Prix du maïs: les éleveurs touchés, les producteurs encouragés

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Dans le Midwest américain, des hectares subissent des canicules records. Une situation préoccupante qui pourrait sourire aux cultivateurs du Québec.

(Montréal) Les prix du maïs se sont envolés dans le dernier mois à la Bourse de Chicago. La sécheresse dans le Midwest américain a fait gonfler les prix de 40%. De quoi enthousiasmer les producteurs de maïs-grain d'ici, mais aussi décourager les éleveurs.

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«Pour les producteurs céréaliers, c'est exceptionnel», affirme Stéphane D'Amato, du cabinet-conseil Axis Agriculture.

Le Québec produit environ 3 millions de tonnes de maïs-grain par an, dont 2,5 millions de tonnes servent à l'alimentation animale et quelque 350 000 pour la production d'éthanol. Environ 80% du prix québécois est formé d'après les prix de la Bourse de Chicago. Le maïs sucré que nous consommerons bientôt dans nos prochaines épluchettes est une tout autre chose et un tout autre marché.

La récente hausse est venue bonifier des prix déjà bons, observe Stéphane D'Amato. Reste à voir si elle se prolongera. «Généralement, ce n'est pas durable, note M. D'Amato. Quand l'incertitude diminue, les spéculateurs liquident leurs positions et les prix redescendent.» Les prix ont d'ailleurs retraité de 2,2% hier à Chicago.

En attendant, les producteurs en profitent déjà, confirme Ramzy Yelda, directeur de la commercialisation à la Fédération des producteurs de cultures commerciales du Québec.

On ne peut pas nier que l'été québécois soit sec, mais ce n'est pas encore la crise comme du côté américain. «C'est relativement bon autour de Saint-Hyacinthe, note Stéphane D'Amato. Il n'y a pas de sécheresse, mais ça prendrait de l'eau. Sur la Rive-Nord, dans Lanaudière, certains endroits ont besoin d'eau, c'est plus critique.»

Les éleveurs paient la note

Les éleveurs québécois sont certainement moins heureux de voir ce qui se passe sur le marché de Chicago. Le maïs-grain est à la base de l'alimentation dans plusieurs productions animales. Dans le porc, l'alimentation représente 60% du coût de production. Dans la filière bovine, ce sont particulièrement les producteurs de bouvillons d'abattage et de veux de grain qui écopent.

À court terme, ces producteurs ne pourront pas nécessairement refiler la hausse des coûts de production aux transformateurs, explique Daniel-Mercier Gouin, professeur d'agroéconomie à l'Université Laval.

Ce qui détermine le prix de vente du producteur, c'est l'offre et la demande, pas le coût de production. Or, quand il y a une hausse des coûts des intrants, l'offre ne diminue pas à court terme. Il faudrait une hausse soutenue des prix pour qu'à moyen terme, les éleveurs diminuent la production, que les transformateurs paient plus cher et qu'au bout du compte, les consommateurs paient plus cher pour leur viande. Bref, «on ne peut rien déduire d'une flambée soudaine des prix», souligne M. Mercier-Gouin.

Certes, les éleveurs qui cultivent leur propre maïs s'en tirent un peu mieux, étant à l'abri des aléas des marchés. Mais quand les hausses de prix sont durables, certains choisissent tout simplement de se consacrer à la production de maïs plutôt qu'à l'élevage, remarque Ann Fornasier, agroéconomiste à la Fédération des producteurs de bovins du Québec.

M. Mercier-Gouin note aussi que l'industrie de l'éthanol pourrait subir les contrecoups d'une hausse des prix du maïs, particulièrement dans un contexte où les prix du principal carburant concurrent (le pétrole) sont en baisse.

Le directeur général de la seule usine d'éthanol au Québec, Jean Roberge, confirme que la hausse du prix des intrants a un impact, «mais on est dans nos objectifs de rentabilité pour l'année», précise-t-il du même souffle.

Éthanol Greenfield Québec, à Varennes, s'approvisionne chez 400 agriculteurs québécois regroupés dans la société Pro-Éthanol. «Notre formule de prix tient compte du prix du marché américain, et c'est un prix très intéressant», s'est réjoui hier le directeur général de Pro-Éthanol, Denis Dallaire.

2010-2011 /2011-2012

Superficies ensemencées 370 000 hectares /357 000 hectares

Production (tonnes métriques) 3,7 millions TM /3,2 millions TM

Demande totale 3,5 millions TM /3,0 millions TM

alimentation animale 2,5 millions TM/ 2,4 millions TM

exportation 0,7 million TM/ 0,3 million TM

Prix moyen au producteur 229$/TM 245-265$\TM

Source : Fédération des producteurs de cultures commerciales

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