Terres agricoles: l'UPA demande à Québec d'agir

La crise financière de 2008 a entraîné une ruée vers les terres agricoles,... (Photo : Alain Roberge, La Presse)

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Photo : Alain Roberge, La Presse

La crise financière de 2008 a entraîné une ruée vers les terres agricoles, considérées comme une valeur refuge par les investisseurs. Au Lac-Saint-Jean, la Banque Nationale a ainsi acheté 5000 acres de terres, qu'elle a cultivées l'été dernier.

«C'est un phénomène réel», a dit hier Marcel Groleau, président de l'Union des producteurs agricoles (UPA). L'UPA, qui craint la spéculation - alors que la valeur des terres a déjà augmenté de 400%, au Québec, depuis 1990 -, la dévitalisation des communautés et le découragement de la relève, demande à Québec d'agir.

Comment? En créant la Société d'aménagement et de développement agricole du Québec (SADAQ), fonds public destiné à aider les propriétaires qui exploitent leurs propres terres. Informée de toutes les transactions portant sur le foncier agricole au Québec, cette société publique aurait la capacité d'acheter en priorité des actifs agricoles mis en vente, s'ils sont désignés comme stratégiques.

«Ça permettrait, de façon exceptionnelle, d'évincer un acquéreur potentiel», a expliqué François L'Italien, auteur d'un rapport de l'Institut de recherche en économie contemporaine (IREC) qui recommande la mise sur pied de ce fonds. En France, où cette mesure peut être prise, 9% des transactions ont été bloquées l'an dernier.

Financée par le gouvernement pour son fonctionnement, la SADAQ émettrait aussi des obligations. «L'objectif n'est pas de diaboliser le milieu financier», a fait valoir M. L'Italien, professeur adjoint en sociologie à l'Université Laval. C'est plutôt de proposer un rendement aux investisseurs, tout en ayant «une mission structurante pour le milieu agricole», a-t-il dit.

Les lois et les règlements actuels ne suffisent pas, selon M. Groleau. «Allez voir au Lac-Saint-Jean. Sur les 5000 acres achetés, il n'y a plus d'élevage, a-t-il déploré. On a converti une agriculture diversifiée en culture de céréales.»

La Banque Nationale veut acheter d'autres terres

Le projet initial de la Banque National était «d'acheter au plus 12 000 acres», a indiqué à La Presse Claude Breton, directeur des affaires publiques de l'institution bancaire. L'achat des 5000 premiers acres a suscité de si vives réactions que la Banque a décidé de changer sa méthode: ce ne seront plus ses propres employés qui feront la culture. Dès l'an prochain, ces terres seront peut-être louées à des agriculteurs.

«On cesse l'exploitation directe des terres, a confirmé M. Breton. Mais on pense toujours que le milieu est porteur pour les institutions financières et les caisses de retraite. On est ouverts aux propositions.» D'autres sociétés, dont Gestion AgriTerra et Partenaires Agricoles S.E.C., investissent également dans l'achat de terres au Québec.

Le ministre Gendron veut «agir promptement»

L'UPA presse le ministre de l'Agriculture, François Gendron - qui prépare une nouvelle politique agricole attendue au printemps -, d'agir. La mise sur pied d'une SADAQ «sera examinée», a dit Maxime Couture, son attaché de presse.

«On a la même préoccupation depuis des mois sur l'enjeu de l'accaparement des terres agricoles, a-t-il dit. C'est un engagement électoral.» Le rapport de l'IREC sera étudié, comme un précédent rapport du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO). «Nous avons l'intention d'agir promptement», a-t-il assuré.

Il faut faire vite: plusieurs agriculteurs vieillissants voudront bientôt vendre leur ferme. «Bon an, mal an, 1000 jeunes sortent des écoles d'agriculture au Québec, a souligné Alain Audet, président de la Fédération de la relève agricole du Québec (FRAQ). La hausse exorbitante de la valeur des terres constitue un obstacle majeur pour cette relève.»

Une ferme moyenne vaut 1,5 million au Québec, et les terres représentent la moitié de cette valeur.

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Valeur en hausse

+18,2%

La valeur des terres agricoles (terres en culture, pâturages, vergers, érablières, bois, bâtiments exclus) vendues au Québec a augmenté de 18,2% en 2011, comparativement à 2010.

+1230$

La valeur des terres en culture a atteint 8885$ par hectare (soit 10 000 mètres carrés), contre 7656$ l'an dernier, pour une hausse de 1230$ par hectare. En Montérégie, dans Lanaudière et dans le sud des Laurentides, la valeur moyenne des terres en culture vendues dépasse les 12 000$ par hectare.

Source: Financière agricole du Québec

 

 

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