Dur rappel à la réalité pour les actionnaires de CGI

Jean Gagnon., collaboration spéciale
La Presse

(Montréal) Pour les détenteurs d'actions de CGI (T.GIB.A), l'emballement printanier suscité par l'acquisition de Logica fait maintenant place à une inquiétude quant aux bénéfices qu'apportera la transaction.

Après s'être apprécié de près de 30% en à peine trois mois, le titre se replie rapidement depuis le début de novembre. Les résultats trimestriels publiés mercredi n'ont fait qu'accélérer ce repli.

Les actionnaires de CGI se sont fait rappeler mercredi que, souvent, une acquisition d'envergure, comme celle que l'entreprise québécoise a réalisée en achetant la société britannique Logica pour un montant de 2,8 milliards de dollars, n'apporte pas instantanément les bénéfices espérés.

CGI a dû inscrire des coûts de 248,3 millions liés à l'acquisition, ce qui a causé une perte de 168 millions pour le quatrième trimestre. CGI avait réalisé un bénéfice net de 69,5 millions au trimestre correspondant l'année précédente.

On pouvait comprendre l'emballement des investisseurs à la suite à l'acquisition de Logica. Celle-ci allait permettre à CGI de plus que doubler son chiffre d'affaires.

Logica était une entreprise plus grosse que CGI. Elle comptait quelque 41 000 employés répartis dans 43 pays, comparativement aux 31 000 employés de CGI au moment de l'acquisition.

Son chiffre d'affaires était de 6 milliards de dollars, celui de CGI de 4 milliards. Grâce à cette transaction, CGI est devenue la sixième entreprise de son secteur dans le monde. De plus, la Caisse de dépôt et placement du Québec a avancé 1 milliard de dollars pour faciliter la transaction.

Un long processus

Au cours des dernières semaines, les dirigeants de CGI ont prévenu que les résultats risquaient de décevoir les investisseurs, car l'intégration de Logica à CGI n'est pas chose simple.

L'erreur des investisseurs a été de croire que deux plus deux allait faire quatre, explique Denis Durand, associé principal chez Jarislovsky Fraser. «CGI livre les résultats que l'on attendait, car on savait que la rentabilité de Logica était inférieure à celle de CGI», dit-il. De fait, Logica était deux fois moins rentable que CGI, estime-t-il.

On en sait maintenant un peu plus sur la stratégie de CGI en ce qui concerne Logica, ajoute Luc R. Fournier, gestionnaire de portefeuilles à l'Industrielle Alliance. «La firme tentera de se départir ou de renégocier les contrats moins performants, ceux dont la marge bénéficiaire est trop faible, et ainsi les rendre plus conformes aux standards de CGI», dit-il.

Comme l'a affirmé Michael Roach, président de CGI, lors de la publication des résultats trimestriels, il faudra attendre 12 mois avant de voir l'impact de l'acquisition. Mais il demeure optimiste et prévoit une augmentation des bénéfices par action de 25-30% au cours de la prochaine année. Reste à savoir si les investisseurs seront aussi patients.

La présence rassurante de la Caisse

La Caisse de dépôt et placement du Québec a investi 1 milliard de dollars sous forme de reçus de souscription convertibles en actions subalternes catégorie A dans cette aventure de CGI sur la scène européenne. Cet investissement triple la participation de la Caisse de dépôt dans CGI. Lorsque les reçus seront convertis en actions, la Caisse détiendra 25% des actions subalternes et 11,2% des droits de vote.

Autant pour Denis Durand que pour Luc R. Fournier, la présence de la Caisse de dépôt en tant qu'actionnaire important ajoute une connotation rassurante.

«D'abord, parce qu'il s'agit d'un investisseur à long terme qui ne se retirera pas aux premières difficultés que l'entreprise rencontrera», dit M. Durand. «Mais aussi parce que l'équipe de la Caisse de dépôt est bien placée pour évaluer la situation et juger des perspectives qu'offre une telle acquisition», ajoute M. Fournier.

D'autres facteurs peuvent également expliquer le recul du titre depuis quelques semaines. Entre autres, l'action de CGI se négocie aux États-Unis.

«Devant l'approche du mur fiscal, les investisseurs se départissent des titres sur lesquels ils ont accumulé un gain en capital important afin de se soustraire à une possible hausse du taux d'imposition qui pourrait entrer en vigueur dès le 1er janvier», explique Denis Durand. C'est le cas de CGI, dont le titre a amorcé l'année à 19$.

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