La vie à l'envers

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Sébastien Leroux, directeur exécutif des services de protection... (PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE)

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Sébastien Leroux, directeur exécutif des services de protection au Québec chez Garda World, souhaite défaire le cliché de «l'agent à la casquette faisant une sieste les pieds sur le bureau» pendant ses quarts de nuit. «Les agents font des rondes avec poinçons. Ils ont une longue liste de tâches à accomplir», assure-t-il.

Mélissa Proulx

Collaboration spéciale

La Presse

Ils sont policiers, infirmiers, gardiens de sécurité, machinistes et ils vivent à l'envers du monde. Les travailleurs de nuit doivent composer avec les nombreux effets du dérèglement de leur rythme biologique. Partout, des employeurs prennent des moyens pour leur assurer plus de confort et de sécurité.

Le lieu s'apparente au centre de commandement et de traitement de l'information du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), en plus petit. Devant leurs écrans, les répartiteurs du Groupe de sécurité Garda World assurent le déploiement des agents, de jour comme de nuit. «Les employés de jour ont plus d'ancienneté. Il y a tout de même des employés qui choisissent le travail de nuit parce qu'il est moins stressant. Notre principale difficulté, c'est le recrutement des jeunes», constate Sébastien Leroux, directeur exécutif des services de protection au Québec chez Garda World.

«La nuit, il y a moins de stimuli sonores, moins d'interférences, observe Denis Beauchesne, coordonnateur d'activités au CSSS du Lac-des-Deux-Montagnes. Les échanges sont plus fréquents et cordiaux. Réduit en nombre, le personnel fait preuve d'une grande solidarité pour maintenir la qualité de services», assure M. Beauchesne, qui agit comme seul gestionnaire en place la nuit à l'Hôpital de Saint-Eustache.

«Évidemment, le facteur fatigue est présent. Malgré un sommeil réparateur, on ressent toujours une pesanteur lorsque la nuit se termine», ajoute-t-il.

L'horloge désynchronisée

Selon Marie Dumont, codirectrice du Laboratoire de chronobiologie de l'hôpital du Sacré-Coeur, le travail de nuit est néfaste pour la santé.

«Nous sommes des êtres diurnes. L'horaire de nuit cause une désynchronisation interne. L'horloge biologique tente de s'ajuster, mais elle n'y arrive pas complètement. Les premiers problèmes touchent le sommeil et la vigilance», affirme la professeure de psychiatrie à l'Université de Montréal.

Seuls 10 à 12% des travailleurs de nuit arrivent à s'adapter. «À court terme, le travail de nuit cause des problèmes de digestion et de poids. À long terme, il augmente les risques de troubles cardiovasculaires et de cancer», constate Mme Dumont.

En poste depuis sept ans, Denis Beauchesne convient que le travail de nuit nécessite l'adoption de saines habitudes de vie. «Il faut mettre les chances de notre côté: bien dormir, faire de l'exercice et avoir une bonne alimentation», soutient-il.

La routine à la rescousse

Chez Garda, les quelque 4000 employés de nuit doivent se rapporter toutes les heures par mesure sécuritaire. «Les agents sont parfois seuls sur des chantiers ou des sites industriels. Si nous sommes sans nouvelles d'un employé, un patrouilleur se rendra sur place», explique M. Leroux.

Quant à leur vigilance, le directeur exécutif souhaite défaire le cliché de «l'agent à la casquette faisant une sieste les pieds sur le bureau». «Les agents font des rondes avec poinçons. Ils ont une longue liste de tâches à accomplir», assure-t-il.

À l'Hôpital de Saint-Eustache, le personnel de nuit bénéficie de 2 pauses, en plus de 45 minutes de repas. «Pour eux, la routine est importante. Ils sont en mode économie d'énergie et font souvent les mêmes actions aux mêmes heures. La plupart accolent leurs pauses et vont dormir. Des lits sont disponibles à cette fin», mentionne M. Leroux, qui peut joindre sa supérieure en renfort à tout moment.

Faciliter le travail de nuit 

Des quarts de travail plus courts, des congés et une bonne prédictibilité de l'horaire, voilà l'essentiel des recommandations qu'émet Mme Dumont à l'égard des employeurs: «Leur mode de vie est difficile. Les horaires devraient être fournis à l'avance afin que le travailleur se prépare. Les affectations tardives augmentent le niveau de stress, de fatigue et d'isolement social.»

Les temps de repos sont essentiels, rappelle-t-elle: «Il n'y a pas de nombre d'heures idéal. Tout dépend du type d'emploi, qui diffère beaucoup de l'agent de sécurité à l'infirmière aux urgences. Il faut rencontrer ses employés, aborder les difficultés rencontrées et trouver des solutions.»

Quant au service de garde offert aux employés, Mme Dumont est plus nuancée. «Ce service entraînera-t-il une hausse d'emplois de nuit? En raison du coût social et de santé, le travail de nuit devrait être réservé aux services essentiels», conclut Mme Dumont.

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