Fort vent de face pour l'Industrielle Alliance

Le pdg Yvon Charest...

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Le pdg Yvon Charest

Jean Gagnon., collaboration spéciale
La Presse

(Montréal) La situation ne s'améliore pas pour l'Industrielle Alliance (T.IAG). Et ce n'est sûrement pas la récente décision de la Réserve fédérale (Fed) de prolonger l'opération Twist qui va l'aider.

Jeudi dernier, deux jours après une réunion à l'intention des investisseurs que la compagnie d'assurances de Québec tenait à Toronto, le cours de l'action est tombé à 21,23$, son plus bas niveau depuis près de trois ans. Bien que le titre ait récupéré jusqu'à 23,50$ au cours des derniers jours, il se négocie encore en bas de sa valeur comptable de 25,46$.

Jeudi, pour la deuxième fois en deux mois, l'Industrielle Alliance a annoncé une émission d'actions privilégiées de 100 millions de dollars.

Depuis l'automne dernier, l'assureur avait pourtant levé pour 600 millions de nouveaux capitaux, dont 200 millions grâce à la vente d'un bloc de 6 millions d'actions ordinaires à la Caisse de dépôt et placements du Québec à un prix de 33$. Elle a aussi émis pour 250 millions de débentures subordonnées et pour 150 millions d'actions privilégiées.

Cette nouvelle émission lui permettra de faire passer son ratio de rentabilité de 186% à 201%. L'objectif est de le maintenir entre 175 et 200%.

Étant donné ces financements à répétition, et préoccupée par l'impact des taux d'intérêt très bas sur la flexibilité financière de l'entreprise, l'agence de crédit DBRS vient d'annoncer qu'elle entreprenait une révision qui pourrait conduire à une baisse de la cote de crédit de l'institution financière québécoise.

À la journée des investisseurs la semaine dernière, les conversations tournaient surtout autour de l'impact des marchés sur l'état du bilan de la compagnie, rapporte Peter Routledge, analyste à la Financière Banque Nationale.

La situation des marchés, principalement les taux d'intérêt très bas, force l'Industrielle Alliance à augmenter ses réserves actuarielles et son capital afin de s'assurer qu'elle puisse s'acquitter de ses obligations envers ses détenteurs de police d'assurance et d'instruments financiers à rendement garanti.

Forcément, ces mesures réduisent les bénéfices ou diluent la valeur des actions.

Les règles canadiennes sont très strictes quant aux réserves actuarielles des assureurs. Lorsque les taux sont bas, même s'ils sont beaucoup plus bas que leur moyenne historique, la compagnie doit se constituer des réserves en prenant comme hypothèse que ces taux demeureront aussi bas.

Et dans les faits, il est probable que les taux d'intérêt à long terme vont demeurer très bas.

En effet, en prolongeant l'opération Twist jusqu'à la fin de l'année, la Fed témoigne de sa volonté de garder les taux à long terme le plus bas possible. Cette opération consiste pour la Fed à acheter les obligations à long terme du gouvernement et à vendre les titres à court terme.

Repositionnement stratégique

Si les résultats de l'Industrielle Alliance sont aussi sensibles aux taux d'intérêt, c'est parce que sa principale source de revenus est le marché de l'assurance vie à long terme. Mais elle entend bien réduire cette sensibilité.

BMO Marchés des capitaux tenait récemment une conférence durant laquelle les compagnies d'assurances étaient invitées à faire part de leurs stratégies pour faire face aux problèmes que leur causent les marchés financiers.

On y apprenait que l'Industrielle Alliance entend poursuivre son repositionnement en s'éloignant des produits garantis à long terme et en misant plutôt sur des produits à plus haut rendement sur le capital investi, tels les fonds communs et la gestion de patrimoine.

La part des revenus avant impôts provenant de produits nouveaux ou non traditionnels a d'ailleurs atteint 34% en 2011 comparativement à 29% en 2010, rapporte BMO Marchés des capitaux.

Cela sera-t-il suffisant pour redonner un peu de lustre au titre? Peter Routledge estime que la valeur comptable de la compagnie atteindra approximativement 28$ au milieu de l'année prochaine.

Étant donné les risques auxquels l'assureur devra face dans le contexte macroéconomique actuel, l'analyste ne prévoit pas que le titre puisse se négocier à un cours supérieur à sa valeur comptable.

Ce n'est donc pas au cours des 12 prochains mois que la Caisse de dépôt recouvrera son investissement dans l'Industrielle Alliance.

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