiles classiques à Alphabet (Waymo), Apple, Uber et Tesla pour développer et commercialiser une voiture pleinement autonome d'ici 2020.

Les marchés financiers semblent actuellement parier sur Tesla plutôt que sur les constructeurs traditionnels. La marque d'Elon Musk, malgré sa faible production, est passée devant Ford puis GM au rang de première capitalisation boursière du secteur.

Les investisseurs estiment que Ford tarde à tester sur route sa flotte de voitures autonomes et lui reprochent son absence du marché des véhicules électriques alors que GM vend depuis des mois la Chevrolet Bolt, une voiture électrique de moyenne de gamme, et augmente les tests de ses véhicules autonomes.

L'objectif de Mark Fields était de vendre 13 modèles électriques dans les cinq prochaines années et une voiture autonome en 2021, mais cette stratégie tardait à se concrétiser.

«Le conseil d'administration a été frustré par la baisse de près de 40 % de l'action Ford depuis que Mark Fields a remplacé Alan Mulally en juillet 2014. Nous pensons que le titre de Ford est sous-évalué, mais, compte tenu du fait que le marché automobile a atteint son sommet l'an dernier, nous ne voyons pas quelle initiative Hackett peut prendre à court terme pour dynamiser le cours de l'action, en dehors du changement de PDG qui apporte aux marchés quelque chose de neuf», ont estimé les analystes de Morningstar dans une note.

Selon Paul Moran, un analyste du secteur automobile, le remplacement de Mark Fields pourrait également annoncer d'autres changements à la tête des grands constructeurs «traditionnels» américains alors que GM est sous la pression d'investisseurs activistes demandant une meilleure rentabilité.




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