L'économie mondiale suspendue à l'Europe et la Chine

Le président du Conseil européen, Herman van Rompuy.... (PHOTO FRANÇOIS LENOIR, REUTERS)

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Le président du Conseil européen, Herman van Rompuy.

Francesco Fontemaggi
Agence France-Presse
AIX-EN-PROVENCE

L'économie mondiale, jamais vraiment rétablie de la récession de 2009, reste suspendue à la résolution de la crise européenne, même si États unis et pays émergents émettent aussi des signaux inquiétants, estiment des économistes aux Rencontres d'Aix-en-Provence.

«La crise est toujours là», constate Olivier Pastré, membre du Cercle des économistes qui organise chaque année ces débats dans le sud-est de la France. «On n'a pas fait toutes les réformes nécessaires pour esquisser une reprise, donc les mêmes causes produisent les mêmes effets», explique à l'AFP dans la cité provençale ce professeur de l'Université Paris-8.

Selon son collègue Anton Brender (Université de Paris Dauphine), «il est clair depuis mi-2012 que la reprise mondiale est menacée».

Alors, rebond ou rechute? Depuis le début de la crise, la question taraude les experts. «Le problème, c'est qu'on passe sans cesse d'une période de suroptimisme à une période de surpessimisme, aussi infondées les unes que les autres», déplore Olivier Pastré.

Au fil des mois, les prévisions du Fonds monétaire international (FMI) jouent ainsi au yo-yo, révisées tour à tour à la hausse puis à la baisse.

La prochaine livraison sera mauvaise, a prévenu vendredi Christine Lagarde. La directrice générale du FMI a reconnu que les perspectives étaient «devenues plus inquiétantes» et parle à nouveau d'une «crise mondiale».

Selon elle, investissement, emploi et production «se sont détériorés», «et pas seulement en Europe ou aux États-Unis, mais aussi dans de nombreux pays émergents clés: Brésil, Chine, Inde».

La zone euro reste certes au coeur des inquiétudes.

«En renforçant les incertitudes, tout en déprimant la demande dans une grande partie de l'économie mondiale, la crise de l'euro ralentit dangereusement la croissance aux États-Unis et dans les pays émergents», relève Anton Brender.

Pour lui, cette situation est «particulièrement inquiétante», car «si le moteur américain devait caler, il serait très difficile à redémarrer», en raison notamment du déficit public des États-Unis. Le spectre planerait alors d'un passage de la «grande récession» à une nouvelle «grande dépression».

La solution, à ses yeux: un ralentissement de l'effort de désendettement des gouvernements européens, qui tue toute reprise dans l'oeuf.

Les économistes présents à Aix sont toutefois partagés sur l'avenir de la zone euro.

«Plutôt optimiste», Olivier Pastré remarque «que l'Union européenne n'a jamais autant avancé que pendant cette crise». Et Christian Stoffaës, professeur à l'Université Paris 2 Panthéon-Assas, assure que «les marchés financiers ont dû constater qu'ils avaient sous-estimé l'attachement à l'euro» de la part des Européens.

Eternelle Cassandre, Nouriel Roubini, juge pour sa part que les efforts réalisés par la zone euro «ne suffisent pas». Si elle ne se dote pas d'un «bazooka» financier contre la spéculation, met-il en garde, «dans les prochaines semaines, plutôt que dans les prochains mois, l'Italie et l'Espagne vont perdre leur accès aux marchés» pour cause de flambée de leur coût d'emprunt, ce qui risque de faire dégénérer la situation.

Mais l'économie vacille aussi hors d'Europe.

Le FMI a ainsi souligné que la reprise américaine demeurait «apathique et soumise à des risques élevés», liés aux tensions financières dans la zone euro, mais aussi aux écueils budgétaires aux États-Unis.

Quant à la Chine, la deuxième baisse de taux d'intérêt en un mois annoncée cette semaine laisse craindre un ralentissement plus marqué que prévu. La pause de croissance des puissances émergentes «est à la fois conjoncturelle et structurelle», affirme Olivier Pastré, car «il est plus facile de sortir de l'absolue pauvreté que de franchir le palier actuel en constituant une classe moyenne et une économie solide».

Selon lui, «la zone euro n'est pas le seul poids mort de l'économie mondiale». «Ce n'est pas un scoop pour nous, économistes», glisse-t-il, «mais c'est bien que cela apparaisse enfin».

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