Mon métier: musicothérapeute

Guylaine Vaillancourt... (PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE)

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PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE

Guylaine Vaillancourt

Emilie Laperrière, collaboration spéciale
La Presse

Que fait un boutefeu? À quoi ressemble le quotidien d'un animalier ou d'un détective privé? Pour le savoir, La Presse les a rencontrés pour vous. Regard sur des métiers inusités, rares ou méconnus.

Si Mozart n'a pas le don de guérir les cancéreux, la musicothérapie peut néanmoins leur permettre de soulager leur douleur ou d'exprimer leurs émotions. Guylaine Vaillancourt s'applique depuis 20 ans à mettre un baume sur la souffrance des patients, avec la musique.

Mme Vaillancourt a choisi ce métier parce qu'il lui donne l'occasion de jumeler ses deux passions: la musique (évidemment) et la relation d'aide.

En 1993, fraîchement diplômée de New York, elle a commencé sa carrière dans les hôpitaux de la Grosse Pomme, en intervenant auprès des sidéens et des tuberculeux.

Deux ans plus tard, elle est rentrée au Québec. «J'ai travaillé en milieu hospitalier, principalement en soins palliatifs, mais aussi en santé mentale et en oncologie», explique-t-elle. Depuis 2009, elle enseigne à l'Université Concordia, le seul établissement au Québec qui offre le programme de musicothérapie.

En plus de ses tâches de professeure, elle s'implique dans la communauté - elle a notamment été présidente de l'Association de musicothérapie du Canada - et elle continue de donner des séances de musicothérapie.

Des séances personnalisées

Chant, improvisation musicale, écoute de musique liée au passé du patient, en groupe ou en solo: les séances de musicothérapie varient grandement d'un cas à l'autre.

Guylaine Vaillancourt raconte par exemple qu'un patient avait demandé à ce que ses poèmes soient transformés en chansons. Aucun doute, l'adaptation est de mise dans le métier.

«Je rencontre d'abord le patient. Il y a une évaluation médicale, mais aussi une évaluation «musicale». Je veux par exemple savoir la relation que la personne a avec la musique, les instruments qu'elle préfère, ses chansons et ses chanteurs fétiches», explique-t-elle.

Elle bâtit ensuite un plan d'intervention en fonction de ses observations. «Quelqu'un peut adorer la musique country et un autre, la musique classique. On essaie de trouver ce qui sera le plus efficace pour diminuer l'anxiété du patient, sa douleur ou son inconfort», dit-elle. Un suivi est fait chaque semaine.

«Le plus grand défi, c'est d'expliquer notre métier aux autres professionnels», souligne Guylaine Vaillancourt. Si on me voit chanter pour un patient en passant dans le couloir de l'hôpital, on peut croire à tort que je fais de l'animation. Il y a un cadre, une démarche derrière la musicothérapie.»

Un bon musicothérapeute est un donc solide musicien, mais il est également doté d'empathie et de sensibilité.

S'exprimer en musique

Mme Vaillancourt, qui joue du piano et de la flûte, avoue avoir un faible pour Bach et la chanson française. «Peu importe mes préférences, il faut laisser place à la créativité. Mon rôle est de permettre au patient de s'exprimer, de s'épanouir, quel que soit son état.»

Elle se rappelle avec bonheur l'une de ses premières satisfactions. «J'ai travaillé avec un enfant qui avait des problèmes de langage. Tranquillement, j'ai inséré des phrases sur lui dans nos chansons. Il a commencé à parler et les autres enfants l'ont intégré. En cinq mois, le progrès a été incroyable», raconte-t-elle.

Elle est aussi fière d'avoir participé au projet «Le droit des enfants à la musique», pour lequel l'Université Concordia a visité 12 écoles afin de filmer les meilleures pratiques en musicothérapie.

Son seul regret est de ne pas pouvoir servir plus de patients. S'il n'en tenait qu'à Guylaine Vaillancourt, chaque école, chaque hôpital et chaque centre d'hébergement et de soins de longue durée auraient leur musicothérapeute.

Il y a donc du pain sur la planche.

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