Prix des céréales: l'industrie porcine en difficulté

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Vous trouvez que votre épicerie coûte cher? Consolez-vous en vous comparant à Pierre Demers, éleveur porcin en Beauce. La grave sécheresse qui touche les États-Unis - la pire depuis 1956 - fait flamber le prix des céréales, devenues rares. Si bien que pour acheter le maïs et le soya que mangent ses porcs, M. Demers doit payer 7000$ de plus par semaine, comparé à l'hiver dernier.

«Ça fait une différence énorme, a indiqué hier l'éleveur, dont la ferme compte 650 truies. Personne ne va pouvoir continuer comme ça.»

Au Québec, 150 entreprises porcines étaient en situation très fragile, en juin. «C'était avant la hausse des prix des grains, si bien que ce nombre risque d'avoir beaucoup augmenté depuis deux mois», a dit David Boissonneault, président de la Fédération des producteurs de porc du Québec (FPPQ).

Éleveur dans le Centre-du-Québec, M. Boissonneault calcule qu'il devra payer cette année 400 000$ de plus pour nourrir ses animaux, par rapport à 2011, si les prix des céréales se maintiennent au niveau actuel. «C'est une autre tuile qui nous tombe sur la tête», a déploré le président. Déjà, la force du dollar canadien a affaibli l'industrie porcine, qui exporte 60% de sa production.

Près de 32,5 millions seront bientôt versés aux producteurs par la Financière agricole du Québec, qui devance ainsi la deuxième avance de compensation en assurance stabilisation des revenus agricoles (ASRA) de 2012. «La mise à la poste des chèques va se faire le 28 août, a dit Chantal Drapeau, conseillère en communication à la Financière. On s'en tient à ça pour le moment. Mais c'est certain que nous suivons de près tout le secteur animal avec le ministère de l'Agriculture (MAPAQ).»

L'aide de l'ASRA est bienvenue. «Ce qui est difficile, c'est que comme on réclame une fois de plus à l'assurance, nos primes vont encore augmenter», a souligné M. Boissonneault. Sa Fédération demande à Québec de limiter cette hausse des cotisations.

Ne pas transformer le maïs en éthanol

Aux États-Unis, le secrétaire à l'Agriculture Tom Vilsack a annoncé lundi l'achat par le gouvernement fédéral de viande d'une valeur de 170 millions US, destinée notamment aux banques alimentaires.

José Graziano da Silva, directeur général de la FAO, a quant à lui appelé les États-Unis à réduire leur utilisation de maïs dans l'éthanol. Dans une lettre publiée la semaine dernière dans le Financial Times, il a demandé de réserver les céréales à l'alimentation humaine et animale. Environ 40% des récoltes américaines de maïs servent à produire du biocarburant.

Votre côtelette au même prix

Dans nos épiceries, l'envolée des cours des céréales n'a pas fait monter le prix du porc cet été, selon Nathalie St-Pierre, vice-présidente pour le Québec du Conseil canadien du commerce de détail. «Pour ce qui est de l'automne, l'industrie n'anticipe pas d'augmentation à court terme», a-t-elle précisé.

Pierre Demers s'accroche pourtant à la future hausse du prix des côtelettes. «C'est sûr qu'il va y avoir des liquidations de troupeaux qui feront augmenter le prix des viandes d'ici l'an prochain, a-t-il prédit. On l'espère. Ça fait cinq ans qu'on vit d'espoir.»

L'indice FAO des prix alimentaires a bondi de 6% en juillet, mais ce sont surtout les pays en voie de développement qui sont touchés pour le moment, faisant craindre le retour d'émeutes de la faim, comme en 2007-2008.

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