F1: la délicate succession d'Ecclestone

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Bernie Ecclestone fait l'objet d'accusations criminelles en Allemagne. On le... (Christof Stache, archives Agence France-Presse)

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Christof Stache, archives Agence France-Presse

Bernie Ecclestone fait l'objet d'accusations criminelles en Allemagne. On le voit ici à son arrivée en cour à Munich en 2011.

«Pendant combien de temps Bernie Ecclestone peut-il continuer à diriger la F1?», se demande Mark Jenkins.

Cette question, le professeur de gestion de l'Université Cranfield, en Grande-Bretagne, n'est pas le seul à la poser. Propriétaires d'écuries, constructeurs automobiles, commanditaires, promoteurs de Grands Prix, et peut-être bientôt des millions d'investisseurs en Bourse: tout le monde de la F1 s'intéresse à ce que fera Bernie Ecclestone.

Et pour cause, car rarement un PDG n'a été aussi lié à son sport. Pilote automobile médiocre, Bernie Ecclestone est passé du statut de simple propriétaire d'équipe (Brabham, achetée pour 100 000$ en 1971) à celui de grand manitou de la F1 au début des années 80. Il a cimenté son autorité en 1997 en mettant la main sur la totalité des droits de télé de la F1. «Il a créé un modèle d'affaires à partir de presque rien. Avant lui, les courses n'étaient pas télévisées et les équipes n'honoraient pas toujours leurs engagements», explique le professeur Mark Jenkins, aussi auteur d'un livre sur la Formule 1.

Son autorité pourrait toutefois s'effriter rapidement. Depuis le mois dernier, il fait l'objet d'accusations criminelles en Allemagne pour avoir versé un pot-de-vin de 17 millions à un banquier allemand (lui-même en prison pour huit ans) dans la vente d'actions de la F1 au fonds d'investissement CVC, en 2006. «Bernie Ecclestone n'a jamais été sujet à un tel niveau de surveillance qu'actuellement», affirme Simon Chadwick, professeur d'administration du sport à l'Université Coventry, en Grande-Bretagne.

Quand Ecclestone dit non à son successeur

Autre signe qui ne ment pas sur son autorité en déclin: le plus important actionnaire de la F1, le fonds CVC (35,5% des actions), lui a suggéré il y a un an de faire équipe avec un autre gestionnaire pour diriger la F1. CVC avait notamment en tête Justin King, PDG de Sainsbury, troisième épicier en Grande-Bretagne. Mais le grand manitou de la F1 a refusé. «Les gens qu'ils avaient en tête auraient voulu être les vedettes», a dit Bernie Ecclestone, qui a révélé cette histoire à Bloomberg la semaine dernière.

Dans cette histoire de pots-de-vin, Bernie Ecclestone clame son innocence, expliquant avoir payé le banquier pour empêcher une enquête fiscale en Grande-Bretagne. Il dit aussi avoir toujours la confiance des autres actionnaires de la F1, dont le fonds CVC. «Ils ne sont pas inquiets si je suis accusé. Le problème, c'est si je dois faire de la prison», a-t-il dit à Bloomberg.

Cette histoire complique toutefois les plans de CVC, qui veut amener Formula One Management en Bourse d'ici la fin de l'année. L'entrée à la Bourse de Singapour devait se faire il y a un an et demi, mais les problèmes économiques en Europe ont convaincu les actionnaires d'attendre une accalmie en Bourse. Et maintenant, le PDG est accusé de pots-de-vin. «Ce serait idiot d'aller en Bourse [dans ces circonstances], il ne doit y avoir aucune question [pour les investisseurs]», a admis Bernie Ecclestone, qui ne détient plus que 5,3% des actions (son ex-femme et ses filles en ont 8,5%).

Des actionnaires optimistes

Les actionnaires de la F1 sont très optimistes en vue de l'entrée en Bourse. Selon des documents déposés l'an dernier à la Bourse de Singapour, Formula One Management évaluait sa valeur à 10 milliards de dollars. En avril 2012, trois actionnaires achetaient un bloc d'actions de 28,4% du fonds américain CVC pour 2,1 milliards. Selon cette transaction, Formula One valait alors 7,4 milliards. Les actionnaires de la F1 estiment ainsi que leurs actions ont augmenté d'au moins 35% depuis cette transaction.

Le professeur Mark Jenkins appelle toutefois les investisseurs à la prudence tant que la F1 n'aura pas conclu d'entente globale à long terme avec les écuries pour garantir leur participation aux Grands Prix (les Accords de la Concorde, où Formula One Management garantit des paiements aux écuries en fonction de leurs résultats). En 2013, les écuries ont toutes conclu une entente individuelle d'une saison. «Sans une telle entente globale à long terme, la F1 est un investissement risqué», dit le professeur Mark Jenkins. «La valeur de la F1 diminue beaucoup si Ferrari et les autres grandes équipes ne sont plus là, dit le professeur Simon Chadwick. Ce n'est pas comme des entreprises comme Google, Facebook ou Microsoft qui forment un tout.»

Une stratégie à revoir

Si tous reconnaissent à Bernie Ecclestone son génie de bâtisseur, certains pensent que la F1 doit revoir sa stratégie. «La F1 n'a pas développé sa marque comme l'ont fait les Jeux olympiques, la FIFA ou le football européen», dit le professeur Simon Chadwick. Alors que les revenus de la F1 sont en forte hausse (de 1,5 à une prévision de 2 milliards entre 2011 et 2014, selon deux quotidiens britanniques), les profits stagnent (de 451 à 457 millions durant la même période).

Une partie du problème, c'est que Formula One fait surtout de l'argent de deux façons: en vendant ses droits de télé et ses droits d'organiser un Grand Prix. Pour les promoteurs de Grand Prix, Bernie Ecclestone fonctionne au plus offrant, comme l'ont appris les Montréalais quand ils ont perdu leur Grand Prix en 2009 (les gouvernements paient maintenant 15 millions par année). «Le système est rentable pour Formula One et Bernie Ecclestone, indique le professeur Simon Chadwick. Mais pour développer la marque de la F1, ce n'est pas la meilleure option. Une ville peut payer pour avoir un Grand Prix, mais ça ne veut pas dire que les gradins seront pleins.»

Malgré ses critiques, sa mise en accusation en Allemagne et les jeux de coulisses de ses associés, bien malin qui pourrait prédire avec certitude le départ de Bernie Ecclestone. «Il connaît tout le monde en F1, il sait où sont leurs squelettes et c'est un grand négociateur», rappelle le professeur Mark Jenkins.

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LA F1 EN CHIFFRES

10 milliards

Valeur de Formula One Management, estimée par ses actionnaires en 2012 en vue d'une entrée à la Bourse

451 millions

Profits de Formula One Management en 2011

457 millions

Profits prévus de Formula One Management en 2014

1,5 milliard

Revenus de Formula One Management en 2011

2 milliards

Revenus prévus de Formula One Management en 2014

Entre 46 et 409 millions

Budget d'une équipe de F1 pour la saison 2010

285 000

Nombre de spectateurs ayant assisté au Grand Prix de F1 du Canada l'an dernier, selon Tourisme Montréal

89,3 millions CAN

Retombées économiques du Grand Prix de F1 pour le Québec, selon le ministère des Finances, en se basant sur les données de 2008.

Notes: Sauf indication contraire, toutes les données sont en dollars américains.

Sources: Financial Times, The Telegraph, Formula Money, Tourisme Montréal

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