Vers des besoins criants dans le camionnage

Martine Letarte, collaboration spéciale
La Presse

(Montréal) Décroissance de l'emploi et besoin de travailleurs: c'est ce qu'on retient du dernier diagnostic de la main-d'oeuvre dans le secteur du transport routier de marchandises au Québec fait par le Comité sectoriel de main-d'oeuvre de l'industrie du transport routier au Québec (CAMO-route).

N'est-ce pas un peu paradoxal?

«La décroissance de l'emploi est due à la situation économique difficile, mais là, on sent la reprise dans l'industrie, explique Mario Sabourin, directeur général du CAMO-route. D'ici trois ans, on aura un bon manque de main-d'oeuvre.»

Les besoins sont particulièrement importants pour les postes de chauffeurs. D'ailleurs, d'après Emploi-Québec, c'est un métier parmi les plus demandés actuellement dans l'ensemble de la province.

«Le diagnostic précise qu'il y aura 1115 postes de conducteurs de camion de classe 1 à combler d'ici trois ans, indique M. Sabourin. Il faut y ajouter les départs à la retraite et les autres secteurs qui viennent recruter des chauffeurs de l'industrie du transport routier de marchandises, comme les mines avec le Plan Nord, le transport nolisé et les villes.»

De plus, le recrutement de jeunes pour pourvoir ces postes est ralenti par deux réalités.

«Lorsqu'un jeune a son permis de conduire probatoire de classe 5 [automobiles], il doit avoir trois ans d'expérience de conduite automobile avant de pouvoir obtenir son permis de classe 1 [véhicules lourds]», affirme Chloé St-Amand, agente de communications au CAMO-route.

Se pose ensuite le défi des assurances.

«Les compagnies d'assurances veulent couvrir les chauffeurs à partir de 25 ans seulement, sinon, l'assurance est très chère», ajoute-t-elle.

«À 25 ans, plusieurs ont trouvé un bon emploi ailleurs, il est donc difficile d'aller les chercher, constate pour sa part Mario Sabourin. Nous envisageons différents projets avec le gouvernement pour corriger cette situation.»

Ça chauffe ailleurs aussi

Les besoins de candidats se font aussi sentir dans les autres types d'emplois du secteur.

«Il y aura près de 300 postes de manutentionnaires à pourvoir, plus de 250 postes de mécaniciens et encore une fois, c'est sans compter les départs à la retraite et l'impact du Plan Nord», affirme M. Sabourin.

Les répartiteurs sont également très demandés.

«On parle de 70 postes à pourvoir et il n'y a pas de relève, déplore-t-il. Souvent, la formation est annulée parce qu'il n'y a pas suffisamment de participants.

L'INDUSTRIE DU CAMIONNAGE EN CHIFFRES

>Travailleurs dans le secteur du transport routier de marchandises: 62 521.

>Les métiers de conduite regroupent 72% d'entre eux.

>Le reste est composé de directeurs, de superviseurs, de courtiers, de répartiteurs, de mécaniciens, de personnel administratif, etc.

>La moyenne d'âge de la main-d'oeuvre est d'environ 40 ans.

>Les femmes représentent moins de 5% de la main-d'oeuvre en conduite et en mécanique, mais près de 40% en logistique et 57% en administration.

>Nombre d'emplois perdus de 2005 à 2009: 2349.

>90% des employés travaillent à l'année et à temps plein.

>Dans 10% des entreprises, les conducteurs, les répartiteurs et les mécaniciens sont syndiqués.

>Les emplois sont concentrés en Montérégie (21%), à Montréal (15%), ainsi que dans les régions de Chaudière-Appalaches (7%) et de la Capitale-Nationale (7%).

Source: Diagnostic de la main-d'oeuvre dans le secteur du transport routier de marchandises au Québec - Comité sectoriel de main-d'oeuvre de l'industrie du transport routier au Québec (CAMO-route)

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