La forêt québécoise en manque d'ingénieurs

Francine Bernier est ingénieur forestier à Lac-Mégantic. Elle... (Photo fournie par ProForêt Consultants)

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Francine Bernier est ingénieur forestier à Lac-Mégantic. Elle remarque qu'en plus d'être peu nombreux, les nouveaux ingénieurs ne sont pas portés à travailler dans les régions éloignées.

Caroline Rodgers, collaboration spéciale
La Presse

Les ingénieurs forestiers sont de plus en plus difficiles à recruter au Québec, et la pénurie empirera d'ici cinq ans. Si bien que l'Ordre des ingénieurs forestiers du Québec prépare présentement une campagne publicitaire télévisée qui sera diffusée cet automne pour encourager les jeunes à choisir ce métier.

En 2011, on dénombrait 1800 ingénieurs forestiers actifs au Québec. Ce nombre représente 5% de moins qu'en 2002, année qui a marqué le début de la décroissance des membres de l'Ordre.

Alors que le nouveau régime forestier du Québec entrait en vigueur la semaine dernière, la profession compte présentement deux fois plus de départs à la retraite que de diplômés. Si la tendance n'est pas renversée, on comptera trois fois plus de départs que d'entrées dans la profession en 2020, selon François-Hugues Bernier, directeur des communications et de la foresterie de l'Ordre.

Francine Bernier, ingénieur forestier depuis dix ans et fondatrice de la firme ProForêt Consultants, située à Lac-Mégantic, éprouve énormément de difficulté à recruter des ingénieurs.

«C'est encore plus difficile de les amener ici, en région, dit-elle. Les diplômés se placent pratiquement tous dans leur région d'origine ou à Québec. Maintenant, il y a des ingénieurs forestiers dans toutes les MRC. Même si des emplois se sont perdus dans les pâtes et papiers, d'autres sont apparus. Quand on veut embaucher un ingénieur, il faut planifier pratiquement six mois à l'avance, et même plus.»

Salaire moyen: 78 000$

Les conditions de travail ne sont certes pas en cause: un ingénieur forestier gagne en moyenne 78 000$ par an.

Malgré cette rémunération alléchante, trop peu d'étudiants fréquentent les trois programmes en foresterie du Québec donnés à l'Université Laval. Présentement, une trentaine d'étudiants sont inscrits en aménagement et environnement forestier, une dizaine en opérations forestières et une quinzaine en génie du bois, indique Robert Beauregard, doyen de la faculté de foresterie, de géographie et de géomatique de l'Université Laval. En quinze ans, les inscriptions ont baissé de 60%.

Selon M. Beauregard, l'apparition d'une foule de nouveaux programmes universitaires dans le domaine de l'environnement pourrait expliquer cette désaffection.

Sans compter que l'industrie forestière a eu mauvaise presse auprès des candidats potentiels ces dernières années.

«La crise forestière que l'on vit depuis cinq à sept ans qui tarde à se terminer a causé des fermetures d'usines de pâtes et papiers ou de sciage, ce qui donne à croire aux jeunes qu'il n'y a pas de débouchés dans ce domaine. D'autre part, divers événements ont causé du tort à la réputation environnementale de l'industrie, comme le film L'Erreur boréale, en 1999. Les jeunes sont davantage attirés par la protection de l'environnement que par sa gestion», dit Denis Villeneuve, président de l'Ordre.

Or, malgré la crise forestière, le taux de chômage des ingénieurs forestiers est passé de 4% en 2002 à 1,4% en 2012.

«Même s'il y a eu plusieurs fermetures d'usines, il en reste beaucoup en opération, et il y a une diversification d'employeurs. Il y a un peu moins d'ingénieurs forestiers qui travaillent dans l'industrie, mais on voit d'autres acteurs qui les embauchent maintenant, comme les Conseils régionaux des élus, les organismes de gestion de la faune, les ZEC et les pourvoiries, les associations de chasseurs et les organisations environnementales», dit Robert Beauregard.

D'autre part, le travail d'ingénieur forestier a beaucoup évolué au cours des dernières années.

«Ils continuent de faire une partie de leurs tâches traditionnelles, comme la planification des opérations forestières, la délimitation des aires de coupe, le calcul de la possibilité annuelle de volume de bois à récolter, dit M. Beauregard. Mais de nouvelles fonctions se sont ajoutées à cela, comme la gestion des bassins hydrographiques, la gestion du carbone, l'aménagement d'habitats fauniques. Le métier s'est beaucoup diversifié.»

Pour mieux montrer cette nouvelle diversité du métier d'ingénieur forestier en 2013, l'Ordre lançait l'automne dernier des capsules vidéo. On peut les visionner au www.oifq.com.

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