Daniel Audet raconte son combat contre le cancer

La Presse vous présente ici une lettre de Daniel Audet, ex-grand patron montréalais du cabinet de relations publiques National.

Le 6 juin dernier, le verdict tombe: tumeur cérébrale inopérable. Je n'arrivais pas à y croire. Moi qui n'avais jamais passé une seule nuit à l'hôpital, j'arrivais, à 46 ans, au bout de ma course? La brutalité du diagnostic a vite fait de me rappeler à la réalité.

Quand le neurochirurgien m'a annoncé qu'il s'agissait d'une tumeur incurable, ma réaction en fut une de révolte. Il faut savoir que j'aime la vie et que je n'ai nullement l'intention de la quitter avant au moins 40 autres années!

«Vous ne me ferez pas subir des traitements qui vont m'enlever ma qualité de vie pour me prolonger de six mois!» ai-je vociféré au pauvre Dr Roux qui ne faisait que son travail. Il est de bon ton chez les bien vivants de déclamer des choses du genre. En bon agnostique tendance épicurien que je suis, je l'ai moi-même fait à plusieurs reprises.

Eh bien! croyez-le ou non, quelques semaines plus tard, j'avais changé du tout au tout. Moi qui croyais dans le «débranchement précoce», j'étais désormais un tenant du respirateur artificiel!

Je ne me suis pas converti au terri-schiavisme pour autant, mon respect des libertés individuelles est trop grand pour imposer aux autres mes préférences personnelles. Tout en étant «pro choix», ma tendance naturelle serait maintenant de prolonger ma vie le plus longtemps possible.

C'est précisément ce à quoi je m'active actuellement avec l'aide de ma famille, de ma compagne, Sophie Marquis, et de mes nombreux amis, que je remercie au passage et sans qui je n'en serais pas là. Prolonger ma vie de 40 ans, voilà l'objectif! D'autres l'ont fait avant moi. Les histoires de «miraculés» sont nombreuses et réelles!

À tous ceux qui sont aux prises avec des situations semblables à la mienne, deux conseils:

1- ne doutez pas de votre guérison mais mettez-vous à l'ouvrage;

2- assurez-vous d'être bien entourés. Dans ce deuxième conseil s'en cache un autre qui s'adresse aux bien portants: n'abandonnez pas ceux que vous sachez être seuls dans ce combat contre la maladie.

Santé publique

En terminant, sur une note plus politique, la prévalence des cancers de toutes sortes nous interpelle sur le plan de la santé publique. Nous parlons beaucoup de prévention, mais nos gouvernements et les citoyens agissent si peu.

On interdit la cigarette dans les bars alors que cela concerne des adultes informés et consentants dans des endroits privés. Personnellement, je ne suis pas impressionné. Mais c'est facile à faire, c'est tendance et c'est rentable politiquement.

Par contre, des dizaines de produits cancérogènes connus sont utilisés dans nos maisons sans que la moindre information ne soit communiquée à la population à ce sujet.

L'Union européenne a introduit cette année une législation qui interdit carrément certains de ces produits. Par ailleurs, sans interdire des produits alimentaires que l'on sait cancérogènes ou qui ont une incidence directe sur les maladies cardiovasculaires, peut-on à tout le moins forcer les fabricants ou les commerçants à informer les consommateurs sur les risques associés à ces produits?

Je pourrais aussi mentionner la prévention des MTS qui est un vrai scandale au Québec; la qualité de l'air dans les immeubles qui nous empoisonne à longueur de journées; la piètre qualité de la nourriture que l'on sert dans nos écoles et nos hôpitaux; et j'en passe! Tout ça est connu et documenté.

Est-ce parce que ses effets ne se feront jamais sentir à l'intérieur d'un mandat électoral que la prévention est le parent pauvre du budget de la santé au Québec?

C'est bien de passer une année de sa vie à la sauver mais c'est encore mieux de ne jamais avoir été malade au départ. En matière de prévention, le Québec tire de l'arrière face à plusieurs juridictions européennes et même américaines.

Dr Philippe Couillard, le cancéreux que je suis vous pose la question: qu'attendez-vous au juste pour faire de la vraie prévention? Si vous voulez des suggestions précises, j'en ai un calepin tout plein!

Daniel Audet est premier vice-président du Conseil du patronat et a notamment été chef de cabinet de Bernard Landry, conseiller d'André Boisclair et délégué général du Québec à Londres.

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