Historien en jeux vidéo

Maxime Durand...

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Maxime Durand

Emilie Laperrière, collaboration spéciale
La Presse

(Montréal) Que fait un boutefeu? À quoi ressemble le quotidien d'un animalier ou d'un détective privé? Pour le savoir, La Presse les a rencontrés pour vous. Regard sur des métiers inusités, rares ou méconnus.

L'histoire est une science rigoureuse, même lorsqu'elle est appliquée aux jeux vidéo. Pour s'assurer que les détails sont exacts et éviter le plus possible les anachronismes, l'équipe d'Ubisoft a fait appel à un historien classique, Maxime Durand.

En 2010, le tout nouveau bachelier en histoire de l'Université de Montréal a reçu l'offre d'emploi d'Ubisoft. «J'ai appelé tout de suite! Mes deux frères travaillaient déjà pour la boîte [comme artiste et programmeur], et je me suis toujours dit qu'on serait le trio parfait pour faire un jeu», raconte en souriant Maxime Durand.

Il a été embauché pour un contrat de trois mois comme historien-recherchiste pour le jeu Assassin's Creed III(ACIII). Le contrat s'est transformé en mandat de six mois et de neuf mois, puis Maxime Durand a finalement décroché un emploi à temps plein.

Le jeu est sorti l'an dernier et il planche maintenant sur de nouveaux projets, qu'il préfère garder secrets pour l'instant. «On me tient occupé, c'est tout ce que je peux dire.»

Que fait donc un historien dans le grand studio de jeu à aires ouvertes? «Mon rôle est non seulement d'expliquer la période historique, mais aussi de donner des idées pour l'intégrer au jeu», dit-il.

De la recherche pointue

Chaque matin (et pas toujours à 8h, au grand bonheur de l'historien), des demandes attendent Maxime Durand sur son bureau. Quelle texture avait tel drapeau? À quoi ressemblait un quai à l'époque? Ce genre de questions fait partie de son lot quotidien.

Maxime Durand conseille notamment l'équipe sur l'architecture, les costumes, les armes, la nature ou les textures. «J'aide aussi pour les dialogues. Pour ACIII, j'avais entre autres déniché un livre sur les jurons et les insultes du XVIIIe siècle», illustre-t-il.

L'historien de 26 ans fouille les archives, les actes de décès, mais aussi les livres et les photographies pour trouver des réponses à ces interrogations. Certaines recherches ne prennent que quelques minutes, mais d'autres s'échelonnent sur des semaines. Il fait également appel à d'autres experts en histoire et aux musées.

«Parfois, je peux passer deux heures à regarder un film aussi! C'est du boulot hyper sérieux appliqué de façon divertissante.» Il ne travaille pas à la légère pour autant, puisque les semaines de 70 heures ne lui sont pas inconnues.

De la conception au marketing

Une fois la conception d'un jeu terminée, l'historien doit aussi vérifier et approuver chaque élément. Même si c'est une question de compromis et de diplomatie, il reste intraitable sur certains points. Il a refusé que des gouttières apparaissent dans les villes d'ACIII.

«Je travaille aussi avec l'équipe de marketing, pour déterminer les aspects qui devraient être présentés aux différents marchés. Notre approche n'est pas la même aux États-Unis ou en Europe», explique Maxime Durand.

La Deuxième Guerre mondiale a été très représentée dans les jeux vidéo. Maxime Durand, lui, aimerait plutôt se pencher sur l'époque de l'Égypte ancienne. «Je ne suis pas spécialisé là-dedans, mais je trouverais cela génial.»

Malgré le succès d'ACIII, quelques professeurs d'histoire restent mitigés par rapport au travail de Maxime Durand. «C'est sûr qu'on est loin du livre d'histoire. Certains ne comprennent pas, mais la plupart des réactions sont positives.» Après tout, l'objectif d'un jeu, c'est avant tout de divertir.

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