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Sortir du placard au travail: les femmes plus réticentes

«Aujourd'hui, c'est l'employé qui choisit son employeur. Créer... (Photo François Roy, archives La Presse)

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Photo François Roy, archives La Presse

«Aujourd'hui, c'est l'employé qui choisit son employeur. Créer un bon climat de travail permet d'avoir un meilleur taux de rétention et d'attirer des talents», explique Martine Roy, administratrice de Fierté au travail.

Nathalie Côté, collaboration spéciale
La Presse

Les mentalités ont évolué, mais il demeure délicat pour une personne homosexuelle de sortir du placard au bureau. Plusieurs craignent encore un impact négatif sur leur carrière, surtout les femmes.

«Je ne sais pas si c'est parce que les filles aiment les vêtements, mais elles ont de la difficulté à sortir du placard au travail», lance avec humour Martine Roy, administratrice de Fierté au travail.

Les femmes hésitent plus que les hommes à dévoiler leur orientation sexuelle au boulot. Elles la cachent encore davantage aux personnes avec lesquelles elles ont un rapport hiérarchique, constate Line Chamberland, professeure au département de sexologie de l'UQAM. «Pourtant, la majorité des participantes à notre étude ne faisaient pas de cachette quant à leur orientation sexuelle avec leur famille et leurs amis», note-t-elle.

Elles craindraient une double discrimination, soit en tant que femmes et lesbiennes. Plus nombreuses que les hommes à travailler avec des clientèles vulnérables, comme infirmière ou enseignante par exemple, elles redoutent la perception de celles-ci. «C'est une clientèle avec laquelle il peut y avoir une proximité physique. C'est une question sensible, car il peut toujours y avoir une mauvaise interprétation des situations», observe Mme Chamberland. D'autres peuvent s'en servir comme prétexte pour nuire à la travailleuse.

Homophobie diffuse

Ses recherches ont montré que les comportements homophobes directs ou violents sont rares. L'époque où l'on était congédié de l'armée pour homosexualité, comme Martine Roy l'a vécu elle-même, est révolue.

Par contre, les blagues péjoratives, les stéréotypes, les imitations caricaturales et les commentaires négatifs envers les homosexuels en général demeurent. Environ 17% des 399 lesbiennes interrogées par Mme Chamberland en ont été témoins.

«Les gens ont trouvé des façons plus subtiles de discriminer, constate Steve Foster, président-directeur général du Conseil québécois des gais et lesbiennes. C'est parfois difficile de démontrer l'homophobie en milieu de travail. Pour les victimes, la meilleure solution est souvent d'agir sur la base du harcèlement psychologique. C'est plus facile à prouver.»

Les plaintes de discrimination au travail basée sur l'orientation sexuelle sont d'ailleurs assez rares. La Commission des droits de la personne en a reçu seulement sept en 2011-2012.

Pour échapper aux commentaires désobligeants et à la discrimination, les homosexuels, hommes et femmes, utilisent de nombreuses stratégies. «C'est toutefois rare de nos jours que des gens s'inventent une personnalité hétérosexuelle», note Mme Chamberland.

Des comités en milieu de travail

L'homophobie est moins présente qu'avant, mais il reste du travail à faire, selon M. Foster. «Les grandes entreprises ont de plus en plus de politiques de gestion de la diversité. Elles créent ainsi des milieux de vie intéressants pour leur personnel. Mais ça ne veut pas dire que tout est rose. Il reste de la discrimination, même dans certains milieux jugés plus ouverts.»

Par ailleurs, plusieurs organisations commencent à s'afficher comme étant ouvertes à la différence. En 2008, huit sociétés ayant des regroupements pour les employés gais, lesbiennes et transgenres ont fondé l'organisme pancanadien Fierté au travail. Aujourd'hui, 44 entreprises en font partie. Le but est d'offrir des ressources aux employés homosexuels, mais aussi de sensibiliser leurs collègues. «Aujourd'hui, c'est l'employé qui choisit son employeur, indique Mme Roy, employée d'IBM et représentante du Québec au sein de l'organisme. Créer un bon climat de travail permet d'avoir un meilleur taux de rétention et d'attirer des talents.»

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