La pression monte chez les gestionnaires

Jean Gagnon., collaboration spéciale
La Presse

(Montréal) Plusieurs avaient cru à une reprise d'été, comme c'est bien souvent le cas durant cette période de l'année.

Surtout que, cette année, les marchés boursiers avaient subi un important recul depuis le sommet d'avril occasionné par la crise des dettes souveraines en Europe et des données économiques américaines qui signalaient un ralentissement.

Il était tout naturel qu'ils regagnent durant la belle saison quelque peu du terrain perdu.

Mais voilà que la hausse se poursuit depuis la rentrée, faisant fi du phénomène bien connu voulant que septembre soit généralement le pire mois pour les marchés boursiers.

Et la Réserve fédérale américaine (Fed) a jeté de l'huile sur le feu jeudi en annonçant la mise en place d'un troisième programme d'assouplissement quantitatif (QE3), alors que la plupart des observateurs croyaient plutôt qu'elle allait remettre cette décision à plus tard. Les Bourses américaines ont bondi de 1,5%.

Pourtant, dans l'ensemble, les perspectives boursières ne sont pas particulièrement attrayantes, souligne Jacques Desrochers, gestionnaire de portefeuilles d'actions chez Gestion Sodagep.

D'abord, on prévoit une baisse des profits aux États-Unis au cours des prochains trimestres. De plus, la crise européenne risque de nous réserver d'autres surprises désagréables.

Enfin, la situation au Moyen-Orient se détériore de nouveau alors que la tension monte entre Israël et les États-Unis quant à une intervention en Iran, et ce, à deux mois de l'élection présidentielle américaine.

«Autant de raisons pour adopter une approche défensive dans sa gestion de portefeuilles», dit M. Desrochers.

Or, cette approche défensive comporte aussi un risque, soit une sous-performance des rendements comparativement à ceux des indices de référence.

En effet, bien que le niveau des liquidités ne soit pas très éloigné de la norme habituelle de 5%, ces portefeuilles sont surtout constitués de titres dans les secteurs défensifs, tels les financières, les télécommunications, les services publics, et la santé, explique Serge Pépin, vice-président responsable des stratégies de placements chez BMO Gestion d'actifs.

Le rendement de ces secteurs est généralement inférieur à ceux des secteurs plus cycliques au cours des périodes de marchés haussiers (bull market).

Cela pourrait faire monter la pression chez les gestionnaires, car dans deux semaines, ce sera déjà la fin du troisième trimestre. Ils devront alors commencer à penser à la fin de l'année, alors qu'ils seront évalués en fonction de leur performance.

Chez les particuliers, la situation est encore pire, note M. Pépin. C'est que, contrairement aux gestionnaires professionnels, ils détiennent depuis plusieurs mois plus de 10% de liquidités dans leurs portefeuilles, selon les données de Morningstar. Conséquemment, leur rendement est bien en deçà de celui des portefeuilles de référence.

Alors que les marchés s'apprécient, le sentiment d'avoir raté l'occasion s'intensifie chez les investisseurs individuels. Plusieurs pourraient ne pas résister à l'envie de mettre leurs liquidités au travail. C'est souvent la raison pour laquelle les investisseurs individuels achètent au moment où les marchés approchent de leur sommet.

Quelle sera la direction des marchés?

Les marchés boursiers ne devraient pas monter, même que les conditions économiques et géopolitiques justifieraient plutôt une correction de 10% à 15%, selon Jacques Desrochers. Plusieurs gestionnaires espèrent maintenant que ce recul se produira afin de regarnir leurs portefeuilles à des prix intéressants. Mais auront-ils la patience d'attendre?

On peut croire que plusieurs d'entre eux seront tentés de sauter sur l'occasion dès qu'un recul, aussi minime que 5%, se produira, espérant ainsi réduire leur sous-performance, selon M. Desrochers. Cela pourrait empêcher les marchés de connaître une correction aussi importante que celle que justifieraient les conditions.

Depuis quelques mois, les marchés boursiers s'apprécient grâce aux mesures adoptées par les banques centrales, tant américaine qu'européenne, qui ajoutent sans cesse des liquidités dans le système financier.

Et qui sait si, au bout du compte, elles ne gagneront pas leur pari de relancer l'emploi et la croissance économique, ce qui pourrait permettre la poursuite de l'embellie actuelle des marchés.

«Le plus gros des mauvaises nouvelles est derrière nous, et il y a une réelle volonté chez les dirigeants des banques centrales d'éviter une nouvelle crise», prévient Serge Pépin.

Chose certaine, tant que nous n'aurons pas eu une bonne correction, la pression sur plusieurs gestionnaires continuera de s'accroître.

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