Le potentiel insoupçonné du sous-titrage sur le Web

Naomi Black...

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Naomi Black

Alain McKenna, collaboration spéciale
La Presse

(Montréal) L'explosion du contenu vidéo et la domination de la langue anglaise sur l'internet entraînent leur lot d'embûches, tant pour les gens souffrant de certains handicaps que pour les nombreux internautes peu rompus à la langue de Shakespeare.

Pour Google, c'est une occasion unique d'accroître l'accessibilité à l'internet, d'une part, et l'efficacité de sa plateforme publicitaire, d'autre part.

Google a dévoilé la semaine dernière une palette de nouveaux outils facilitant notamment l'insertion de sous-titres dans les vidéos que les internautes publient quotidiennement sur le portail YouTube.

Une des personnes les plus engagées dans le projet est Naomi Black, originaire de Sherbrooke, justement de passage à Montréal afin de présenter ces outils.

«Le web va de plus en plus vers la vidéo, et en anglais, surtout. Vu du Québec, c'est évident que l'anglais n'est pas aussi universel que le croient les Américains.

En fait, l'internet en général est moins accessible qu'on le pense: les non-voyants et les malentendants ont des outils spécialisés pour utiliser un PC, mais ils sont beaucoup moins efficaces sur la Toile», résume-t-elle.

Sous l'angle de l'accessibilité, le sous-titrage sur l'internet est un enjeu social important. Pour Google, c'est aussi un outil technologique stratégique, puisque le texte collé à la vidéo peut ensuite être détecté par son moteur de recherche. C'est un élément essentiel à son lucratif modèle publicitaire contextuel, qui peut ainsi être transposé à la vidéo, un marché que Google tente de percer depuis plusieurs années déjà.

Mme Black en fait d'ailleurs une superbe démonstration: la recherche pour un bout de phrase précis renvoie directement à l'endroit, au milieu d'une vidéo sur YouTube, où cette phrase est prononcée. «Il y a un bénéfice évident du côté de la recherche vidéo en ligne», admet-elle.

Combattre l'illettrisme

Il y a cependant beaucoup plus. L'inaccessibilité de l'internet est un phénomène plus important qu'on le pense: à eux seuls, les États-Unis comptent 33 millions de malentendants, pour qui la vidéo en ligne représente un nouveau défi. Ce n'est pas pour rien qu'une nouvelle loi sur l'accessibilité entre en vigueur le 30 septembre prochain chez l'oncle Sam. Appelée Communications and Video Accessibility Act (CVAA), elle incite les grands diffuseurs à faire le sous-titrage systématique des vidéos publiées sur l'internet.

Google n'est pas directement soumis à cette loi, mais l'entreprise a décidé de prendre les devants, avec une série de mesures qui s'ajoutent à YouTube, ainsi qu'à son navigateur Chrome et à son système mobile Android. En associant la reconnaissance vocale de Google Voice à la traduction instantanée de Google Translate, notamment, il devient plus facile de sous-titrer des vidéos, même en plusieurs langues.

Google offre également Chromevox, un plugiciel pour son navigateur Chrome faisant la lecture du texte affiché sur les pages web visitées. Au-delà du potentiel commercial de ces outils, Mme Black voit des bénéfices directs pour combattre l'analphabétisme et l'illettrisme partout dans le monde. Voilà un autre problème grave qui touche même des pays industrialisés comme le Québec, où la moitié de la population a des difficultés de lecture.

«En associant les mots écrits à leur sonorité, des études prouvent qu'on améliore l'assimilation du texte par des gens ayant de la difficulté à lire convenablement. Ce qu'on fait est bon pour le référencement de la vidéo sur l'internet, mais c'est aussi un pas en avant pour la société», conclut-elle.

Pour joindre notre collaborateur: alain.mckenna@lapresse.ca

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