Retourner au travail en plein deuil

Johanne de Montigny est psychologue experte dans le... (Photo fournie par Johanne De Montigny)

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Photo fournie par Johanne De Montigny

Johanne de Montigny est psychologue experte dans le domaine du deuil.

Samuel Larochelle
La Presse

Après la mort d'un être cher, certaines personnes s'absentent du travail pendant une semaine, d'autres ont besoin de plusieurs mois. Selon Johanne de Montigny, psychologue experte en deuil, retrouver son environnement professionnel peut aider à reprendre le fil de sa vie.

«Le deuil frappe souvent très fort dans la vie privée et les endeuillés doivent affronter des rappels de leur perte en rentrant à la maison, explique-t-elle. Mais lorsqu'ils retournent au travail, c'est un peu comme s'ils mettaient leur deuil entre parenthèses pendant quelques heures. C'est un répit qui peut être très sain. Plusieurs trouvent la force de se lever le matin et de se sentir normaux grâce à leur travail.»

Au Québec, dans le cas du deuil de son conjoint, de son enfant, de son père, de sa mère, de son frère ou de sa soeur, un salarié peut s'absenter cinq jours, dont un avec salaire. S'il s'agit plutôt du suicide d'un conjoint ou d'un enfant, il a droit à un congé sans salaire allant jusqu'à 52 semaines. Au-delà des mesures prescrites par la loi, plusieurs motivations peuvent influencer la décision de l'endeuillé: pression du patron, sentiment d'obligation, besoin d'argent.

Dans plusieurs cas, le défi est de cibler le bon moment pour reprendre son travail. «Il y a toujours un risque de retourner trop vite, note la psychologue. Mais si on n'essaie pas, on ne pourra jamais mesurer ses capacités. Selon la souplesse de son employeur, un retour progressif peut être préférable. Par exemple, la personne commence par travailler seulement les matins pendant une semaine. Ensuite, trois jours, quatre jours et finalement, cinq jours.»

Les endeuillés qui reprennent leurs activités graduellement arrivent généralement à mieux composer avec une fatigue extrême. «L'inquiétude face à la mort imminente d'un proche ou l'accompagnement d'une personne en phase terminale demande énormément d'énergie. Une mort soudaine peut également s'attaquer aux forces de l'être et provoquer une lassitude morale et physique.»

Le soutien en milieu de travail

Afin d'épauler les endeuillés, Johanne de Montigny suggère aux patrons et aux collègues de nommer un porte-parole. «C'est plus simple si une personne offre les condoléances au nom de tous. Celle-ci peut aussi demander à la personne en deuil comment ses collègues peuvent l'aider. S'il faut éviter de la surcharger de travail ou de lui parler de ce qu'elle vit.

Si l'employeur laisse ça en plan en espérant que tout le monde se débrouille, il y a possibilité de ratage, ajoute-t-elle. Une simple carte remplie de mots bienveillants peut donner le sentiment à l'endeuillé qu'on le soutient sans l'envahir.»

La spécialiste du deuil rappelle aussi qu'il est normal de manquer de souffle et d'efficacité en retournant au travail. «Si je vivais un deuil avec beaucoup de chagrin, je n'hésiterais pas à exposer ce que je vis. Je dirais à mes collègues qu'ils vont sûrement me voir avec des larmes aux yeux à l'occasion, mais que ça ne m'empêchera pas de faire de mon mieux. La tristesse et la vulnérabilité sont des réactions normales. Les patrons et les collègues doivent être indulgents.»

Si un réseau social solide aide à soutenir les endeuillés, un psychologue peut également être d'un grand soutien. «En voyant leur appétit et leur sommeil perturbés en période de deuil, les gens ont souvent peur que ça se prolonge. Les psychologues peuvent les informer pour qu'ils sachent à quoi s'attendre. Ne serait-ce qu'en les rencontrant quelques fois pour voir jusqu'où ils ont été brisés et savoir comment ils peuvent se réparer.»

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