Le Québec a perdu le quart de ses fermes laitières

Il y a aujourd'hui 5408 fermes laitières dans la... (Photo François Roy, Archives La Presse)

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Il y a aujourd'hui 5408 fermes laitières dans la province, selon les tout derniers chiffres de l'Institut de la statistique du Québec. En 2006, c'est 7346 entreprises agricoles qui produisaient le lait québécois.

Photo François Roy, Archives La Presse

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Durant la dernière décennie, près de 2000 entreprises ont été rayées de la carte. La production laitière, en croissance, se concentre donc entre les mains d'un plus petit nombre d'agriculteurs.

Au moment où le président américain Donald Trump met la production laitière canadienne sur la sellette, de nouvelles statistiques confirment un phénomène bien réel : d'année en année, le Québec perd des fermes laitières. 

La production de lait, elle, est en croissance. Ce qui accélère un phénomène de rationalisation et concentre la production entre les mains d'un nombre moindre d'agriculteurs qui ont de plus grosses entreprises. 

Il y a aujourd'hui 5408 fermes laitières dans la province, selon les tout derniers chiffres de l'Institut de la statistique du Québec. En 2006, c'est 7346 entreprises agricoles qui produisaient le lait québécois.

L'année dernière, le Québec a perdu 151 fermes laitières. C'est donc environ 2,8 % des détenteurs de quotas qui ont fermé leurs étables, une année de décroissance « normale », surtout si on la compare à 2015, où le taux d'abandons avait été particulièrement élevé, explique François Dumontier, directeur relations publiques et gouvernementales des Producteurs de lait du Québec.

« Oui, ça augmente le nombre de vaches par ferme, mais on est toujours autour de 60 en moyenne, ajoute-t-il. On est loin d'un modèle californien où il peut y avoir jusqu'à 3000 vaches par ferme. » 

« Ça rejoint une tendance mondiale, dit aussi François Dumontier. On a, en fait, un taux de diminution moins élevé que dans les pays où il n'y a pas de gestion de l'offre. » 

Au Canada, le lait, comme les oeufs et le poulet, est produit sous le système de gestion de l'offre. C'est dire que le Canada impose des tarifs douaniers très élevés pour protéger le marché intérieur et assurer une stabilité dans la production canadienne, au grand dam des entreprises agricoles américaines qui rêvent d'un accès accru au marché canadien. En contrepartie, les agriculteurs canadiens s'engagent à répondre aux demandes du marché local. 

CROISSANCE 

Pour obtenir un droit de produire du lait, les entrepreneurs agricoles doivent acheter des quotas. En 2016, les droits de produire ont augmenté de 8 % au Québec. C'est la plus forte croissance du secteur laitier, au chapitre de la production.

«En plus de la teneur plus riche, les quantitées vendues de produits laitiers sont aussi en croissance, notamment pour le beurre et même la crème glacée. De là découlent des besoins canadiens et une émission de quotas aux producteurs qui n'ont cessé de progresser à la ferme.»

Alain Bourbeau,
directeur général des Producteurs de lait du Québec, dans le rapport annuel du groupe

Un quota de lait vaut aujourd'hui 24 000 $ par kilo de matière grasse par jour. Ce qui a fait grimper la valeur d'une ferme. À 60 vaches, cela donne 1,4 million de dollars pour la ferme moyenne, simplement pour les quotas, sans compter la valeur de la terre et de l'entreprise. 

« Oui, il y a un coût plus élevé à l'établissement, mais ce sont des entreprises rentables », insiste François Dumontier qui explique aussi que la relève agricole n'achète pas tous ses quotas d'un coup. « Personne ne fait ça ! », lance-t-il. Les quotas se négocient davantage entre producteurs établis. 

L'Union paysanne aimerait une réforme de ce système, qui imposerait notamment un plafonnement des droits de produire. « Cela permettrait de vraiment répartir la production et favoriserait les moyennes entreprises », explique Benoit Girouard, président de l'Union paysanne, qui souhaiterait aussi que les quotas soient échangés dans une même région. 

« La situation actuelle confirme des vices importants du système de gestion de l'offre qui a été mis en place pour protéger le nombre de fermes et leurs revenus », dit Benoit Girouard. 

LA RELÈVE

Au Québec, la majorité de la relève dans la production laitière provient de la famille, ce qui permet aux deux parties de conclure des ententes particulières lors du transfert, explique François Dumontier. Chaque année, à peine une dizaine d'agriculteurs qui n'ont aucun lien de parenté avec un producteur laitier établi se lancent dans ce secteur agricole. 

Le Québec est la principale province productrice de lait. Il y a 11 280 fermes laitières au Canada. En 1990, il y avait plus de 14 000 fermes laitières au Québec seulement.

«L'objectif de la gestion de l'offre n'est pas de garder toutes les fermes laitières, mais de garder celles qui sont rentables.»

François Dumontier,
directeur, relations publiques et gouvernementales, des Producteurs de lait du Québec

L'Isle-aux-Grues

Le cas de L'Isle-aux-Grues illustre parfaitement la situation québécoise. 

La Fromagerie Île-aux-Grues fête ses 40 ans cette année. En 1977, il y avait 14 petits producteurs laitiers dans l'île. Il y en a maintenant deux. Tout le lait produit dans l'île est acheté et transformé en fromage, notamment en cheddar et Mi-Carême. 

« Nous travaillons à bâtir un plan de relève », explique Daniel Leduc, directeur général de la Société coopérative agricole de l'Île-aux-Grues. « Ici, c'est encore plus complexe de trouver de la relève, poursuit-il. Il y a une centaine d'habitants l'hiver et la moitié ont plus de 65 ans. Ça prend quelqu'un qui a un profil particulier. Mais on veut assurer la pérennité de la production laitière. On a de la place pour plusieurs petites fermes. »

Que boit-on?

Moins de lait. La consommation de lait comme boisson diminue d'année en année, ce qui se remarque aussi ailleurs en Occident. Phénomène intéressant à observer : les Québécois reviennent vers un lait plus riche en matières grasses. Alors que les ventes de lait écrémé et 1 % baissent, celles de lait 3,25 % augmentent ! Cela fait partie d'une tendance à la réhabilitation du gras animal dans l'alimentation, appuyée par de nouvelles données scientifiques. Les producteurs laitiers investissent d'ailleurs des sommes considérables en recherche, notamment sur l'effet du gras saturé laitier. Leur regroupement national, Les Producteurs laitiers du Canada, dispose d'un budget de recherche annuel de près de 2 millions de dollars, dont 1,2 million de dollars pour la recherche sur la nutrition humaine.

De gros moyens

Combien d'argent dépensent Les Producteurs laitiers du Québec en publicité ? Une fortune : l'an passé, c'est 45 millions de dollars qui ont été consacrés à faire la promotion et la publicité du lait, du lait au chocolat, du beurre, de la crème, du yogourt et du fromage. Ce qui inclut la campagne publicitaire sur les fromages qui met en vedette le Benoit perdu qui croit bien connaître les fromages d'ici. Des messages diffusés depuis l'automne envoient Benoit en Europe, quelques mois avant l'application du traité de libre-échange qui apportera au Canada 17 700 tonnes de fromages européens. C'est peut-être une coïncidence. Peut-être pas.




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