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Le jeune homme qui jouait avec les milliards
Photo Benoit Tessier, Reuters
Jérôme Kerviel, qui risque cinq ans de prison, a publié un livre le mois dernier, L'engrenage, dans lequel il affirme que son employeur savait «tout» de ses activités.
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Annie Thomas
Agence France-Presse
Paris
Son physique de jeune premier, ses yeux clairs et son aisance avec les médias ont sans doute ajouté un côté «people» à son histoire.
Mais «non, je ne gagnais pas des millions ni ne roulais en Porsche», et «vous avez vu mon appartement? Quarante-cinq mètres carrés, aucune toile de maître, du mobilier IKEA!» dit-il avoir expliqué aux policiers qui se faisaient une idée plus glamour de son métier.
Alors pourquoi ce jeune homme sans histoire et déclaré sain d'esprit a-t-il risqué des dizaines de milliards d'euros, jusqu'à cette perte de 4,9 milliards dont il doit maintenant répondre?
Il a «joué, avec les joujoux placés devant lui», sur son écran, sans mesurer la portée de ses actes, tente d'analyser un ancien conseiller de Jérôme Kerviel, en écartant comme motivations premières l'appât du gain, une recherche de gloire ou de revanche sociale.
Origines modestes
Jérôme Kerviel est né le 11 janvier 1977 à Pont-l'Abbé, en Bretagne, d'un père enseignant technique, mort en 2006, et d'une mère coiffeuse, «une personne discrète» qui, comme lui, dit-il, «extériorise peu ses sentiments». Il a un frère, de sept ans son aîné.
Attiré par le monde de la banque, il intègre au lycée la filière économique. Après le bac, il passe un an à la faculté de sciences économiques de Quimper, avant d'entrer à l'IUP (Institut universitaire professionnalisé) de Nantes, où il obtient une maîtrise en finance.
Il passe ensuite un DESS-finance à l'Université de Lyon, puis il est recruté en 2000 par la Société générale, comme gestionnaire au service du contrôle «middle office». Deux ans plus tard, il devient «assistant trader» et, début 2005, accède au poste rêvé de trader.
Ses collègues d'alors l'ont décrit comme très professionnel, présent tôt le matin jusque tard le soir, plutôt réservé et solitaire.
Courant 2005, son chef découvre qu'il a pris des positions importantes sans lui en parler, ce qui se traduit par un rappel à l'ordre sans conséquence. Début 2007, son supérieur immédiat change, et Jérôme Kerviel se met à passer des ordres pour des sommes exorbitantes.
Complexe d'infériorité
Certains ont évoqué un complexe d'infériorité vis-à -vis de ses collègues sortis d'écoles prestigieuses, un besoin de reconnaissance qui l'aurait conduit à prendre des risques inconsidérés, et à mentir pour se couvrir.
Il conteste cette analyse, affirme qu'il voulait faire gagner un maximum d'argent à la banque, était grisé et se sentait conforté par la raison d'être de la salle des marchés: «faire du pognon».
Employé depuis deux ans par une petite société informatique de la banlieue parisienne, il admet qu'il n'avait pas d'états d'âme lorsqu'il était trader. Aujourd'hui, il regarde «le champ de ruines qu'est devenue (sa) vie», regrette d'avoir négligé ses proches et se bat pour ne pas aller en prison.
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