Apple reste le titre favori

Jean Gagnon., collaboration spéciale
La Presse

(Montréal) Il y a à peine quatre mois, Apple (AAPL) dominait la scène techno et le cours de son action atteignait un niveau record de plus de 700$. Research in Motion (T.RIM), quant à elle, continuait de s'enliser, et semblait se diriger vers une mort probable. Mais depuis ce moment, c'est tout le contraire. RIM est en hausse de 150%, alors qu'Apple a perdu 35% de sa valeur. Qu'est-il arrivé?

Curieusement, la faiblesse de l'action de RIM a d'abord attiré des gestionnaires de type «valeur».

«Le titre était tombé si bas qu'il est devenu attrayant sur la base uniquement de son encaisse et de la valeur de ses brevets», explique Jean-Luc Landry, président de Gestion de portefeuille Landry. «C'est ainsi que le titre a été capté par notre filtre valeur et que nous l'avons acheté», dit-il.

Puis, comme le titre est passé de 6$ à 12$ entre septembre et novembre, il est aussi apparu sur le radar de tous les gestionnaires de fonds momentum. Ceux-ci achètent les titres qui ont le mieux fait durant la période précédente.

RIM surfe également sur l'arrivée prochaine de son nouveau téléphone intelligent, le BB10. «Dans le secteur de la techno, l'arrivée d'un nouveau produit entraine généralement une réévaluation à la hausse des perspectives de la compagnie», dit Mark Lin, gestionnaire du fonds CIBC Global Technology.

Quant à Apple, elle était partie intégrante de tous les portefeuilles momentum jusqu'au début de l'automne. Mais ces gestionnaires momentum l'ont ensuite larguée lorsque le cours a baissé rapidement pendant quelques semaines.

L'enthousiasme envers Apple a commencé à diminuer quand il est apparu que ses nouveaux produits, tel l'iPhone 5, étaient beaucoup moins innovants, explique Mark Lin. C'est l'innovation qui permet de mettre sur le marché des produits haut de gamme à forte marge bénéficiaire.

De plus en plus de gestionnaires et d'analystes reconnaissent que l'avenir Apple repose maintenant sur le développement de produits moins chers visant les marchés émergents.

Mais cela implique une diminution des marges bénéficiaires, et c'est justement ce que les investisseurs dans les titres technos n'aiment pas.

«Ils recherchent plutôt une accélération de la croissance des revenus et des marges bénéficiaires», dit Mark Lin. Les derniers résultats trimestriels d'Apple indiquent que ces deux facteurs ne sont plus au rendez-vous.

Momentum vs consensus

Alors que RIM est portée par le momentum, le consensus des analystes demeure toutefois favorable à une appréciation du cours de l'action d'Apple, note John Goldsmith, gestionnaire de portefeuilles chez Montrusco Bolton.

Le cours cible moyen pour les 12 prochains mois des 48 analystes qui suivent de près la compagnie est de 640$, soit 40% d'appréciation du cours actuel de 450$.

Quant à RIM qui se négocie actuellement près de 18$, le cours cible moyen des 29 analystes qui la suivent est de 11,50$

À plus long terme, RIM est désavantagé et va demeurer un acteur marginal, croit Mark Lin qui n'en détient pas dans son portefeuille.

«La société ne profite pas d'un écosystème comme Apple», dit-il. Son atout principal demeure le niveau de sécurité qu'elle offre à ses clients corporatifs.

Toutefois, RIM pourrait être une cible d'acquisition pour une entreprise désirant pénétrer le secteur de la mobilité, par exemple la chinoise Lenovo Group Ltd, deuxième manufacturier d'ordinateurs personnels du monde.

«Nous étudions toutes les occasions d'acquisitions ou d'alliances stratégiques, incluant RIM», a déclaré Wong Wai Ming, le VP finances de la compagnie en entrevue dans le cadre du Forum économique mondial de Davos.

Par ailleurs, le titre d'Apple pourrait bientôt se stabiliser, car l'entreprise détient une encaisse lui permettant de racheter une grande quantité de ses propres actions.

«À un ratio cours/bénéfices de 9 ou 10 fois, Apple pourrait utiliser son énorme encaisse au bénéfice de ses actionnaires en rachetant par exemple 10% de ses actions en circulation», suggère Mark Lin. Cela équivaudrait à une augmentation de 10% du bénéfice par action et pourrait permettre au titre de retrouver un peu de momentum.

Quant à RIM, saura-t-elle poursuivre sur cette lancée? Le succès ou l'échec du lancement du BB10 pourrait fournir un premier élément de réponse.

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