Améliorer son employabilité grâce à la philosophie

Joëlle Tremblay marie la philosophie au monde des... (PHOTO ALAIN DION, LA VOIX DE L'EST)

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Joëlle Tremblay marie la philosophie au monde des affaires. Elle agit comme philosophe en résidence pour f.&co, société-conseil en stratégie, management et marketing, depuis novembre 2013.

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Marie Lambert-Chan

Collaboration spéciale

La Presse

Fréquenter Socrate, Kant et Heidegger aiguise la capacité d'analyse, améliore le discernement et apprend l'art de l'argumentation, des compétences qui ne se démodent jamais.

À l'issue de sa maîtrise en philosophie, Lily Pol Neveu, 31 ans, a consulté un conseiller en emploi pour connaître les débouchés qui s'offraient à elle, autres que l'enseignement et la recherche. «Il m'a posé plein de questions, se rappelle-t-elle. Avais-je collaboré à des projets? Avais-je travaillé en équipe? Chaque fois, ma réponse était non. Je suis sortie de là en pleurs, en me disant que ma formation en philo ne me servirait à rien. Mais j'avais tort de m'en faire.»

À peine sortie de l'université, Lily Pol Neveu a décroché un poste de conseillère aux affaires internationales et intergouvernementales à la Société d'habitation du Québec. Aujourd'hui conseillère en affaires internationales au ministère des Relations internationales, de la Francophonie et du Commerce extérieur, elle considère que les compétences acquises au cours de sa maîtrise lui servent au quotidien. «Ma capacité d'analyse, ma culture générale, mon esprit de synthèse, mon sens critique, mes habiletés à rédiger, à argumenter, à décortiquer des documents complexes, tout cela me vient de la philo», énumère la conseillère.

Comme quoi les philosophes ne sont pas les pelleteurs de nuages que plusieurs croient! «Les préjugés sont nombreux à leur endroit, reconnaît avec dépit Victor Thibaudeau, doyen de la faculté de philosophie de l'Université Laval. Mais le public et les employeurs doivent savoir que ce ne sont pas des gens flyés qui remettent toujours tout en question ou qui sont forcément des partisans de la gauche. Les philosophes sont terriblement ancrés dans la réalité et, grâce à leur formation, peuvent devenir de véritables catalyseurs au sein d'une équipe de travail.»

Contre la «philophobie»

Sachant qu'une image vaut mille mots, la faculté de philosophie a lancé l'automne dernier le site Web «Ensemble contre la philophobie» où des dizaines de philosophes sortent du placard. Parmi eux, des journalistes, des avocats, des auteurs, des urbanistes, des acupuncteurs, des consultants, des gestionnaires, des infirmiers, des travailleurs sociaux... On y retrouve plusieurs noms connus comme le chroniqueur et sociologue Mathieu Bock-Côté, la blogueuse et auteure Caroline Allard, l'auteur-compositeur-interprète Mononc'Serge, le vice-président de TC Média Philippe Lapointe et le comédien Alexis Martin. Tous y clament haut et fort que la philosophie a contribué d'une façon ou d'une autre à leur succès professionnel.

«C'est l'une des formations les plus complètes qui soit, mais cela passe un peu inaperçu en cette ère d'hyperspécialisation, estime le réputé professeur de philosophie Thomas De Koninck de l'Université Laval. Fréquenter et analyser les grands penseurs constitue un excellent entraînement intellectuel. La philosophie apprend par ailleurs le discernement et la capacité à repérer rapidement les fautes d'argumentation, des qualités essentielles pour quiconque veut assumer des responsabilités importantes.»

Malheureusement, ce ne sont pas tous les diplômés en philosophie qui osent insister sur la pertinence de leur cursus. «Beaucoup préfèrent taire leur formation de peur d'être étiquetés», remarque Victor Thibaudeau.

Faire son beurre de la philo

Joëlle Tremblay, 34 ans, n'a pas peur de dire qu'elle est philosophe. Mieux, elle tente de faire sortir la philo de «son enclave scolaire». Chroniqueuse philosophique pour différents médias, elle est actuellement la philosophe en résidence de f.&co, société-conseil en stratégie, management et marketing. «J'écris des billets de blogue où je marie la philosophie et le monde des affaires, explique Joëlle Tremblay, qui enseigne aussi au Cégep de Granby. Par exemple, j'expose comment on pourrait améliorer la gestion des ressources humaines grâce à la pensée calculante de Heidegger.» Récemment, l'un des associés lui a demandé de faire une présentation philosophique à un client pour aider ce dernier à régler un problème précis. «La prochaine étape consistera peut-être à faire de la formation philosophique en entreprise», espère Joëlle Tremblay.

Érick Beaulieu, conseiller en orientation, a lui aussi sorti la philosophie de son cadre académique habituel pour l'intégrer à sa pratique. «Ma formation en philo influe beaucoup plus mon travail que ce que j'ai pu apprendre en orientation, affirme l'homme de 45 ans. La démarche d'orientation que j'entreprends avec mes clients est inspirée de Socrate et de sa fameuse phrase «Connais-toi toi-même».»

Selon son expertise, la philosophie, sans être une panacée, s'avère un atout précieux dans diverses sphères d'activité, entre autres en gestion et en politique. «Nous vivons à une époque où on ne peut se permettre de s'enfoncer dans l'immobilisme, observe Érick Beaulieu. Nous avons besoin d'opérer des changements qui ne sont pas que cosmétiques. La philo confère l'ouverture d'esprit et la créativité nécessaires pour y arriver.»

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