Crise européenne: quand s'installe la panique...

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PHOTO ALBERTO DI LOLLI, ASSOCIATED PRESS

Des militantes manifestent devant les bureaux de la Bankia, une institution bancaire qui vient de recevoir de l'aide de l'État espagnol. Pendant ce temps, de nombreux clients de la Bankia se voient contraints à la faillite, dans l'impossibilité de renégocier de nouvelles hypothèques avec la banque en déroute.

Rudy Le Cours
La Presse

(Montréal) La Réserve fédérale américaine (Fed) a beau faire marcher la planche à billets en quatrième vitesse, Washington a beau continuer de s'endetter à des niveaux insoutenables pour tout autre pays, les investisseurs et les spéculateurs veulent davantage de dollars et d'obligations américaines, tant ils sont paniqués par ce qu'ils voient dans la zone euro.

Hier, le rendement d'une obligation du Trésor américain venant à échéance dans 10 ans est tombé quelques instants à un creux historique de 1,617%, soit bien en deçà du taux d'inflation.

Le dollar américain de son côté s'est apprécié contre l'ensemble des devises, et valait 102,92 cents canadiens (le huard a perdu 60 centièmes, à 97,16 cents US), malgré la relative santé de notre économie.

La dette canadienne s'est révélée plus attrayante, le rendement des obligations de 10 ans fléchissant de trois centièmes, à 1,79% seulement.

La panique, qui a aussi fait plonger en piqué l'ensemble des grands indices boursiers américains, européens et asiatiques, se nourrit des difficultés des banques espagnoles à absorber leurs mauvaises créances hypothécaires, sur fond d'incertitude sur les résultats du scrutin grec du 17 juin.

Selon la manchette d'hier du Financial Times de Londres, le plan de sauvetage de 19 milliards d'euros de la Bankia proposé par Madrid aurait été rejeté par la Banque centrale européenne (BCE) qui a nié l'information, sans plus. Par ce plan, Madrid renflouait Bankia au moyen de ses propres obligations, lesquelles auraient été cédées en nantissement à la BCE en échange de liquidités.

Un malheur n'arrivant jamais seul, le gouverneur de la Banque centrale d'Espagne, Miguel Ordonez, a remis sa démission, acceptée par Madrid, en vigueur un mois à peine avant son départ programmé, de quoi emballer la machine à rumeurs.

L'Espagne a plusieurs problèmes à résoudre en même temps: elle doit refinancer 284 milliards d'euros de sa dette d'ici trois ans, renflouer ses banques qui croulent sous le poids de leurs mauvaises créances hypothécaires et mutualiser les emprunts de ses provinces dont plusieurs, à commencer par la Catalogne, sont aussi très endettées. En même temps, elle tente de ramener son déficit budgétaire à 3% de la taille de son produit intérieur brut (PIB), au beau milieu d'une récession, pour se conformer au pacte européen de stabilité financière.

D'aucuns parient que Madrid ne pourra faire autrement que de demander l'aide de l'Union européenne et du Fonds monétaire international, ce qui alimente la panique. Les sauvetages de la Grèce, de l'Irlande et du Portugal ont nécessité l'injection de 386 milliards d'euros. Sauver l'Espagne coûterait au bas mot 350 milliards. «Le problème, c'est que le système bancaire européen chancelant menace de faire tomber les gouvernements et les marchés obligataires les plus faibles de la zone euro, estime Sherry Cooper, économiste en chef chez BMO Marchés des capitaux. Les banques sont les premiers détenteurs de dette publique et les gouvernements deviennent de plus en plus les propriétaires des banques.»

Voilà pourquoi les coûts d'emprunt de Madrid montent en flèche depuis quelques semaines. Hier, les acheteurs d'obligations émises par Madrid exigeaient 6,60% pour un prêt de 10 ans alors qu'ils se contentaient de 1,29% pour un titre allemand de même échéance. Le rendement des bunds de deux ans est même tombé à zéro.

Les investisseurs font aussi la fine bouche pour les titres des autres économies en difficulté. Rome n'a pu vendre que 5,75 milliards d'euros d'une adjudication prévue de 6,25 milliards. Elle a dû consentir un taux de 6,03%, soit 19 centièmes de plus que lors de l'encan d'avril.

«On n'a pas encore eu les élections grecques et on a le problème des banques européennes, note Paul-André Pinsonnault, économiste principal à la Banque Nationale. Il n'y a pas grand-chose de réjouissant.»

Dans un effort pour modérer le jeu, la Commission européenne a ranimé l'idée que le Mécanisme européen de stabilité (MES) puisse prêter directement aux banques en difficulté, ce qui horrifie Berlin. Elle a aussi lancé l'idée d'un régulateur des banques, unique à l'Union. «Le Canada a eu tout un défi à faire la promotion d'une commission de valeurs mobilières unique et l'Europe pense qu'elle pourrait converger vers un régulateur bancaire paneuropéen. Bonne chance!», écrivaient non sans cynisme hier Derek Holt et Dov Zigler dans leur note matinale Daily Points.

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