Le siège social de Bell glisse vers Toronto

Bell Canada a son imposant siège social à Montréal depuis sa fondation, en 1880. Mais voilà que le centre de décision de l'entreprise glisse tranquillement vers Toronto, a constaté La Presse Affaires.

Officiellement, le siège social du géant des télécommunications est censé rester à Montréal, malgré la vente de l'entreprise à la Caisse de retraite des enseignants de l'Ontario (Teachers'). Les employés quitteront prochainement le 1000 De La Gauchetière, au centre-ville, pour emménager dans le nouveau campus Bell, à L'Île-des-Soeurs.

Cependant, un relevé du lieu de travail de la nouvelle équipe de direction nous mène à conclure que c'est principalement dans la Ville reine que se décident les grandes orientations de l'entreprise.

Sur les douze membres de la haute direction, huit travaillent principalement à Toronto, un à Calgary et trois à Montréal, selon un relevé de La Presse Affaires. Et aucun membre de cette équipe ne prévoit déménager, a-t-on appris.

Le nouveau PDG de Bell Canada Entreprises (BCE), George Cope, réside à Toronto depuis plusieurs années. Aux médias, le gestionnaire de 46 ans a fait part de son intention de se louer un appartement à Montréal, mais pas question, du moins pour le moment, d'y déménager sa femme et ses trois enfants.

Pour connaître le principal lieu de travail des dirigeants, nous avons fait appel aux réceptionnistes de Bell Canada, à Montréal. Pour chacun des dirigeants, elles n'avaient qu'un seul numéro de téléphone à nous donner, numéro qui commençait bien plus souvent par 416 que 514. Pour l'essentiel, nous avons pu corroborer ces informations dans le bouquin Directory of Directors 2008, publié par le Financial Post.

Ainsi, le président des services résidentiels, Kevin Crull, le président des services de gros, John Sweeny, et le président de Bell Mobilité, Wade Osterman, travaillent tous en Ontario.

Le gratte-ciel Bell Trinity Square, sur Bay Street, à Toronto, loge également les vice-présidents exécutifs Trevor Anderson, Michael Cole, Mary Ann Turcke et David Wells. Seuls Martine Turcotte (affaires juridiques), Siim Vanaselja (affaires financières) et Stéphane Boisvert (grandes entreprises) ont leurs assises à Montréal.

Le prédécesseur de George Cope, Michael Sabia, résidait à Montréal et s'exprimait en français. Parmi son équipe de dix-sept membres, sept travaillaient à Montréal, huit à Toronto, un à Ottawa et un à Calgary.

«La représentation francophone est assurément moindre qu'auparavant, du temps des Jean Monty, Louis Tanguay, Guy Marier. On a senti un virage vers le marché anglophone depuis deux ans. La langue de travail, c'est de plus en plus l'anglais, même si c'est fait avec respect», nous a dit un cadre qui travaillait pour BCE depuis de nombreuses années avant d'être remercié, dernièrement.

«L'impression, c'est sûr, c'est qu'il y a un virage vers Toronto qui est en train de se faire, poursuit-il. Bell, c'est un fleuron important (pour Montréal). Sur papier, le siège social est à Montréal, mais est-ce que les décisions importantes se prennent encore à Montréal?»

Le département des communications de Bell illustre bien le changement. Lorsque Jean Monty était à la tête de BCE, entre 1998 et 2002, c'est Ida Teoli, de Montréal, qui dirigeait ce département. Mme Teoli, parfaitement bilingue, avait succédé à Sylvie Lalande, en 1998.

Après Mme Teoli, c'est le Torontois Peter Daniels qui a pris la tête des communications, en 2003. Le gestionnaire anglophone - mais très à l'aise en français - avait alors acheté un condo à Montréal pour travailler dans l'équipe de Michael Sabia. Son successeur Bill Fox travaillait aussi à Montréal, bien qu'il avait sa principale résidence à Toronto.

Avec l'arrivée de George Cope, c'est Mark Langton qui a pris la tête des communications de BCE. Unilingue anglais, M. Langton travaille essentiellement à Toronto.

Le siège social d'une entreprise et le lieu de travail de ses dirigeants jouent un rôle clé dans la communauté. Certains constatent que ce rôle est appelé à changer dans le cas de Bell. Récemment, l'organisateur d'un colloque privé à Montréal avec de grands décideurs a reçu une fin de non-recevoir du bureau de George Cope. «Sa secrétaire nous a dit que, malheureusement, son bureau était à Toronto et qu'il ne se déplaçait pas souvent à Montréal.»

Était-ce le simple prétexte de refus d'une secrétaire ou le symptôme d'un changement plus profond?

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