Profession: chasseur de bogues

Bug Tracker a vu le jour en France... (Photo: Stéphane Champagne, collaboration spéciale)

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Photo: Stéphane Champagne, collaboration spéciale

Bug Tracker a vu le jour en France en 1998. Antoine Carre, déjà propriétaire d'une boîte en informatique, a fondé, pour le plaisir, une division spécialisée dans la recherche de bogues dans les jeux multimédias.

Le nom de Montréal est connu mondialement pour ce qui est de la création de jeux vidéo. Grâce à l'expertise qu'a acquise la PME Bug Tracker, l'art de détecter des bogues dans ces mêmes jeux est quelque chose pour lequel la métropole québécoise s'illustre désormais jusqu'en Chine. Et selon Antoine Carre, président et fondateur de l'entreprise, Bug Tracker est sur une lancée et compte s'installer à Tokyo d'ici à la fin de 2010.

«Tout le monde a les yeux tournés vers le marché asiatique. Les Chinois sont de très grands consommateurs de jeux vidéo en ligne. Notre objectif, en ouvrant un bureau et un laboratoire à Tokyo, est de nous rapprocher des sièges sociaux de plusieurs grands noms en Asie», explique Antoine Carre, de retour de Chine où il participait à une foire commerciale.

Bug Tracker est sans doute l'un des secrets les mieux gardés à Montréal, si ce n'est au Canada.

Cette entreprise, dont le siège social est situé dans une ancienne conserverie à deux pas du Stade olympique, est embauchée par les Ubisoft et autres Electronic Arts de ce monde afin de trouver les bogues ou toute autre faille qu'un de leurs jeux pourrait contenir.

Autrement dit, les 450 personnes que Bug Tracker fait travailler en période de pointe à Montréal, Paris et Chengdu (Chine) testent tout ce qui s'appelle jeux multimédias, qu'ils soient pour les consoles, les téléphones portables, voire les sites comme Facebook. L'entreprise gère de 200 à 400 projets en même temps.

La PME mène des tests de fonctionnalité sur des jeux sur le point d'être commercialisés. Elle a également acquis une expertise dans la pré-certification, c'est-à-dire qu'elle voit à ce que tout baigne avant qu'un prototype de jeu soit présenté à Nintendo, Sony ou Microsoft. Depuis l'acquisition en 2009 de la PME montréalaise Monde Média, Bug Tracker fait de plus en plus de traduction de contenu et voit à l'adaptation culturelle des jeux.

Bug Tracker a vu le jour en France en 1998. Antoine Carre, 48 ans, était déjà propriétaire d'une boîte en informatique. Il a fondé, pour le plaisir, une division spécialisée dans la recherche de bogues dans les jeux multimédias. Ce fou de jeux vidéo et de gadgets électroniques s'est illico découvert une nouvelle passion. Il a tout vendu pour se consacrer uniquement à la chasse aux bogues.

«Mon premier contrat a été une entente de 16 heures pour tester un jeu. Cette année, nous avons signé des ententes qui équivalent à quelque chose entre 30 000 et 40 000 heures de tests», s'enorgueillit ce Français d'origine qui a fait du Québec sa terre d'accueil.

En 2002, Antoine Carre a déménagé ses pénates dans la Belle Province en y établissant du coup le siège social de son entreprise. Un choix qu'il ne regrette pas du tout. «De 2000 à 2010, les emplois dans l'industrie du jeu vidéo à Montréal sont passés de 800 à 9000. Il y a ici un talent fou. Les gens de Toronto et de Vancouver essaient de copier le modèle de Montréal», dit l'homme d'affaires.

Croissance

Bug Tracker a connu une croissance ininterrompue de 2002 à 2008. Son chiffre d'affaires oscille actuellement entre 5 et 10 millions. En 2009, la PME a fait du surplace, principalement à cause de la récession, mais aussi de l'arrivée d'une nouvelle tendance: le piratage.

L'industrie du jeu vidéo, dit Antoine Carre, est plus que jamais aux prises avec ce phénomène qui a lourdement touché l'industrie de la musique, dont les ventes de CD ont dramatiquement chuté avec l'avènement des téléchargements illégaux sur le Net.

Qu'à cela ne tienne, Antoine Carre a confiance en l'avenir. Il affirme réinvestir 100% de ses bénéfices dans Bug Tracker. «C'est ma façon de dire à mes gens que je suis derrière eux, que je me mouille autant qu'eux», dit-il.

Outre le fait que sa PME soit connue en Amérique du Nord, en Europe et de plus en plus sur le continent asiatique, Antoine Carre est extrêmement fier d'avoir aidé à faire reconnaître le métier de testeur de jeux vidéo. Mais ce qui semble réellement le griser est le fait d'avoir mis sur pied un programme de formation pour aider les jeunes décrocheurs (près de 70 depuis deux ans) à réintégrer le marché du travail.

Et à l'en croire, le métier de testeur de jeu peut mener très loin. «Il y en a qui se sont trouvé du boulot chez Ubisoft. Et la grande majorité des gens qui occupent des postes de direction à Bug Tracker étaient à l'origine des testeurs de jeux», affirme Antoine Carre.

Devenir le plus important joueur dans son secteur d'activité - en matière de chiffre d'affaires et de salariés - ne fait pas partie des desseins du président de la PME montréalaise. «Je veux que nous soyons les premiers en matière de qualité, que nous devenions la référence, que les gens se tournent vers nous à Montréal», dit Antoine Carre.

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