Quand les dindons sauvages font des ravages

L'UPA demande que la chasse au dindon sauvage... (PHOTO THE NEW YORK TIMES)

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L'UPA demande que la chasse au dindon sauvage soit autorisée l'automne, ce qui permettrait d'abattre les femelles qu'on ne peut différencier des mâles, chez les jeunes dindons.

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Vous en avez peut-être vu une bande traverser la rue à la campagne : les dindons sauvages se sont tant multipliés au Québec qu'ils sont devenus la bête noire des agriculteurs, dans certaines régions. Et parfois même des pilotes d'avion...

«Ils arrivent en groupe. Je dirais que j'en ai environ 200 dans mes champs, pour être conservateur. L'hiver, ils sont là à n'importe quelle heure de la journée», dit Denis Routhier, producteur de maïs, soya et blé à Stanstead, dans les Cantons-de-l'Est.

Le champ de l'agriculteur est entouré de bois, ce qui en fait le parfait habitat du dindon sauvage. «Il y en a depuis une dizaine d'années, mais la croissance est exponentielle, poursuit le producteur. Ils pondent dans le bois, et une portée apporte plusieurs nouveaux dindons par année.»

L'animal fait parfois son nid directement dans le champ. La reproduction se fait au printemps, et la nidification débute en avril. Les poussins naissent à l'été.

Si on fait grand cas de la multiplication des dindons, c'est que le phénomène est relativement nouveau au Québec. Les premières observations de dindons sauvages en milieu naturel datent de 1976, en Montérégie et dans la région de Magog. À ce moment-là, on était plutôt content de voir apparaître ces belles bêtes, intéressant potentiel de chasse. Si content que Québec a lancé un projet de relocalisation des dindons, mené de 2003 à 2013, pour accélérer la colonisation.

En a-t-on trop fait? 

«C'est une bonne question», répond François Lebel, biologiste au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, qui a coordonné le premier Plan de gestion du dindon sauvage, 2016-2023. «L'accroissement s'est très bien fait, concède le biologiste. On ne veut pas que les populations explosent, mais on a un mandat de conservation.»

Les hivers plus doux du Québec ont certainement favorisé la multiplication des dindons sauvages. Et comme les oiseaux se déplacent en groupe l'hiver, les mâles avec les femelles, ils ne passent pas inaperçus dans les champs des producteurs. Pour certains agriculteurs, leur présence est passée d'un bel exemple de biodiversité à une nuisance. «Quand ça entre dans un champ non récolté, par centaines, ça fait mal à la production», dit Mariane Paré, de l'Union des producteurs agricoles (UPA) en Estrie.

Les oiseaux mangent et écrasent les céréales. En Montérégie, des vignerons et producteurs de petits fruits se plaignent aussi de la présence de ces grosses bêtes : le mâle pèse de 6 à 8 kg et la femelle, environ 4 kg.

Selon l'agriculteur Denis Routhier, la visite des dindons est plus destructrice au printemps. «Leurs pires dommages sont à la saison des semis, parce qu'ils grattent la terre et mangent le semis.»

L'UPA demande à Québec d'augmenter la chasse aux dindons sauvages pour mettre fin à ce fléau.

Une chasse populaire

L'année dernière, Québec a délivré 14 269 permis de chasse au dindon sauvage. Le nombre progresse constamment, car c'est un type de chasse qui gagne en popularité. Il faut toutefois noter que ses conditions sont strictes : seulement les dindons à barbe, donc pratiquement que les mâles, peuvent être abattus, et le matin exclusivement. Dans certaines régions, où l'espèce est abondante, les chasseurs peuvent abattre un deuxième oiseau durant leur saison.

Les chasseurs québécois ont déclaré avoir abattus 5869 dindons sauvages en 2016. C'est la récolte la plus importante depuis que l'activité a été permise au Québec, en 2008.

Avant d'augmenter la chasse, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs veut avoir une meilleure idée du nombre de dindons québécois. Et ce n'est pas un travail facile à faire, explique François Lebel. Contrairement au gros gibier, les inventaires faits à partir des airs ne sont pas très efficaces pour cet oiseau qui se fond dans le bois. Québec travaille donc avec les chasseurs pour établir un portrait plus précis des populations de dindons. On sait par contre que les oiseaux sont plus abondants en Montérégie, en Estrie, dans le Centre-du-Québec et en Outaouais.

«Ça commence à être un gros problème dans la région», confirme Denis Dubeau, président du syndicat de l'UPA pour la région de Pontiac, en Outaouais.

L'UPA demande qu'on ajoute une chasse d'automne, ce qui permettrait aussi d'abattre les femelles qu'on ne peut différencier des mâles, chez les jeunes dindons. Avec une portée d'une dizaine de dindons par année, la chasse aux femelles réduirait la croissance de l'espèce.

Ennuis à l'aéroport

«Depuis 2012, sept événements ont été rapportés impliquant des "dindes" ou des "dindons" au Québec, tous à l'aéroport de Gatineau», précise Transports Canada. Dont trois seulement depuis le début de l'année.

«C'est un véritable problème. L'aéroport est entouré de clôtures, mais les oiseaux [qui volent] passent par-dessus», relate Pierre-Alexandre Sénéchal, pilote de ligne et propriétaire de l'école de pilotage Évolution.

Deux des incidents impliquent son école. Une première fois, un étudiant et son instructeur ont vu les animaux sur la piste alors qu'ils s'apprêtaient à atterrir. Ils ont remis les gaz. L'autre accident aurait pu mal tourner, raconte le pilote. 

«L'avion a frappé un dindon au moment du décollage, et l'oiseau a ensuite pris son envol devant l'appareil. L'hélice a frappé le dindon», dit M. Sénéchal.

Heureusement, le pilote a réussi à se poser, mais l'avion a dû être remisé pour une inspection complète, aux frais de l'école.

La direction de l'aéroport a un plan de gestion de la faune et travaille avec un biologiste, spécifiquement pour le dossier des dindons. Les oiseaux sont chassés par les employés, en camion. Ils utilisent parfois un fusil, sans projectile. En 2015 et 2016, les choses se sont bien passées, mais depuis le début de cette année, les dindons sont de retour, confirme Gaston Cloutier, directeur de l'aéroport. «Nous en avons compté jusqu'à 61 sur les terrains de l'aéroport, tous en ligne», explique M. Cloutier. Les dindons, dit-il, sont attirés par cet espace vaste qu'ils espèrent riche en nourriture. Malheureusement pour eux, ils n'y trouvent que du chardon.

On peut présumer que les accidents routiers impliquant des dindons sauvages sont aussi en hausse, mais il n'existe pas de statistiques précises, car dans leurs rapports, les policiers indiquent qu'il y a eu collision avec un animal, sans spécifier l'espèce. La Sûreté du Québec ne possède donc pas d'information sur les dindons sauvages dans sa banque de données...




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