Quand le doctorat ne suffit pas

L'Université McGill, à Montréal.... (Photo fournie par l'Université McGill)

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Photo fournie par l'Université McGill

L'Université McGill, à Montréal.

Marie Lambert-Chan, collaboration spéciale
La Presse

Le doctorat est considéré comme le chemin classique pour décrocher un poste de professeur d'université. Mais les offres d'emploi dans ce secteur sont peu nombreuses. C'est pourquoi 70% des nouveaux docteurs deviendront des gestionnaires ou des professionnels hautement qualifiés dans les secteurs public, parapublic et privé. Des emplois pour lesquels ils ne sont pas préparés.

«Les employeurs rapportent que les détenteurs de doctorat ou de postdoctorat ont du mal à s'ajuster à l'environnement professionnel: ils ont de la difficulté à communiquer de manière efficace, à travailler en équipe et à respecter des échéances», observe David Syncox, agent d'éducation en études supérieures et postdoctorales à l'Université McGill.

Pendant des années, ces étudiants ne vivent que pour leur thèse, et la plupart ne pense pas à faire carrière à l'extérieur de l'université. «Ils connaissent leur sujet de recherche de fond en comble, mais n'acquièrent presque pas de compétences professionnelles... Et jusqu'à tout récemment, les universités ne faisaient pas grand-chose pour les aider en ce sens», remarque Roch Chouinard, doyen de la faculté des études supérieures et postdoctorales de l'Université de Montréal.

Un virage inévitable

Le phénomène a forcé les universités à offrir des formations centrées sur ces compétences. Au cours des cinq dernières années, 80% des établissements d'études supérieures en Amérique du Nord et en Europe ont pris ce virage.

«Nous n'avions pas le choix. Quand les employeurs engagent des personnes avec une telle scolarité et s'apprêtent à leur offrir un salaire conséquent, ils s'attendent à ce que ces nouveaux employés soient à la hauteur de la tâche», signale David Syncox, qui supervise le programme SkillSets, une série d'ateliers axés sur le développement professionnel offerts depuis 2009 à McGill.

Des milliers d'étudiants assistent chaque année à ces formations portant entre autres sur le réseautage, la préparation d'un plan d'affaires, la communication avec les non-initiés, l'art de la négociation et la procrastination.

De telles activités sont aussi offertes à l'Université de Sherbrooke et à l'Université Concordia, et le seront bientôt à l'Université de Montréal. Les besoins en la matière sont si importants que des entreprises y ont même trouvé un créneau. C'est le cas de Mitacs, une organisation canadienne de recherche à but non lucratif. On y donne des ateliers sur des sujets semblables à ceux couverts par les universités, mais on y explore aussi d'autres avenues, comme l'étiquette à table et la manière de donner sa carte professionnelle.

«Ce sont des habiletés subtiles, mais nécessaires pour ces étudiants qui, dans des rencontres d'affaires, sont comme des poissons hors de l'eau, estime Karen Booth, vice-présidente de Mitacs. Plus ils passent de temps à l'université, plus le fossé qui les sépare du monde entrepreneurial est grand.»

Hors de l'université, point de salut?

Ali Ahmadi, stagiaire postdoctoral à l'Université de la Colombie-Britannique, n'avait jamais songé à faire carrière à l'extérieur de l'université avant de participer à un atelier de Mitacs. Il envisage maintenant la possibilité de fonder une entreprise. «On ne m'avait jamais présenté d'autres options, affirme-t-il. Peut-être avait-on peur de me distraire de ma thèse?» Devrait-on donc blâmer le milieu universitaire? «Il y a encore un certain élitisme dans quelques disciplines où l'on préconise l'enseignement et la recherche, croit David Syncox. Cependant, les choses commencent à changer.» Mais de l'avis de tous, il revient aux étudiants d'améliorer leur employabilité.»

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