Saputo: un géant à l'appétit insatiable

Lino Saputo fils... (Photo Ninon Pednault, La Presse)

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Photo Ninon Pednault, La Presse

Lino Saputo fils

(Montréal) Think big, Saputo! Le géant laitier d'origine montréalaise fait un grand pas dans ses ambitions d'expansion aux États-Unis avec l'acquisition pour 1,45 milliard US de la division laitière du groupe Dean Foods, de Dallas, au Texas.

L'achat de Morningstar Foods, annoncé hier au terme de négociations amorcées il y a trois mois à peine à l'invitation de Dean Foods, ajoutera quelque 1,6 milliard CAN en revenus au chiffre d'affaires consolidé de Saputo.

Avec cette acquisition, la plus importante de son histoire, Saputo se rapprochera des 8,6 milliards en revenus annualisés. Elle consolidera aussi son rang de 2e transformateur laitier en importance en Amérique du Nord et 12e du monde, selon un récent classement d'analystes.

De plus, le chiffre d'affaires de Saputo sera désormais à moitié (50%) d'origine américaine. C'est autant que les parts combinées de ses activités d'origine au Canada et celles acquises en Europe (Royaume-Uni, Allemagne) et en Argentine au fil des ans.

Mais si Saputo devient plus américaine pour la géographie de ses activités et de ses revenus, c'est aussi parce que ce vaste marché demeure très éclaté en plusieurs entreprises, au lieu d'être plus consolidé comme au nord de la frontière.

Avec environ le tiers du marché au Canada dans les fromages et les produits laitiers, et devant deux grands concurrents, Saputo a pratiquement épuisé son potentiel de croissance par acquisition sur le marché canadien.

Mais au sud de la frontière, ce potentiel de croissance par acquisitions demeure considérable, a expliqué Lino Saputo fils, chef de la direction et vice-président du conseil de Saputo, en entretien avec La Presse Affaires, hier, peu après l'annonce de l'achat de Morningstar Foods.

Par ailleurs, au-delà de la taille même de l'actif acquis (10 usines dans 9 États, 2000 employés, marché national), cette acquisition marque aussi une nouvelle diversification de Saputo dans le vaste marché américain.

Jusqu'à maintenant, ce sont des actifs de production et de distribution de fromages que Saputo avait mis dans son panier d'épicerie au sud de la frontière.

Cette fois-ci, avec Morningstar, Saputo met le pied dans le marché des produits laitiers semi-transformés: crèmes diverses (à café, à fouetter, etc.), mélanges à crème glacée, fromage cottage.

Par conséquent, en raison de cette différence d'activités, Saputo anticipe très peu d'économies de synergie entre sa nouvelle filiale et ses actifs courants aux États-Unis. C'est le genre d'économies qu'apprécient souvent les analystes boursiers et les actionnaires d'entreprises qui font de telles transactions.

En contrepartie, selon Lino Saputo fils, l'intégration de Morningstar devrait se faire sans difficulté malgré la taille des actifs acquis.

D'une part, «toutes les 10 usines de l'entreprise fonctionnent bien et elles sont toutes valides à notre point de vue, sans besoin de rationalisation», a indiqué M. Saputo.

D'autre part, cette intégration d'actifs, qui génèrent l'équivalent de 1,6 milliard de revenus pour Saputo (qui en fait déjà pour 7 milliards par an), s'annonce «moins risquée» que lors de sa plus importante acquisition antérieure, dit-il.

Cette transaction remonte à 2001 avec l'achat de Dairyworld, aussi aux États-Unis, pour une valeur de 407 millions US.

«Nous avions alors dû intégrer des activités qui avaient 1,2 milliard US de revenus alors que tout Saputo en avait que pour 2 milliards CAN, a rappelé M. Saputo fils. Cette fois-ci, avec Morningstar, ça s'annonce pas trop stressant pour nous.»

En fait, le chef de la direction de Saputo est à ce point confiant du juste prix payé pour Morningstar (à 7,9 fois son bénéfice d'exploitation avant intérêts, impôts et amortissements annualisé) et de la bonne suite de son intégration qu'il se déclare déjà à l'affût d'autres occasions d'acquisition hors Canada.

«Après l'achat de Morningstar, nous aurons encore un bilan très propre avec seulement 1,8 milliard de dettes et une possibilité d'emprunt de 2 milliards», a souligné M. Saputo fils.

Ces marchés prioritaires de recherche d'acquisitions? Les États-Unis, d'abord, mais aussi l'Amérique latine - déborder au Brésil de sa base d'affaires en Argentine - et l'Europe, si des occasions se présentaient en Angleterre et en Allemagne, où Saputo a déjà mis le pied.

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