Les finances de l'Europe restent un champ miné

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Le gagnant des élections de dimanche, Antonis Samaras,... (PHOTO LOUISA GOULIAMAKI, REUTERS)

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Le gagnant des élections de dimanche, Antonis Samaras, chef du parti Nouvelle Démocratie, a rencontré le chef du Parti socialiste (Pasok), Evangelos Venizelos, afin de préparer la mise en place d'un gouvernement de coalition qui mettra en oeuvre le plan d'austérité.

Rudy Le Cours
La Presse

(Montréal) Après un long ouf! et la chute d'adrénaline qui le suit d'habitude, la tension et l'inquiétude ont bien tôt repris de plus belle parmi les créanciers de la zone euro et au sein de sa classe politique.

Tant en Grèce, en Espagne, en Allemagne, au sein de l'Europe tout entière que parmi la communauté internationale, on a pris acte hier que la courte victoire des partis grecs en faveur du plan de sauvetage assorti de mesures d'austérité draconiennes n'allait pas mettre fin à la crise qui s'étire depuis plus de deux ans.

L'Espagne l'a senti la première quand les taux de ses obligations venant à échéance dans 10 ans ont franchi la barre fatidique des 7% sur le marché secondaire. Heureusement, Madrid n'avait pas de dette à (re) financer hier, mais la nervosité des prêteurs indiquait que sa prochaine adjudication risque de lui coûter cher. Les spéculateurs, pour leur part, continuent à parier massivement sur l'inévitabilité d'un sauvetage de la quatrième économie de la zone euro, ce qui fragilise davantage la survie de la monnaie unique.

Entre-temps à Athènes, le gagnant du scrutin de dimanche, Antonis Samaras, leader de Nouvelle Démocratie, doit former son gouvernement de coalition au plus vite. Même si l'appui du leader du parti rival de toujours, le Pasok, lui est acquis pour faire passer le plan d'austérité, le temps presse.

Sous les pressions de l'Allemagne, l'Union européenne avait suspendu le mois dernier le versement d'une tranche de 1,1 milliard d'euros du plan de sauvetage, étant donné que le scrutin du 4 mai n'avait pas permis de trouver une solution politique pour gouverner le pays.

Dès juillet, les coffres d'Athènes, qui paraît toujours incapable de percevoir correctement ses impôts, seront vides et les fonctionnaires ne pourront être payés.

Quelle que soit l'ampleur de la coalition, le gouvernement devra être formé au plus tard demain. Il devra s'attaquer sans délai à l'application des mesures d'austérité impopulaires dictées par l'Union européenne, le Fonds monétaire international et la Banque centrale européenne (la troïka).

Athènes a déjà pris du retard. Il faut sabrer impérativement l'équivalent de 11,7 milliards d'euros d'ici à 2013-2014. Ces mesures prévoient aussi un imposant programme de privatisations dont les détails et le calendrier se font attendre.

Sans doute voudra-t-on étirer l'échéance, mais Athènes n'a pas le gros bout du bâton.

Jeudi, les ministres des Finances de la zone euro tiendront une téléconférence qui servira à mettre la table pour le sommet de l'Union européenne à la fin de la semaine prochaine. La veille, ils auront pris connaissance des fruits officiels du sommet du G20 et surtout des rencontres bilatérales qu'il aura permises.

De celles-ci, il faudra encore quelques jours pour jauger l'influence du nouveau président français François Hollande qui jouit d'une majorité absolue à la suite du deuxième tour des législatives, dimanche. Cela le place en position de force, devant la chancelière allemande Angela Markel qui doit composer avec un gouvernement de coalition où appararaissent quelques fissures et avec une chambre haute (Bundesrat) dont elle n'a plus la majorité, après la cuisante défaite de sa coalition en Rhénanie du Nord-Westphalie, le mois dernier.

Au discours d'austérité allemand, M. Hollande oppose la nécessité de mesures de relance. Seule la croissance peut permettre à terme de sortir l'Europe de l'impasse actuelle, plaide-t-il.

Toute initiative en ce sens peut être très mal accueillie par l'Allemagne et surtout par les Allemands. Ils sont les principaux endosseurs de toute mesure de l'Europe financée par des emprunts. L'économie allemande représente 27% de celle de la zone euro, sa contribution à toutes les initiatives comme le Mécanisme européen de stabilité d'où est puisé l'argent destiné à la Grèce, aussi.

Pour son avenir politique, Mme Merkel a tout intérêt à se montrer la plus ferme possible tout en sachant qu'elle ne pourra faire autrement que de jeter un peu de lest, au bout du compte.

«Le résultat électoral grec ne change pas la trajectoire de la crise de la dette européenne, ont résumé Pierre Fournier et Angelo Katsoras, analystes géopolitiques à la Banque Nationale, dans une note publiée dimanche soir. Au mieux, peut-il apporter une pause très brève dans la tempête. L'incapacité de la Grèce et d'autres pays de supporter le fardeau de leur dette, sans grandes concessions des prêteurs et/ou sans autre forme d'assistance, et le refus de l'Allemagne d'endosser les finances de la zone euro sont deux bombes à retardement qui assombrissent l'horizon.»

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La quadrature du cercle

Pour la Grèce:

mettre sur pied un gouvernement qui orchestre le plan d'austérité

Pour l'Allemagne:

gagner du temps et céder le moins possible

Pour l'Espagne:

éviter un plan de sauvetage en réformant ses banques

Pour l'Europe:

accélérer sa construction par une union bancaire et des mesures de relance

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