Prendre une année sabbatique

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Partis un an en France, Bernard Brochu, Isabelle Bergeron et leurs... (Photo fournie par la famille Brochu)

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Photo fournie par la famille Brochu

Partis un an en France, Bernard Brochu, Isabelle Bergeron et leurs trois enfants en ont profité pour explorer le Vieux Continent, comme en fait foi cette photo prise dans les Pyrénées.

Annie Bourque

Collaboration spéciale

La Presse

À la veille des vacances, plusieurs employés rêvent de partir pour un long voyage et envisagent même de prendre une année sabbatique. Certains passeront plus rapidement à l'action en raison de leur conjoint qui accepte un poste à l'étranger.

C'est le cas de Bernard Brochu, directeur du Centre des arts populaires de Nicolet, qui a vécu un an à Sarlat, une ville au riche patrimoine historique d'environ 12 000 habitants située dans la région du Périgord Noir, en France. Durant l'année scolaire de 2011-2012, sa femme Isabelle Bergeron, une enseignante du primaire, a participé à un échange avec une collègue française.

«Nous avons échangé nos maisons et nos voitures. Durant un an, nous avons seulement déboursé pour nos frais de subsistance», raconte M. Brochu qui s'est occupé d'un grand jardin, mais aussi de ses trois enfants, Jeanne, Clovis et Hyacinthe, alors âgés respectivement de 10, 12 et 15 ans. Ces derniers ont dû s'adapter, parfois difficilement, au système scolaire français.

Là-bas, M. Brochu a tissé un précieux réseau de contacts, dont une amitié avec le dirigeant de l'Office de tourisme de Sarlat. «Je compte les utiliser pour développer un projet international entre la France et le Centre des arts populaires de Nicolet.»

Sur le plan personnel, cette expérience à l'étranger lui a été fort profitable. «J'ai développé la capacité d'être zen. Ça m'a permis de prendre du recul devant mon travail. J'ai constaté que l'organisme que j'ai fondé était capable de survivre un an sans moi. Ça replace l'égo à la bonne place.»

Des moments magiques

L'ancien président et fondateur de Jobboom, François Cartier, a ressenti lui aussi le besoin de décrocher en 2006. «J'avais envie de m'ouvrir l'esprit, de voir le monde», confie-t-il.

Alors âgé de 37 ans, M. Cartier quitte une entreprise, mais aussi des amis qu'il connaît intimement depuis 15 ans. Il a un deuil à faire. «Ce fut l'étape la plus difficile.»

Dans sa Westfalia, il a parcouru les routes du Mexique et du Costa Rica en compagnie de sa conjointe et de ses deux enfants qui avaient alors 3 et 9 ans.

«Ce fut une des bonnes décisions de ma vie. J'ai vécu des moments magiques avec mes enfants. Nous avons rencontré d'autres familles comme nous qui avaient elles aussi décroché de leur routine.»

La vente de son entreprise lui assure un coussin financier qui lui permet de voyager pendant sept mois. M. Cartier recommande l'expérience à tous ceux qui peuvent prendre un traitement différé, c'est-à-dire de bénéficier durant cinq ans de 80% de leur salaire. «Je ne peux pas concevoir que l'on soit contre l'idée de prendre une année sabbatique. Avant de partir, ça vaut la peine d'analyser les risques que l'on prend, sinon on va y penser tout au long du voyage.»

Un saut dans le vide

En 2010, Julie Phaneuf travaillait pour une multinationale du monde des communications. Elle décide de prendre un congé sans solde de 10 mois pour plonger littéralement dans le vide. Auparavant, elle loue sa résidence principale et sa résidence secondaire.

Au début de la quarantaine, elle part avec ses deux enfants, alors âgés de 8 et 11 ans, pour découvrir la Nouvelle-Zélande, l'Australie, l'Asie. Son mari viendra la rejoindre.

«Ça faisait partie de mon projet de vie de voir le monde. Je suis revenue pleine d'énergie. Je n'en retire que du positif», observe-t-elle.

Deux mois après leur retour, Julie et son conjoint ont retrouvé un emploi dans leur domaine respectif. En général, les employeurs voient d'un très bon oeil les candidats qui osent sortir de leur zone de confort, soutient Pierre Francq, directeur du Service de gestion de carrière à HEC Montréal. «Ça montre notre débrouillardise, notre capacité de relever des défis, de régler les imprévus», énumère Julie Phaneuf.

De leur côté, les jeunes étudiants développent leur capacité d'adaptation, leur autonomie et leur sens des responsabilités.

Avant de partir, il faut bien préparer son projet et déterminer ses objectifs.

«Il faut se demander : qu'est-ce que je vais développer à l'étranger ? Ces quelques mois doivent vous aider dans votre progression de carrière. Vais-je développer une nouvelle clientèle, faire l'apprentissage d'une langue?» explique Anne Bourhis, professeure titulaire au Service de l'enseignement de la gestion des ressources humaines à HEC Montréal. Idéalement, on devrait consentir à vous laisser partir pour une période de quelques mois ou même d'un an. Toutefois, c'est loin d'être une évidence en raison de la rareté de la main-d'oeuvre actuelle. «Ce ne sont pas tous les dirigeants qui le permettent, par crainte de créer un précédent. Pour notre part, les professeurs doivent présenter un dossier étoffé à l'employeur qui a un droit de regard sur le projet. Une année sabbatique, c'est un privilège qui se mérite », ajoute-t-elle.

Après plusieurs mois à l'extérieur, mieux vaut bien planifier son retour.

Il est important de faire le point avec son superviseur ou la direction des ressources humaines. «L'employeur doit vérifier si l'employé a besoin d'une formation. En un an, l'entreprise peut avoir réalisé plusieurs changements technologiques ou au sein de son organisation», affirme Mme Bourhis. Nathalie Martin, conseillère en orientation et présidente d'Enjeux Carrière, rencontre des gens qui vivent difficilement le retour au boulot après un séjour à l'étranger. «C'est normal d'avoir le blues, de vivre une certaine nostalgie et d'avoir un regard critique sur le fonctionnement de notre société », observe Mme Martin. «Durant une année sabbatique, les gens vivent d'autres expériences, et certains touchent à l'essence de leur âme; ils découvrent qui ils sont au juste.»

Loin des yeux, loin du coeur

En retrouvant leur ancien emploi, certains pourront vivre une déception. «On se coupe durant un an de notre milieu de travail. Il ne faut pas que l'employé pense qu'à son retour, il recevra nécessairement les mêmes dossiers. Pendant son absence, quelqu'un a fait son travail à sa place, et peut-être en mieux », dit Anne Bourhis. De plus, certaines promotions ou occasions échapperont peut-être à celui qui est parti six mois ou un an à l'étranger. «Une période d'adaptation est nécessaire de la part de l'employeur et de l'employé.» Annie Bourque

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