Carl Icahn continue à «secouer» Wall Street

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Dans la seule journée de jeudi, Carl Icahn a encore menacé le groupe informatique américain Dell «d'années de contentieux judiciaires» et s'en est pris aussi à la «stratégie vouée à l'échec» du groupe suisse de forage pétrolier Transocean.

John Biers
Agence France-Presse
New York

À 77 ans, l'investisseur activiste américain Carl Icahn ne montre aucun désir de prendre sa retraite et continue, selon ses propres termes, à «secouer» les entreprises.

«Ce que nous faisons, en secouant un grand nombre d'entreprises qui ont besoin qu'on les secoue, est très salutaire pour notre économie», affirme-t-il à l'AFP.

«Beaucoup de nos entreprises, mais avec beaucoup d'exceptions, sont dirigées par des patrons qui ne devraient pas les diriger», estime-t-il. «Résultat, ces entreprises ne sont pas aussi productives qu'elles le devraient».

C'est à coup de batailles boursières que le milliardaire a bâti sa fortune, la 26e mondiale, selon le magazine Forbes, qui l'a évaluée cette semaine à 20 milliards de dollars.

Dans la seule journée de jeudi, M. Icahn a encore menacé le groupe informatique américain Dell «d'années de contentieux judiciaires» et s'en est pris aussi à la «stratégie vouée à l'échec» du groupe suisse de forage pétrolier Transocean.

Il s'est également immiscé récemment dans la controverse autour du groupe de compléments nutritionnels Herbalife, allant jusqu'à échanger des insultes en direct à la télévision en janvier avec un autre milliardaire, le PDG du fonds Pershing Square William Ackman, qui accuse la société de fraude pyramidale et parie gros sur une baisse du titre.

«Nous avons fait beaucoup de recherche», a dit M. Icahn à l'AFP. «Nous pensons évidemment que l'action est bon marché et qu'Ackman a tort».

Contrairement à Warren Buffett, autre investisseur américain de la même génération, mais beaucoup plus affable, Carl Icahn favorise l'investissement et le profit rapide, mais son côté bagarreur n'est pas unique à Wall Street.

«Icahn fait partie d'une catégorie traditionnelle à Wall Street d'investisseurs de haut niveau: abrupt, perspicace, il vise la jugulaire, motivé par les résultats et non par la popularité», résume Marshall Sonenshine, président du conseil d'administration de la société de conseil Sonenshine. «Ce qui est unique chez lui dans cette activité n'est pas sa brutalité, mais son âge».

L'approche peut varier selon les cas: pour Dell et Herbalife, il est entré en lice seulement après que d'autres investisseurs ont pris position, mais il a mené l'attaque contre Transocean.

Elle passe souvent par une entrée au capital, suivie de l'envoi de lettres accusatrices à la direction et aux autres actionnaires.

La compagnie aérienne TWA, le pétrolier Texaco, les cosmétiques Revlon, les médias de Time Warner ou Viacom, les laboratoires de biotechnologies ImClone, le fabricant de téléphones Motorola, le groupe internet Yahoo!, le loueur de vidéo en ligne Netflix, les camions Oshkosh... la liste de ses cibles est sans fin, et son succès parfois mitigé.

Il avait échoué dans les années 1990 à prendre le contrôle du conseil d'administration de RJR Nabisco, qu'il voulait pousser à séparer ses activités de tabac et d'alimentation. Mais il avait revendu ses actions avec un gain estimé de 100 millions de dollars. Le New York Times avait décrit l'opération comme celle de «quelqu'un qui s'invite à la fête, rafle 100 millions au bar, avant de repartir».

Carl Icahn inspire dans tous les cas toujours à la fois crainte et admiration à Wall Street.

«Les gens respectent son opinion», selon Chris Low, économiste à la société de services financiers FTN Financial. «Dans notre salle de marché, quand nous le voyons à la télévision, nous avons tendance à monter le son et à faire attention».

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