Actions à droit de vote multiple: Bombardier critiqué

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«Sans cette structure de capital [à droits de vote multiples], Bombardier n'aurait jamais pu faire les investissements audacieux qui en ont fait une grande entreprise du secteur aéronautique», affirme Yvan Allaire, président du conseil de l'Institut sur la gouvernance d'organisations privées et publiques, et ex-dirigeant de Bombardier.

Photo Ryan Remiorz, archives PC

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Richard Dufour

Les actions à droit de vote multiple de Bombardier font encore une fois l'objet de critiques dans les médias torontois. Bombardier (T.BBD.B) n'est toutefois pas la seule grande entreprise de la province à avoir une structure de capital semblable. Tour d'horizon.

Malgré les critiques répétées que Bombardier essuie pour ses actions à droit de vote multiple, les grands investisseurs du Québec n'ont pas déclaré la guerre à ce type d'actions. Bombardier semble cependant souffrir de la perception qui se dégage des récentes manchettes entourant l'entreprise à ce sujet.

Dans son texte publié hier, le Globe and Mail laissait entendre que l'emprise que la famille fondatrice exerce sur l'entreprise représente un obstacle pour les investisseurs. Et le mois dernier, le quotidien torontois rapportait que la Caisse de dépôt et placement souhaitait acquérir une proportion importante des nouvelles actions émises à la fin de l'hiver, mais qu'elle avait demandé à Bombardier, sans succès, de diminuer le nombre de votes attribués aux actions à droit de vote multiple.

«Ce fut une mauvaise décision de la part de Bombardier», dit un dirigeant d'un important gestionnaire institutionnel privé québécois, qui demande l'anonymat.

«Si Bombardier avait accepté les conditions de la Caisse, ça aurait ajouté à la confiance des marchés. Peut-être que ç'aurait été mieux pour le long terme d'avoir un allié comme la Caisse de dépôt car, de façon indirecte, la Caisse, ça peut être le gouvernement du Québec et le gouvernement fédéral. J'ai trouvé ça un peu maladroit», dit-il, précisant que les investisseurs montreraient peut-être un peu plus de patience envers le titre si Bombardier avait acquiescé, l'hiver dernier, aux demandes du plus important gestionnaire institutionnel québécois.

«L'impatience est maintenant passée à un autre niveau. Le milieu financier s'attarde au message envoyé pour la suite des choses.»

Notre source soutient que, compte tenu de la dilution pour les actionnaires, la Caisse était en droit de s'attendre à ce que la famille laisse un peu de contrôle. «La Caisse n'était pas mal intentionnée. Compte tenu de l'effort financier envisagé, ses demandes étaient légitimes.»

Entre l'arbre et l'écorce

La Caisse est cependant prise entre l'arbre et l'écorce, et Bombardier en est bien consciente. «Tout le monde sait que si la Caisse laisse tomber Bombardier, ça va chialer. Vous savez à quel point l'engagement économique de la Caisse dans l'économie de la province soulève les passions», lance un autre intervenant du milieu financier, qui préfère ne pas être identifié.

L'émission d'actions effectuée par Bombardier l'hiver dernier s'est faite au prix de 2,21$ l'unité. Le titre a terminé la séance d'hier à 1,88$.

«Si Bombardier a pu émettre des actions, c'est parce que des institutionnels étaient prêts à les acheter», commente Daniel Simard, directeur général de Bâtirente, le système de retraite de la CSN.

Également membre du conseil du conseil consultatif des Principes de l'investissement responsable de l'ONU, Daniel Simard n'est pas le plus grand défenseur des actions à droit de vote multiple. Il trouve quand même rassurant d'avoir des dirigeants engagés qui prennent de grandes responsabilités, par opposition à des investisseurs institutionnels passifs. «La recherche d'un meilleur équilibre est valable sans prêter flanc aux opportunistes et aux prédateurs», dit-il, ajoutant que le problème se situe davantage du côté du désengagement des institutionnels.

De son côté, Yvan Allaire, président du conseil de l'Institut sur la gouvernance d'organisations privées et publiques, et ex-dirigeant de Bombardier, trouve qu'il est un peu facile d'attaquer une entreprise durant une mauvaise passe. «Sans cette structure de capital [à droits de vote multiples], Bombardier n'aurait jamais pu faire les investissements audacieux qui en ont fait une grande entreprise du secteur aéronautique. De toute façon, il faut se demander pourquoi ce type de structure est attrayant en ce moment au Canada et aux États-Unis!», lance-t-il, faisant notamment allusion aux entreprises de technologies qui adoptent de plus en plus des classes d'actions à droits de vote inégaux (Facebook, Google, Shopify, Stingray, etc.).

PDG du Groupe investissement responsable, Olivier Gamache serait curieux de voir la réaction du marché si Bombardier annonçait un jour un allègement à sa structure de capital. «Ça serait sans doute bien accueilli, car ça raviverait potentiellement l'intérêt de certains groupes d'investisseurs qui pourraient être tentés par une prise de contrôle.

«Toutes les entreprises qui ont des structures multivotantes devraient le considérer. C'est une analyse qui devrait être faite à l'interne, car il en va de leur capacité à attirer des investisseurs, donc évidemment c'est important pour les entreprises de savoir si ça vaut la peine de conserver la structure actuelle, faire des allègements ou l'abolir.»

Chez Bombardier, la porte-parole Isabelle Rondeau a simplement indiqué que les discussions tenues par le conseil d'administration étaient confidentielles. À la Caisse de dépôt, personne n'a pu répondre à notre demande d'entrevue.

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