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Se réaliser au boulot: un luxe en temps de crise?
André Pichette, La Presse
Après avoir travaillé dans différents domaines, André Couturier a tenté de devenir chauffeur de camion, mais son profil l'a ramené vers la vente où, à sa grande surprise, il s'est redécouvert une passion : la vente d'automobiles d'occasion.

Martine Letarte, collaboration spéciale
La Presse
«Pas du tout!» s'exclame Paul Bernard, sociologue du travail et professeur à l'Université de Montréal.
«La crise économique ne viendra pas résoudre notre grand défi démographique au Québec qui fait en sorte que bientôt, nous nous retrouverons avec un manque de travailleurs et un surplus de gens à la retraite. D'où l'importance de s'assurer, en tant que société, de bien former les jeunes, de faire travailler les gens en âge de travailler et d'utiliser leurs compétences au maximum, pour augmenter leur motivation et leur productivité», explique-t-il.
D'ailleurs, à l'organisme Accès-Travail de Montréal, financé par Emploi-Québec, on ne conseille pas aux chercheurs d'emploi d'accepter n'importe quel travail parce qu'on est en crise économique.
«Ce n'est pas vrai qu'il faut nécessairement accepter un emploi dans lequel on ne se réalise pas. Il y a toujours de bons emplois malgré la crise, surtout dans le marché caché, et c'est ce que nous montrons aux participants», affirme Sofia Puspurs, conseillère à Accès-Travail de Montréal.
Élargir ses horizons
Toutefois, la crise économique peut vouloir dire accepter d'élargir ses horizons en matière de recherche d'emploi.
Ce fut le cas d'André Couturier. Longtemps dans le secteur de la vente (assurances, immobilier, etc.); il en avait assez et il a décidé de tout laisser tomber. Son nouvel objectif: conducteur de camion. «Je voulais arrêter de solliciter le monde, j'aimais conduire et j'avais toutes mes classes sur mon permis, alors je me suis dit que ce serait parfait pour moi.»
Pourtant, après avoir envoyé quelques dizaines de CV en quelques mois: toujours rien! Par le fruit du hasard, il a rencontré une employée d'une agence de placement qui, après une courte entrevue, lui a dit que son profil correspondait davantage au secteur de la vente.
«Au début, je ne voulais rien savoir, mais elle m'a dit que je pourrais aller du côté de la vente/service à la clientèle, où je n'aurais pas à aller solliciter les gens, comme dans la vente de véhicules.»
M. Couturier est donc allé cogner à la porte qu'une grande entreprise de vente de véhicules d'occasion. «En temps de crise, c'est là qu'il y a de bonnes affaires à faire plutôt que dans la vente de véhicules neufs. Ça a marché tout de suite et ça va super bien?! Je ne pensais jamais aimer un emploi comme ça!»
Lorsque les factures s'accumulent
André Couturier a donc été chanceux. Même si retourner à la vente n'était pas son premier choix, il a fini par y trouver un emploi satisfaisant où il peut se réaliser pleinement.
Il arrive toutefois que, pour différentes raisons, un chercheur d'emploi doive se résigner à accepter un emploi «en attendant», pour payer ses factures.
«C'est certain que ça arrive, lorsque la personne n'a pas le temps d'attendre de trouver son emploi idéal», affirme Mme Puspurs.
Elle pense par exemple à un participant d'un de ses ateliers qui a dû dernièrement accepter un poste au service à la clientèle alors qu'il souhaitait être agent à l'accueil et à l'information dans l'industrie du tourisme.
«Ça dépend de la situation personnelle de chacun plutôt que du fait qu'on soit en crise économique ou non. Mais un poste peut toujours être temporaire et la personne peut continuer à chercher l'emploi de ses rêves!» ajoute Mme Puspurs.
Enfin, Paul Bernard indique pour sa part que le fait de se réaliser au travail peut aussi être favorisé par différents facteurs extérieurs à la nature de la tâche. «Les jeunes doivent être bien intégrés dans leur milieu de travail, ils doivent pouvoir bien gagner leur vie, se bâtir une vie de couple, faire des enfants, avoir accès aux soins de santé dont ils ont besoin, etc. C'est important que l'employeur et la société donnent aux travailleurs les conditions nécessaires à la réalisation de ces autres aspects de leur vie qui influenceront nécessairement leur degré de satisfaction face à leur travail.»
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