Herbalife: lutte intestine chez les hedge funds

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Jean Gagnon., collaboration spéciale
La Presse

(Montréal) Les affaires ne sont pas faciles pour les fonds de couverture (hedge funds). Pour plusieurs, les rendements produits en 2012 ont laissé à désirer. Pas surprenant alors que tous les moyens soient maintenant utilisés pour regagner du lustre, même les luttes fratricides. Le feuilleton boursier d'Herbalife, un distributeur mondial de produits nutritionnels axés sur la perte et le contrôle du poids, en est un bel exemple.

Le 23 novembre 2011, la Cour commerciale de Belgique reconnaissait l'entreprise américaine Herbalife coupable d'utiliser une structure de vente pyramidale et lui ordonnait de cesser immédiatement cette pratique sur son territoire. Cette condamnation fait maintenant l'objet d'un appel.

Fondée en 1980 à Los Angeles, Herbalife distribue ses produits dans 84 pays, et ses ventes ont totalisé près de 3,5 milliards US en 2011.

Dès le printemps dernier, Pershing Square Capital Mangement, un des plus gros hedge funds américains, croyant qu'Herbalife pourrait connaître le même sort aux États-Unis qu'en Belgique, a lancé une importante opération spéculative contre le titre en vendant à découvert une grande quantité d'actions. Vendre à découvert consiste à parier sur la baisse du prix d'une action.

Les marchés ont eu vent des opérations de Pershing en mai, et le cours de l'action d'Herbalife a perdu 40% de sa valeur en quelques séances.

Herbalife était un titre des plus performants avant que Pershing ne décide de profiter de sa mésaventure juridique en Belgique. Entre mai 2010 et avril 2012, le cours de l'action était passé de 16$ à 72$, une appréciation de 350%.

Après s'être stabilisée entre 45$ et 55$ durant l'été et l'automne, l'action d'Herbalife a de nouveau chuté drastiquement à la mi-décembre, cette fois jusqu'à 25$, lorsque Bill Ackman, président et fondateur du fonds Pershing, a révélé que sa position à découvert dans Herbalife totalisait plus de 1 milliard de dollars, soit près de 10% du capital de la firme. Ackman s'était en même temps lancé dans une campagne de dénigrement d'Herbalife, qualifiant la situation de cas le plus attrayant de vente à découvert qu'il pouvait imaginer.

La contre-attaque

Les dirigeants d'Herbalife n'entendent pas se laisser faire et pourraient intenter une poursuite en diffamation contre Ackman et Pershing. Le président d'Herbalife, Des Walsh, a déclaré hier sur les ondes de CNBC que les propos d'Ackman déformaient complètement la réalité.

Herbalife semble également avoir des alliés à même l'industrie des hedge funds dans sa lutte contre Pershing. Mercredi, on a appris que Dan Loeb, fondateur du hedge funds Third Point qui gère des actifs de plus de 8 milliards, avait acheté 8,2% des actions en circulation d'Herbalife. Il ne croit pas que l'entreprise utilise une structure pyramidale.

Et il est impensable selon lui que la Federal Trade Commission (FTC) pense à interdire les opérations d'une entreprise possédant les assises d'Herbalife uniquement parce qu'un gestionnaire de hedge funds prétend que le fonctionnement de l'entreprise ne respecte pas les lois. Il croit que le titre, qui a rebondi jusqu'à 40$ au cours des deux dernières semaines, devrait se négocier au-dessus de 55$.

Robert Chapman, de Chapman Capital, a lui aussi acheté une grande quantité d'actions lorsque le titre s'est écroulé en décembre.

Il croit que si Bill Ackman a décidé de porter ses attaques contre Herbalife sur la place publique, c'est qu'il a compris que la FTC n'acquiescerait pas à ses demandes d'agir contre Herbalife, et qu'il tente plutôt de nuire à l'organisation en répandant une publicité négative. Sans une intervention du FTC, la tentative d'Ackman de faire chuter le titre à zéro ne pourra pas se réaliser, selon lui.

Qui l'emportera? Bien malin que peut le prédire. Mais chose certaine, la volatilité boursière générée par cette lutte entre hedge funds crée toutes sortes d'occasions d'arbitrage pour les spéculateurs les plus audacieux.

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