Faut-il rémunérer les stagiaires?

Sarah Thibodeau...

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Sarah Thibodeau

Nathalie Côté, collaboration spéciale
La Presse

(Montréal) Le débat sur les droits de scolarité a mis à l'avant-scène de l'actualité la situation financière des étudiants. Certains peinent à boucler leur budget, mais plusieurs d'entre eux doivent se contenter de stages non rémunérés pendant leur formation universitaire ou collégiale, voire hors du cadre de leurs études, pour acquérir un peu d'expérience.

«C'est très différent d'une faculté à l'autre, explique André Raymond, directeur du service de placement de l'Université Laval. Certaines exigent que le stage soit rémunéré, d'autres non. Ça dépend aussi du marché de l'emploi. Dans un secteur où il y a plus de concurrence entre les finissants et moins d'offres d'emploi, les départements acceptent davantage de stages non rémunérés, sinon ils risquent de se retrouver sans stages.» Inversement, les secteurs souffrant d'une pénurie de main-d'oeuvre payeront volontiers leurs stagiaires.

La Loi sur les normes du travail permet de ne pas payer une personne si elle effectue un stage dans le cadre d'un programme reconnu par le ministère de l'Éducation.

Néanmoins, l'Ordre des conseillers en ressources humaines agréés (CRHA) a adopté une politique qui encourage les entreprises à rémunérer leurs stagiaires en fonction du niveau de scolarité atteint.

«Dans un contexte où il est difficile de trouver de la main-d'oeuvre et où c'est important pour les employeurs d'avoir une belle image de marque, c'est un plus, croit Sarah Thibodeau, directrice de la qualité de la pratique à l'Ordre des CRHA. Ne pas le rémunérer peut aussi faire en sorte que le jeune conserve en plus un emploi à temps partiel afin de payer ses dépenses. Il risque alors d'être surchargé et d'être moins performant.»

Cela dit, elle rappelle qu'un stagiaire n'est pas un employé, mais une personne en formation. Il faut donc prévoir davantage d'encadrement.

Faire sa marque à tout prix

Avides d'acquérir de l'expérience, certains jeunes n'hésitent pas à offrir bénévolement leurs services aux employeurs ou à accepter des stages non rémunérés, même à l'extérieur du cadre de leurs études.

Lorsqu'il était étudiant en journalisme, il y a quelques années, Vincent Guilbault n'a pas hésité à frapper à la porte du journal local afin d'y écrire gratuitement. Pendant plusieurs mois, il a rédigé des articles sans être payé.

«Dans mon cours, on nous disait que nous devions écrire si nous voulions décrocher un emploi un jour. J'ai senti que c'était un passage obligé. Je le voyais comme une expérience qui allait m'ouvrir des portes. Je ne le regrette pas du tout», assure-t-il. D'ailleurs, sa détermination n'est pas passée inaperçue et il a été embauché par la suite.

«Dans certains secteurs où il y a abondance de main-d'oeuvre, ceux qui vont donner du temps partent avec une longueur d'avance, croit M. Raymond. Les étudiants ne sont pas obligés. Mais une personne qui le fait et qui est performante sera payée rapidement, parce que l'entreprise va vouloir la garder.»

Il reste que selon la Loi sur les normes du travail, une entreprise devrait payer une personne qui fait un stage hors du cadre de ses études.

«Si ce n'est pas dans le cadre des études, ça pourrait être perçu comme une période d'essai qui n'est pas rémunérée, et ça contrevient à la norme sur le salaire minimum, qui dit que toute heure travaillée doit être payée», indique Jean-François Pelchat, responsable des relations de presse à la Commission des normes du travail.

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