Cirque du Soleil / Céline Dion: la filière québécoise

Une performance du Cirque du Soleil.... (Photo: AFP)

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Une performance du Cirque du Soleil.

En devenant notoires et planétaires, Le Cirque du Soleil et Céline Dion-Productions Feeling ont entraîné dans leur ascension plusieurs firmes québécoises. Des Scéno Plus, Scène Éthique, ACMÉ Décors et Sid Lee, artistiquement téméraires et qui voient grand. Alors que s'amorce la semaine prochaine dans la métrole une grande conférence sur la créativité, C2-MTL, La Presse Affaires trace le portrait de quelques-unes de ces étoiles.

Jaune Banane HD (Groupe Peak Banane)

En 2003, lors de la Cérémonie des Oscars, Le Cirque du soleil présente devant 50 millions de téléspectateurs américains un numéro fusionnant chorégraphies acrobatiques et moments mémorables de cinéma. Un sans-faute dont le montage des extraits de films pour la télé était assuré par Jaune Banane, à la demande du Cirque. «Ce fut un travail de deux mois qui a changé notre vie», assure le cofondateur Yves Lefebvre.

Au lendemain, les demandes d'entrevues des médias affluent vers Jaune Banane. «Il a fallu qu'on engage le cabinet de relations publiques National! raconte Yves Lefebvre. On ne savait pas que ça pourrait avoir un tel retentissement. Quelqu'un nous a dit: êtes-vous au courant que tout le monde vous court après?»

Jusque là, Jaune Banane, fondé en 2000 avec Jean-François Blais, travaillait sur des galas télévisuels et «de petites séries» dans deux salles de montage. «Dans l'année qui a suivi, on a senti les impacts potentiels de cette collaboration, dit Yves Lefebvre. On a alors fait un démo de nos productions.»

Jaune Banane a attiré l'attention des maisons de production Zone 3, Fair-Play, Avanti. Ces liens d'affaires se sont convertis en contrats de plusieurs centaines de milliers de dollars. «Nous travaillons sur la majorité des émission de Canal Vie produites par Zone 3 en plus des Francs-Tireurs, Curieux Bégin...» énumère Yves Lefebvre.

L'entreprise compte aujourd'hui 15 salles de montage et cinq studios de son. De 120 000$, le chiffre d'affaires dépasse aujourd'hui le million de dollars et l'entreprise connaît une croissance annuelle de 30% depuis 2008.

Sid Lee

Depuis la fondation de Sid Lee (autrefois Diesel) en 1993, le chiffre d'affaires de l'agence de création augmente de 20% chaque année, voire 60% en 2011. Encore ici, le Cirque du Soleil n'est pas étranger à cette croissance.

Au début des années 2000, quand Sid Lee a décroché notamment le mandat de publicité et design de l'affiche du spectacle Zumanity, ses dirigeants ont décidé d'apprendre de leur client comment devenir grand! «Dès le début, on a été très influencés par le Cirque, avoue Martin Gauthier, associé de Sid Lee. Sortir à l'international était important pour nous. On a donc souvent parlé aux hauts gestionnaires du Cirque.»

Avec les années, les mandats se sont multipliés, les précieux conseils... et les contacts internationaux aussi. «En 2004, à l'époque de la création de Kà à Las Vegas, le Cirque nous a présenté des gens de MGM Grand. Il nous a aussi montré comment on signait un contrat, nous a mis en garde contre certaines choses, nous a appris à nous présenter, dit Martin Gauthier. MGM nous a ensuite donné le mandat de publicité numérique de l'hôtel à l'international.»

Puis, ce fut la manne: Love au MGM Mirage, Criss Angel Believe au Luxor, Viva Elvis au City Center... «Grâce au Cirque et MGM, on était capable de dire: on est international, explique Martin Gauthier. Ça a intéressé de futurs clients comme Adidas et Red Bull.»

On connaît la suite: depuis 2009, Sid Lee est l'agence de publicité globale d'Adidas pour la planète. Elle compte maintenant 600 employés dans cinq bureaux, dont Amsterdam. L'agence en ouvrira un sixième à New York cet automne, épaulée par le Cirque qui détient maintenant une part minoritaire dans l'entreprise. «Être avec le Cirque va nous donner un élément différenciateur, estime Martin Gauthier. Sinon, on ne serait qu'une autre agence qui ouvre un bureau à New York.»

ACMÉ Décors

Ces dernières années, des réalisations d'ACMÉ Décors ont souvent émaillé les tournées de Céline Dion. L'entreprise a conçu des accessoires pour la tournée mondiale Taking Chances. Elle a aussi créé l'imposant lustre et le rideau de fleurs sur lequel Moment Factory projette des images lors du spectacle A New Day à Las Vegas de la chanteuse. «Depuis deux ans, les gens constatent nos réalisations, note Luc Mantha, directeur général d'ACMÉ. Nous avons des appels des États-Unis et du reste du Canada. C'est vraiment intéressant. Ça se passe aussi au niveau muséal. Les gens voient qu'on peut amener une expérience immersive et interactive dans les expositions.»

Il n'y a pas si longtemps, l'atelier de conception et de fabrication de Beloeil employait 12 personnes. Ils sont maintenant 45 à s'activer pour meubler les scènes de spectacles de Céline Dion, du Cirque du Soleil, de Juste pour rire et des chapiteaux de la famille Latourelle (Odysseo, Cavalia). En six ans, le chiffre d'affaires d'ACMÉ a triplé. Le mandat de conception des décors et appareils du Pavillon du Canada lors de l'Expo universelle de Shanghai, à la demande du Cirque, n'est pas étranger à cette croissance. «Depuis Shanghai, on a doublé nos effectifs en dessin 3D, en génie, design industriel, complété les qualifications internationales pour le soudage, complété la certification d'atelier éco-responsable», énumère Luc Mantha.

Fondée en 1996, ACMÉ a à sa fiche la réalisation de décors, accessoires et appareils acrobatiques de 16 productions du Cirque. Prochaine étape? «Un projet de fabrication en Europe et aux États-Unis, résume Luc Mantha. Ça va contribuer à la croissance d'ACMÉ et la création de nouveaux emplois.»

Scéno Plus

Dans les années 1990, Patrick Bergé et Lorraine Berthiaume auraient pu, comme Céline Dion, faire disparaître l'accent aigu sur le E de leur entreprise Scéno Plus! Car, comme la chanteuse et le Cirque du Soleil, ces architectes du divertissement oeuvrent autant ici qu'aux États-Unis. Et même jusqu'en Australie. À Las Vegas, Céline Dion et les acrobates du Cirque performent, entre autres, dans les Colosseum du Ceasers Palace et Bellagio de l'hôtel Mirage (O) dessinés par Scéno Plus. On doit aussi à cette entreprise le Théâtre du Cirque du Soleil à Orlando.

Scéno Plus était impliquée auprès des institutions culturelles québécoises avant de mettre le pied à Las Vegas. «On avait un département d'équipement spécialisé, d'infographie, pour concevoir tout chez nous, car tout est toujours pour demain, raconte le président Patrick Bergé. Alors quand on a commencé à travailler à Las Vegas, on était capable de donner tout ce dont le client avait besoin: budget, programmation, pré-formats. Avant d'aller à l'international, on avait jeté les fondations.»

Payant ce saut à l'extérieur du Québec? «On s'est beaucoup investi dans les projets de Las Vegas, mentionne la directrice générale Lorraine Berthiaume. Car on nous attendait avec une brique et un fanal. Ce n'était pas forcément rentable à l'époque, mais ça nous a permis de nous installer, de développer une expertise technique et de faire beaucoup de recherche et développement. Donc, même si le chiffre d'affaires a bondi, les profits n'ont pas bondi tout de suite!»

Aujourd'hui, 96% des rentrées financières de Scéno Plus viennent des projets internationaux. Conséquence des relations bâties avec le Cirque et Productions Feeling: la conception de l'immense Revel Resort, un projet de 2,4 milliards à Atlantic City qui a ouvert ses portes le 2 avril dernier.

Scène Éthique

En 1998, en vue de la tournée Let's Talk about Love de Céline Dion, Scène Éthique soumissionne contre des entreprises d'ici et ailleurs et remporte la mise: un contrat de 609 000$. «Il fallait trouver un concept structural particulier pour la scène, il y avait un plancher écran et cinq élévateurs autoportants, explique Hélène Demers, cofondatrice de Scène Éthique. La scène devait se monter en quatre heures et se défaire en deux heures. À l'époque, tout se faisait au crayon. Mon conjoint, Martin Ouellet, a dit à notre douzaine d'employés: ce projet peut nous propulser. Mais si vous me dites que c'est trop gros, on ne le fait pas. Les employés ont dit: oui, on y va!»

Le coeur (soit la forme de la célèbre scène) a rapproché Scène Éthique de Céline Dion, pour la tournée Taking Chances notamment, et du Cirque du Soleil. Pour la bande de Guy Laliberté, Scène Éthique a conçu entre autres les gradins des spectacles Saltimbanco, Kooza et Corteo. «Ce qu'on fait a un rayonnement dans le monde même si notre nom n'apparaît pas, note Hélène Demers. Grâce aux contrats du Cirque, on a aussi structuré notre travail, avec un cadre contractuel précis, avec documentation d'inspection, de maintenance et notes d'ingénieurs pour protéger les entreprises. Quand Robert Lepage, avec qui on travaille aussi, arrive avec son délire artistique et qu'il demande combien ça coûte, on lui répond rapidement.»

Scène Éthique, établi à Varennes et au chiffre d'affaires de 7 millions, a connu sa plus grosse année en 2008, grâce à la tournée Taking Chances. «Et avec le travail pour Robert Lepage au MET à New York, on a bénéficié de notre plus grande couverture dans les médias, mentionne Hélène Demers. On a parlé de défis d'innovation. Ça a mis Varennes sur la carte!»

Aujourd'hui, Le Cirque et Ex Machina sont des clients «prioritaires». L'entreprise pourrait grossir davantage. «Mais on a une règle: ne jamais dépasser 50 employés, pour la qualité de vie», dit Hélène Demers.

Outbox Technology

Si Outbox s'apprête à tripler son chiffre d'affaires, fruit d'une entente avec le groupe AEG Entertainment en 2011 permettant d'installer un système de gestion de billets dans une quarantaine d'arénas dans le monde, c'est grâce au Cirque du Soleil. «Deux fois plutôt qu'une, dit Jean-Françoys Brousseau, codirigeant d'Outbox. Le Cirque est le premier client qui nous a permis de déployer ce service en 2006. C'est un partenaire financier qui a pris un risque.»

En 1998, le Cirque est devenu partenaire de Réseau Admission... qu'a créé Jean-Françoys Brousseau avant de revendre l'entreprise à Ticketmaster.

La plate-forme de vente d'Outbox (60 employés à Montréal et Los Angeles), qui compte aussi comme client le Centre Bell et le Kodak Theatre de Los Angeles, permet un guichet unique. «Réseau Admission distribue les billets de tout le monde, alors qu'Outbox permet au Cirque et au Centre Bell de vendre leurs propres billets, explique M. Brousseau. Dans les années 1990, il était logique d'avoir une entreprise qui était un point de ralliement. Avec internet, cette façon de procéder s'est effritée. Le Cirque était actif mondialement, mais faisait affaires avec 14 réseaux de distribution. Aujourd'hui, Internet ne justifie plus d'avoir un intermédiaire.»

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